La science du vaudou : Quand l'esprit attaque le corps Imprimer Email
Écrit par Helen Pilcher  
SATURDAY, 05 DECEMBER 2009 18:37
Helen Pilcher
New Scientist

 

© Image Source/Rex

Il y a beaucoup de rapports documentés provenant de nombreuses parties du globe faisant état de personnes ayant trouvées la mort après qu'on leur ait jeté un sort.

Tard au milieu d'une nuit, dans un petit cimetière de l'Alabama, Vance Vanders se querella avec le sorcier local. Ce dernier ouvra un flacon exhalant une odeur désagréable et le présenta à la face de Vance Vanders en lui disant qu'il était sur le point de mourir et que personne ne pourrait le sauver.

De retour chez lui, Vanders se mit au lit et sa santé commença à se détériorer. Quelques semaines plus tard, émacié et près de la mort,Vanders fut admis à l'hôpital local où les médecins furent incapables de déterminer la cause de ses symptômes ou même de ralentir son déclin. Ce n'est qu'à ce moment là que sa femme raconta à un des médecins, Drayton Doherty, l'histoire du sortilège.

Doherty prit le temps de réfléchir en profondeur. Le matin suivant, il appela la famille de Vanders à son chevet. Il leur dit que la nuit précédente, il avait attiré le sorcier au cimetière et l'avait plaqué contre un arbre, l'étouffant jusqu'à ce qu'il lui explique la manière dont fonctionnait le sort. Il a expliqué à la famille que le sorcier avait introduit des œufs de lézards dans l'estomac de Vanders et que ceux-ci avaient éclos dans son corps. Un des reptiles était toujours là, dévorant Vanders de l'intérieur.

 

Grande Cérémonie

Doherty fit alors venir une infirmière qui avait remplis après un arrangement, une grosse seringue avec un puissant émétique. Il inspecta alors cérémonieusement l'instrument et injecta son contenu dans le bras de Vanders. Quelques minutes plus tard, Vanders à commencé à avoir des maux de cœur et à vomir de façon incontrôlable. Au milieu de cette scène, sans que personne ne le voit, Doherty sortit sa pièce de résistance (NdT : en français dans le texte), un lézard vert qu'il avait caché dans sa mallette. « Regardez ce qui vient de sortir de vous Vance », cria-t-il « Le sortilège vaudou est levé. »

Vanders regarda par deux fois, s'allongea sur le haut du lit et s'enfonça dans un profond sommeil. En se réveillant le lendemain matin, il fut alerte et affamé. Il récupéra rapidement ses forces et pu quitter l'hôpital la semaine suivante.

Les faits de ce cas datant de 80 ans furent corroborés par quatre professionnels de la santé. La chose qui est peut être la plus remarquable dans cette histoire est que Vanders a survécu. Il existe de nombreux cas documentés de par le monde où des personnes meurent après avoir été envoûté.

Il est impossible de déterminer la cause exacte de ces décès sans dossiers médicaux et sans résultats d'autopsie. Le point commun de tous ces cas est cependant qu'un personnage respecté jette un sort à une autre personne en chantant ou en pointant un os dans sa direction. Peu après, la victime meure de cause apparemment naturelle.

 

Voodoo nouveau

Vous pensez peut être que ce genre de chose est de plus en plus rare et reste limité à quelques tribus éloignée. Pourtant, selon Clifton Meador, médecin à la Vanderbilt School of Medecine à Nashville dans l'État du Tennessee et qui a consigné des cas similaires à ceux de Vanders, le sort a de nos jours prit une autre forme.

Prenons le cas de Sam Schoeman à qui on avait diagnostiqué un cancer en phase terminale en 1970 et donné quelques mois à vivre seulement. Ce monsieur est mort dans le délai qui avait été annoncé, portant l'autopsie a révélé que son médecin s'était trompé. La tumeur était petite et ne s'était pas étendue. « Il n'est pas mort du cancer, mais de la croyance qu'il avait un cancer, » déclare Meador. « Si tout le monde vous traite comme si vous allez mourir, vous y croyez. Tout en vous commence dès lors à mourir. »

Des cas similaires à ceux de Schoeman sont peut être des exemples extrêmes d'un phénomène largement développé. De nombreux patients souffrant d'effets secondaires, par exemple, les ressentent parce qu'on leur a dit qu'ils devaient s'attendre à les expérimenter. De plus, les personnes qui croient avoir un risque important d'être victimes de certaines maladies ont plus de chance de les attraper que ceux qui pense que le risque est pour eux faible. Il semble que les sorciers actuels sont vêtus de blouses blanches et qu'ils arborent des stéthoscopes.

 

L'effet nocebo

L'idée que la croyance d'être atteint d'une maladie puisse vous rendre malade semble tirée par les cheveux. Pourtant, des essais rigoureux ont démontré, sans l'ombre d'un doute, que l'opposé est vrai, à savoir que le pouvoir de suggestion peut améliorer la santé. C'est le très connu effet placebo. Les placebos ne peuvent pas produire de miracles, mais ils produisent des effets physiques mesurables.

Et bien l'effet placebo a un mauvais jumeau : l'effet nocebo, dans lequel des pilules factices et des attentes négatives peuvent engendrer des effets dangereux. Le terme « nocebo », qui signifie « je vais blesser » est apparu dans les années 60 et ce phénomène a été bien moins étudié que l'effet placebo. Il est après tout difficile d'obtenir des autorisations éthique pour réaliser des études destinées à aggraver le ressenti des gens.

Ce que nous savons suggère que l'impact du nocebo est très important. « La mort vaudou, si elle existe, pourrait représenter une forme extrême du phénomène nocebo, » déclare l'anthropologue Robert Hahn du Centers for Disease Control and Prevention des États-unis à Atlanta en Georgie, qui a étudié l'effet nocebo.

Lors des essais cliniques, un quart des patients des groupes contrôles - ceux à qui ont été données des thérapies supposées inertes- ressentent des effets secondaires négatifs. La sévérité de ceux-ci équivaut parfois à ceux associés aux véritables médicaments. Une étude rétrospective de quinze essais impliquant des milliers de patients auxquels avaient été prescrits soit des béta bloquant soit un contrôle a démontrée que les deux groupes ont rapporté des niveaux comparables d'effets secondaires. Parmi ceux-ci on trouve de la fatigue, des syndromes dépressifs et des dysfonctionnements sexuels. A cause de ces problèmes, un nombre comparable de personnes ont dues être retirées des études.

Dans certain cas, les effets secondaires peuvent constituer une menace vitale (voir plus loin la partie « L'overdose »). « Les croyances et les attentes sont non seulement des phénomènes logiques, conscient, mais elles ont aussi des conséquences physiques, » déclare Hahn.

On constate aussi les effets nocebo dans la pratique médicale normale. Près de 60 pourcent des patients sous chimiothérapie commencent à se sentir malade avant leur traitement. « Cela peut arriver quelques jours avant ou lors du trajet (vers l'hôpital) » dit le psychologue clinique Guy Montgomery de l'école de médecine du Mont Sinaï à New York. Parfois, la simple pensée de traitement ou la voix du médecin sont suffisants pour que les patients se sentent mal à l'aise. Cette « nausée anticipée » peut être due en partie au conditionnement - quand les patients lient une lient subconsciemment certains aspects de leur expérience avec la nausée - et en partie provenir de leur attente.

De façon inquiétante, on constate que l'effet nocebo peut être contagieux. On connait depuis des siècles des cas ou des symptômes sans cause identifiable se répandent au sein de groupes de gens. On connait se phénomène sous le nom de maladie psychogénique de masse. Une vague (voir la partie « c'est contagieux ») d'un tel phénomène a inspiré une étude récente menée par les psychologues Irving Kirsch et Giuliana Mazzoni de l'Université de Hull en Grande Bretagne.

Ils ont demandé à certains membres d'un groupe d'inhaler un échantillon d'air normal dont on avait dit aux participants qu'il contenait « une toxine environnementale suspecte » lié à des maux de tête, de la nausée, des irritations cutanées et de la somnolence. La moitié des participants ont aussi regardé une femme qui développait apparemment ces mêmes symptômes après avoir inhalé l'échantillon. Les étudiants qui ont respiré l'échantillon avaient plus de chance de rapporter ces symptômes que ceux qui ne l'avaient pas fait. Les symptômes étaient aussi apparemment plus prononcés chez les femmes, surtout celles qui avait vues l'une d'entre elle apparemment malade - une tendance que l'on constate aussi dans le cas de maladie psychogénique.

L'étude montre que si vous entendez ou que vous observez un effet secondaire possible, vous avez plus de chance de le développer vous même. Cela met les médecins dans une situation particulière. « D'un côté les gens ont le droit d'être informé de ce à quoi ils peuvent s'attendre, mais cela rend plus probable le fait qu'ils expérimentent ces effets », dit Mazzoni.

Cela signifie que les médecins ont besoin de choisir leur mot attentivement de façon à minimiser les attentes négatives dit Montgomery. « Tout est dans la manière de le dire. »

L'hypnose peut aussi aider. « L'hypnose change les attentes, qui font décroitre l'anxiété et le stress, qui améliore le résultat », dit Montgomery. « Je pense que l'hypnose pourrait être utilisée pour une grande variété de symptômes où l'attente joue un rôle important. »

L'échelle du problème nocebo est-elle assez sérieuse pour justifier de telle contre-mesures ? Nous ne le savons pas, car de nombreuses questions restent sans réponse. Dans quelles circonstances ont lieu les effets nocebo ? Combien de temps durent-ils ?

Il apparaît que de même qu'avec l'effet placebo, les effets varient grandement et peuvent dépendre du contexte. Les effets placebo dans les cadres cliniques sont souvent plus puissants que ceux induits en laboratoire, déclare Paul Enck, psychologue à l'Hôpital Universitaire de Tübingen, en Allemagne. Il suggère que le problème nocebo peut avoir des effets profonds dans le monde réel. Pour des raisons évidentes, en effet, les expérimentations en laboratoire sont conçues pour n'induire que des symptômes nocebo légers et temporaires.

 

Les vrais conséquences

La question de savoir qui est prédisposée à ce phénomène n'est pas élucidée. L'optimisme d'une personne, ou son pessimisme peut, peut-être, jouer un rôle, mais il n'existe pas d'indices de personnalité constants. Les deux sexes sont susceptibles de succomber à la maladie psychogénique, bien que les femmes fassent état de plus de symptômes que les hommes. Henck a démontré que chez les hommes l'attente joue un rôle plus important que le conditionnement pour influencer les symptômes nocebo. L'inverse est vrai pour la femme. « Les femmes tendent à fonctionner plus sur les expériences antérieures, alors que les hommes semblent moins disposés à amener l'histoire dans la situation », déclare-t-il.

Il devient de plus en plus clair que ce phénomène en apparence psychologique a des conséquences très réelles dans le cerveau. Jon-Kar Zubieta de l'Université du Michigan et Ann Arbor, ont démontré l'an dernier, en utilisant la scanographie PET, que les effets nocebo étaient liés à un accroissement de l'activité de la dopamine et opioïde. Cela expliquerait pourquoi les nocebos peuvent accroitre la douleur. Les placebos produisent sans surprise la réponse inverse.

Dans le même temps, Fabrizio Benedetti de l'Université Médicale de Turin, en Italie, à trouvé que la douleur induite par le nocébo pourrait être supprimée par un médicament que l'on appelle proglottis et qui bloquent les récepteurs d'une hormone appelée cholecystokinin (CCK) . Normalement, les attentes de douleur induisent l'anxiété, laquelle active les récepteurs CCK, accroissant ainsi la douleur.

 

Cause ultime

La cause ultime de l'effet nocebo n'est pourtant pas la neurochimie mais la croyance. Selon Hahn, les chirurgiens sont souvent prudents lorsqu'il s'agit d'opérer des gens qui pensent qu'ils vont mourir car de tels patients meurent souvent. Et la simple croyance que l'on est susceptible d'avoir une crise cardiaque est en soi-même un facteur risque. Une étude à trouvée que les femmes qui croient qu'elle sont particulièrement susceptible d'avoir une attaque cardiaque ont quatre fois plus de chance de mourir des problèmes coronaires que d'autres femmes présentant les mêmes facteurs risque.

En dépit de la certitude grandissante que l'effet nocebo est bien une réalité, il est difficile d'accepter, dans cette époque rationnelle, que les croyances qu'ont les gens peuvent les tuer. Après tout, la majorité d'entre nous riraient si un homme étrangement accoutré surgissait en brandissant un os en nous disant que nous allons mourir. Mais imaginez ce que vous ressentiriez si un médecin bien vêtu, bardé de diplômes médicaux et dont l'ordinateur contient toutes les imageries médicales prises de vous ainsi que vos résultats d'examens, vous disait la même chose. L'arrière plan social et culturel est cruciale dit Enck.

Meador prétend que le mauvais diagnostique de Shoeman et son décès consécutif ont de nombreux éléments communs avec la mort causée par un sortilège. Un médecin reconnu prononce une sentence de mort que la « victime » et la famille acceptent sans remise en question. Shoeman, ses proches et son médecin croyaient tous qu'il mourrait du cancer. La prophétie s'est auto-validée.

 

Rien de mystique

Les mauvaises nouvelles encouragent un mauvais état physiologique. Je pense que vous pouvez persuader des gens qu'ils vont mourir et faire que cela arrive effectivement», dit Meador. « Je ne crois pas qu'il y ait quoi que se soit de mystique en cela. Nous n'aimons pas l'idée que des mots ou des actes symboliques puissent causer la mort parce que cela remet en question notre modèle biomoléculaire du monde. »

Il est possible que lorsque la base biomédicale du Vaudou sera révélée en détail, nous trouverons qu'il est plus simple d'accepter sa réalité et le fait qu'elle peut affecter n'importe lequel d'entre nous.

 

L'Overdose

En dépression après avoir rompu la relation avec sa fiancée, Derek Adam prit toutes ses pilules... puis avait regretté ce geste. Craignant de mourir, il demanda à un voisin de le conduire à l'hôpital où il s'effondra. Tremblant pâle et somnolent, sa pression sanguine chuta alors que son souffle s'accéléra.

Pourtant les examens et les analyse toxicologique témoignèrent que tout était revenu à la normal. En quatre heures, Adam reçu 6 litre d'eau saline. Malgré cela, son état ne s'améliora pas.

Ensuite, arriva un médecin responsable d'essais cliniques d'un antidépresseur auquel Adams avait participé. Il s'était joint à l'étude au mois précédent. Il avait tout d'abord perçu une amélioration de son moral mais une altercation avec son ex-petite amie l'avait amené à avaler les 29 tablettes restantes.

Les médecins révélèrent qu'Adams faisait parti du groupe contrôle. Les pilules qu'il avait avalé en «surdose» étaient inoffensives. En entendant cela, Adams fut surpris et se rétablit les larmes aux yeux. Il redevint alerte en un quart d'heure et sa pression sanguine et son rythme cardiaque revinrent la normale.

 

C'est contagieux

En novembre 1998, un enseignant d'un collège du Tennessee remarqua une odeur «pareille à du gaz» et il commença à se plaindre de maux de tête, de nausées, de ralentissement du souffle et de vertiges. L'école fut évacuée et dans les semaines suivantes, plus de 100 membres du personnel de l'école ainsi que des élèves se plaignirent de symptômes similaires.

Aucune explication médicale ne pu être donnée bien que l'on ait réalisé des tests complets. Un questionnaire réalisé un mois plus tard révélait que les femmes avaient eu plus tendance à ressentir les symptômes, surtout si elles avaient connu ou vu un camarade de classe qui se trouvait mal. Irving Kirsch, psychologue à l'Université de Hull en Grande Bretagne dit qu'il s'agissait d'un nocebo à grande échelle. «Pour autant qu'on le sache, il n'y avait aucune toxine environnementale et pourtant les gens commencèrent à se sentir malade.»

Kirsch pense que le fait de voir un camarade de classe développer ces symptômes façonne des attentes de tomber malade de la part des autres enfants, déclanchant une maladie psychogénique en masse. Ce genre d'évènement arrivent partout de part le monde. En 1998 en Jordanie, 800 enfants souffrirent en apparence d'effets secondaires après avoir été vaccinés et 122 d'entre eux furent admis à l'hôpital où aucun problème ne fut trouvé avec le vaccin.

 

Helen Pilcher est une écrivain scientifique basée en Angleterre

Traduction française: Lionel P.