9264e794_1d2b_11de_87c9_0ca0b01be51eLe Français Cyrille Fournier et ses cinq compagnons vont rester enfermés durant trois mois à partir de demain dans un «vaisseau spatial» cloué au sol à Moscou. Une aventure sans précédent.

Le Français et l'Allemand sélectionnés par l'Agence spatiale européenne (ESA) ainsi que quatre Russes abordent l'aventure Mars 500, un voyage immobile confiné entre les murs soviétiques de l'Institut des problèmes biologiques de Moscou (IBMP). Les six compagnons vont passer 105 jours dans quatre modules cylindriques simulant un vaisseau spatial, installé dans le grand hall de l'IMBP, institut de réputation mondiale créé en 1963. Fin 2009 début 2010, une autre équipe s'enfermera, cette fois pour 520 jours - près d'un an et demi ! -, le temps réel d'un aller-retour Terre-Mars.

L'expérience Mars 500 vise à préparer le grand voyage qui aura lieu au plus tôt en 2018, et vraisemblablement pas avant les années 2030. Pas question ici de simuler les effets de l'apesanteur ou du rayonnement cosmique. Seront étudiés les conséquences physiologiques de l'absence prolongée d'alternance jour-nuit, les effets de l'isolement sur la régulation hormonale et le système immuni­taire. Dans ce «Loft scientifique» équipé de caméras 24 heures sur 24, les psychologues étudieront le comportement des cobayes humains.

À la différence des équipages de la Station spatiale internationale (ISS), qui restent six mois en orbite, Cyrille Fournier et ses cama­rades ne recevront aucune visite d'un équipage de navette ou d'un touriste de l'espace. Autre différence : pas d'appels radio ni de courriels instantanés. Lorsque l'on est sur Mars, un message, à la vitesse de la lumière, met vingt minutes à atteindre la Terre. Il faudra apprendre à communiquer en différé avec le centre de contrôle - une modeste salle bardée d'écrans située à quelques mètres du «vaisseau».

Les participants à cette aventure hors du commun ont franchi une sélection impitoyable. L'ESA a retenu ses quatre champions (deux titulaires et deux doublures susceptibles de remplacer les premiers jusqu'à la dernière minute avant la fermeture des portes demain) parmi 5 600 candidats. Tous ont de solides diplômes, parlent plusieurs langues et sont en parfaite santé. Cyrille Fournier, 40 ans, pilote d'Airbus A320 chez Air France, semble ne jamais se départir de son sourire. Sa motivation ? «La curiosité intellectuelle, l'aventure spatiale, l'intérêt scientifique», répond-il en partageant avec ses camarades, ce jour d'entraînement, un repas servi dans des barquettes en plastique. «Ce n'est certainement pas l'appât du gain, confirme le Russe Sergueï Riazanski, qui commande l'équipage. Les Européens gagneront moins d'argent comme volontaires que dans leur vraie vie.»

Profil soigneusement étudié

Ce que Cyrille Fournier redoute le plus, ce ne sont ni les fastidieuses expériences médicales ni la promiscuité dans sa prison au décor de bois, mais la perturbation du sommeil. «Il y aura le manque de l'alternance jour-nuit, sans compter les nuits passées avec des électrodes sur le crâne. Et quand on manque de sommeil, cela génère de l'instabilité, éventuellement des conflits.» Une précédente expérience d'isolement, Sfincss, en 1999-2000, a donné lieu à de fortes tensions entre volontaires. Pour Mars 500, le profil psychologique des cobayes a donc été soigneusement étudié. «Les psychologues ont été surpris de voir que, parmi nous, aucun leader ne se détachait», raconte Cédric Mabilotte, 34 ans, dou­blure. Le seul «leader» à bord sera Sergueï Riazanski. Aussi souriant que Cyrille Fournier, cet homme de 34 ans, père de trois enfants, a été sélectionné comme cosmonaute en 2003 et attend son premier vol dans les prochaines années. «Personne ne peut prédire quelle sera notre humeur au bout de plusieurs semaines pendant lesquelles on sera privé des siens, de son foot, de sa bière…», admet-il.

Deux serres de la taille d'une table offriront, outre des légumes, un lien charnel avec la Terre. «Mon ami cosmonaute Micha Tiourine, ingénieur jusqu'au bout des doigts, raconte Sergueï Riazanski, pensait les serres dépourvues de tout intérêt. Mais, après quelques semaines en orbite sur l'ISS, il ne pouvait plus se passer des odeurs des plantes.»

Le commandant a confiance dans son équipe, «pleine de motivation et d'humour». Il en faudra pour affronter les surprises - des simulations de panne, par exemple - que les responsables de l'expérience leur réserveront sans doute. Cyrille Fournier croise les doigts pour que l'expérience ne commence pas en retard. Car, mi-août, à peine sorti du «Loft spatial», il est volontaire pour un autre beau voyage, sans retour espère-t-il : son mariage