H.G. Wells (1866-1946)

Imprégné  de l’idéal fabien,La société fabienne est un institut qui a vu le jour à Londres en 1884  sous l’impulsion de politique anglais comme Sydney Webb (1859-1947) et  de son épouse, Beatrice Webb, ou encore de l’écrivain irlandais  George Bernard Shaw (1856-1950). L’avant-garde de cette société se fit  sous l’influence de promoteur du socialisme comme Robert  Owen (1771-1858) qui transmit ses idées à  John Ruskin (1819-1900, professeur à l’université d’Oxford et qui  influença Cecil Rhodes). D’autres personnes imprégnées d’un idéal  socialiste chrétien comme Frederik Derrison Maurice (1805-1872) ont posé  les jalons au cours du XIXè siècle ouvrant la voie à la fondation de la  société fabienne. Le choix de « fabien » (fabian) s’explique puisqu’il  se réfère au général romain de l’époque des guerres puniques (vers – 200  av – JC), Fabius Cunctator (c’est-à-dire le « temporisateur »). Face au  général carthaginois Hannibal, le militaire romain pratiquait la  politique de guérilla qui consistait à ne pas brusquer les choses afin  d’atteindre son but. C’est cette méthode de changement en douceur mais  implacable qui est la marque de fabrique de la société fabienne.

H.G Wells a su développer ses vues dans de nombreux  livres. Auteur à succès comme L’Homme invisible, La Machine à remonter  le temps ou encore La Guerre des mondes, cet écrivain anglais a su  répandre ses convictions dans un ouvrage paru en 1928, Open  conspiracy (« conspiration ouverte ») [41] , prônant un Etat mondial  sans classe, contrôlant tout (« une nouvelle communauté humaine » selon  son expression), encourageant la réduction drastique de la population  mondiale et la pratique de l’eugénisme. En fait, dès le début,  H.G Wells a présenté ses théories dans un ouvrage méconnu et dont le  titre correspond exactement à la formule maçonnique Ordo ab chao : La  Destruction libératrice. Paru en 1914, cet ouvrage raconte l’histoire  d’une guerre généralisée aboutissant à la création d’un Etat mondial  constitué en 10 blocs (« 10 circonscriptions » selon la formule de  l’auteur [42]). C’est dans ce livre – rappelons-le paru en 1914 – que  l’on retrouve l’expression « Nouvel ordre mondial » [43]. Par la suite, H.G Wells a récidivé en publiant un livre en 1940 au titre sans équivoque : Le Nouvel ordre mondial [44].

Tous ses représentants fabiens fréquentaient et collaboraient de près  ou de loin avec l’équipe de Cecil Rhodes puis de Lord Milner. Un  véritable esprit de corps en faveur d’un but commun, un Etat mondial,  animait ces différentes personnes. Ces élites anglo-saxonnes, qui ne  sont que la suite logique de ces aristocraties commerciales du  Moyen-Âge, ont continué à rassembler leurs forces au sein d’autres clubs  comme la Pilgrim Society en 1902 à Londres et à New York [45]. La  vitesse supérieure fut atteinte, en 1910, avec la création de la Round  Table.