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La théorie de la sélection naturelle permettrait d'expliquer et de comprendre comment l'environnement influe sur l'évolution des espèces et des populations en sélectionnant les individus les plus adaptés et constituerait donc selon Darwin un aspect fondamental de la théorie de l'évolution des espèces et en particulier de l'espèce humaine mais cette théorie aurait des failles notamment dans sa difficulté d'interpréter les comportements sociaux complexes de notre "société moderne"... Howard Bloom dans son livre "Le principe de Lucifer 2" apporte un nouvel éclairage.

La sélection de groupe ou sélection à niveau multiple (SNM) est une généralisation de la théorie de l’évolution par voie de sélection naturelle de Darwin.
Darwin est conscient du fait qu’il y a des comportements naturels d’organismes qui s’exécutent au détriment de l’individu et à l’avantage du groupe. Par exemple, lorsqu’une abeille, en vue d’empêcher l’entrée de la ruche, plante son dard dans un envahisseur - ce qui entraîne la mort immédiate de l’abeille -, celle-ci semble se sacrifier pour le bien de sa colonie. Le mécanisme ayant sélectionné ce comportement « sacrificiel » complètement automatique relève-t-il de la sélection naturelle ?
Le mécanisme qui “favorise la survie du groupe au détriment de la survie de l’individu” a été très critiqué dans l’évolution animale. Selon certains auteurs, il semble que l’une des particularités de l’espèce humaine est que justement, des phénomènes de sélection multi-niveaux ont pu jouer un rôle important au cours de son évolution et en particulier dans l’évolution de sa psychologie. Ce qui pose problème dans toutes les sociétés animales où l’on relève des comportements qui semblent bénéficier au groupe et non à la stratégie de maximisation des capacités reproductives de l’individu pose évidemment d’autant plus problème dans le cas de l’espèce humaine où la solidarité entre non-apparentés est massivement avérée . Darwin est tout à fait conscient de la chose puisqu’il y voit la nature même du processus de “civilisation”…

Le lien entre les défenseurs de « la sélection de groupe » et les partisans de « la sélection individuelle » est peut-être caché dans un autre concept, celui du « système adaptatif complexe ». Un « système adaptatif complexe » est une machine à apprendre constituée de modules semi-indépendants qui fonctionnent ensemble pour résoudre un problème. Certains « systèmes adaptatifs complexes » sont biologiques, comme par exemple les forêts tropicales humides. D’autres, comme les économies humaines, sont sociaux. Et ceux des informaticiens sont généralement électroniques. Les réseaux de neurones et les systèmes immunitaires en sont de très bons exemples : les deux appliquent un algorithme - une règle de fonctionnement — parfaitement exprimé par Jésus de Nazareth : « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a» .
Les réseaux électroniques de neurones sont des hordes de points de commutation reliés en une toile complexe. Le réseau qui relie ces points possède une propriété inhabituelle : il peut renforcer ou désactiver le nombre de connexions et la quantité d’énergie dirigés vers n’importe quel point de commutation du réseau.
Comment fonctionnerait ce réseau ? Selon 3 principes :
a ) les animaux sociaux sont reliés par un échange d’informations dans des réseaux ;
b ) selon les circonstances, des mécanismes d’auto-destruction éveillent ou affaiblissent une créature ;
c ) le résultat est un « système adaptatif complexe », une toile d’agents semi-indépendants reliés entre eux pour former une machine d’apprentissage.

La notion selon laquelle l’individualisme est arrivé en premier va à l’encontre de l’histoire cosmique. Comme nous l’avons vu, le regroupement est inhérent à l’évolution depuis crue les premiers quarks se sont rassemblés pour former des neutrons et des protons. De même, les replicateurs (ARN, ADN et les gènes ) ont toujours travaillé en équipes… souvent équipes dont la taille défie l’imagination. Les bactéries les de 3,5 milliards d’années étaient des créatures vivant en foule, tout comme les trilobites et les échinodermes ( proto-étoiles de mer ) de l’époque cambrienne.
Si les entomologistes prennent les choses à l’envers, leur erreur en a engendré quantité d’autres au coeur de la science évolutionniste moderne. C’est ainsi qu’est né une discipline riche et fructueuse : la sociobiologie. Et la sociobiologie a, à son tour, préparé le terrain à l’arrivée du dogme du « gène égoïste ».

Le résultat des recherches d’Howard Bloom, l’auteur du livre “le Principe de Lucifer” indiquent qu’une machine d’apprentissage collective accomplit ses exploits en utilisants les cinq éléments suivants :
1 ) des agents de conformité
2 ) des générateurs de diversité
3 ) des juges internes
4 ) des distributeurs de ressources
5 ) des tournois inter-groupes

1 ) Les agents de conformité apposent assez de similarités sur les membres d’un groupe pour lui donner une identité, pour l’unifier lorsqu’il est accablé par l’adversité, afin que ses membres parlent un langage commun et pour unir la foule dans des efforts parfois si vastes qu’aucun des individus participant ne peut entrevoir l’objectif dans son intégralité.
Chez les êtres humains, les chapitres qui suivent montreront comment les agents de conformité sont à l’origine, entre autres choses, d’une myriade de cruautés et d’une vision du monde qui façonne le fonctionnement du cerveau d’un bébé, et modifie littéralement la façon de voir des adultes, perception collective qui fait de la réalité d’un groupe la folie d’un autre.

2 ) Les générateurs de diversité engendrent la variété. En effet, chaque individu ne représente dans l’esprit commun qu’une hypothèse. On peut le voir en action dans l’une des plus belles machines naturelles à apprendre, le système immunitaire. Il contient entre dix millions et dix milliards d’anticorps différents. Chaque type d’anticorps est une supposition, préconfigurée pour s’accrocher aux points faibles d’un ennemi. Si un anticorps n’est pas conçu pour agripper un envahisseur, un autre devra planter ses crochets adéquats dans l’attaquant. Il est vital pour la flexibilité défensive de posséder des anticorps de secours. Le système immunitaire conserve donc une horde d’anticorps apparemment inutiles, tout en maintenant ces paresseux dans un état de privation. Lorsqu’une maladie inconnue passe les barricades du corps, l’équipe d’inadaptés du système immunitaire contient généralement quelques individus qui possèdent exactement les armes nécessaires pour écraser l’ennemi. Chez les êtres humains, différents types de personnalité incarnent également des approches qui, bien qu’inutiles aujourd’hui, pourraient s’avérer vitales demain. En passant de la période glaciaire à la modernité, nous verrons que des types étranges peuplent toute notre histoire.

3 ) Viennent ensuite les juges internes. Les juges internes biologiquement intégrés196 nous évaluent constamment, nous récompensent lorsque notre contribution semble avoir une valeur197 et nous punissent lorsque nos. estimations ne sont pas les bienvenues ou qu’elles sont très loin de la vérité. Si nous avons résolu un problème épineux et que nous entendons les bravos de nos passions de nos amis, de notre famille et de nos admirateurs, nos juges internes nous inondent d’hormones semblables ara amphétamines et à la cocaïne. Ces produits chimiques gonflent notre poitrine, nous donnent de l’énergie er embrasent notre esprit. L’enthousiasme et la confiance nous aident à trouver de nouveaux moyens d’accomplir l’impossible. D’un autre côté, si nous ne trouvons pas de solution à nos problèmes et que personne ne semble vouloir accepter nos propositions, les juges internes activent nos mécanismes d’autodestruction.
Les études sur les animaux et les humains démontrent que les déprimés qui flirtent involontairement avec la mort ne sont pas ceux attendus par les défenseurs de « la sélection individuelle », mais bien ceux dont la mort est peu susceptible de profiter aux parents, bien que portant des gènes semblables aux leurs. Les liens familiaux de ces patients sont soit abîmés, soit inexistants. Généralement, ils ne possèdent même pas d’amis. En fait, ils ont souvent l’impression de jamais avoir trouvé leur place dans ce monde. Ces malheureux sont apparemment envahis par ce qui peut s’apparenter au mécanisme suicidaire appelé apoptose. L’apoptose est une bombe à retardement composée de tâches préprogrammées et qui se trouve dans chaque cellule vivante. Quand la cellule reçoit des signaux lui indiquant qu’elle n’est plus utile à la communauté, la bombe se déclenche.
A l’échelle macroscopieque, notre corps se trouvant en overdose d’hormones du stress, il tue les cellules cérébrales, émousse notre intelligence, sabote notre système immunitaire, nous rend malade, nous déprime, nous vole notre dynamisme et insuffle souvent à notre esprit le besoin de se replier sur soi pour disparaître ou mourir. Si nos juges internes sont parfois généreux, le plus souvent ils ne sont guère cléments. Ils demeurent pourtant essentiels aux systèmes adaptatifs complexes des créatures unicellulaires, autant qu’aux systèmes adaptatifs complexes constitués d’esprits humains.

4 ) Le quatrième élément capital est celui des distributeurs de ressources. Ils sont variés ( systèmes sociaux, émotions collectives… ) et ont tous un point commun : ils aiguillent les richesses, l’admiration et l’influence vers les membres de la machine d’apprentissage qui passent de défi en défi et qui donnent aux autres ce qu’ils désirent. Les distributeurs de ressources jettent les incapables ( de gérer ce qui les entoure ) dans ce que l’on peut assimiler au dénuement et à l’impopularité. Jésus a bien saisi la règle de fonctionnement, l’algorithme des distributeurs de ressources lorsqu’il a dit : « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a » .

5 ) Les tournois inter-groupes ferment la marche : ce sont par exemple des guerres de gangs ( de dimension minuscule ou gigantesque ), des matches amicaux de football, la concurrence professionnelle, des attaques terroristes ou une confrontation nucléaire, bref, des face-à-face qui poussent chaque intelligence collective, chaque cerveau de groupe, à pondre des innovations pour le plaisir de gagner, ou simplement pour survivre.

Lorsque les groupes se battent, celui qui a la meilleure organisation, la meilleure stratégie et les meilleures armes gagne. Les individus qui contribuent à la virtuosité de leur groupe feront partie de l’équipe survivante. En revanche, les individus trop préoccupés par leur petite personne pour prêter main forte à leur communauté, risquent de se faire couper bien plus que les mains lorsque leurs habitations seront pillées par des envahisseurs…

Comme l’a découvert David Sloan Wilson, en général, un groupe résout mieux les problèmes que les individus qui le composent. Si l’on oppose un réseau social pouvant résoudre des problèmes à un autre — ce qui se produit constamment dans la Nature — celui qui profite le plus des règles du « système adaptatif complexe », celui qui constitue la plus puissante machine coopérative à apprendre, gagne presque à tous les coups.
Il est temps que les évolutionnistes changent leur fusil d’épaule et abandonnent « la sélection individuelle », ce principe rigide qui ne peut pas coexister avec son soi-disant opposé, « la sélection de groupe ». Et lorsqu’on réunit les deux, il apparaît que cette intelligence, liée par un réseau, existe depuis très longtemps. En fait, elle a sculpté le tempérament pervers qui se manifeste dans notre léthargie dépressive, dans notre angoisse paralysante, dans l’irritabilité qui chasse les autres lorsque nous avons le plus besoin d’eux et dans l’échec de notre système immunitaire lorsque nous perdons le statut, les objectifs ou les personnes qui nous donnent le sentiment d’être important, et même celui d’exister. Nos plaisirs et nos misères nous relient, nous autres humains, en tant que modules, noeuds, composants, agents et microprocesseurs de l’ordinateur le plus extraordinaire qui puisse exister sur cette Terre.
Il s’agit de l’ordinateur social qui nous a donné naissance, ainsi qu’à l’ensemble du monde vivant qui nous entoure…


Sources :d’après des extraits de “Howard Bloom, le Principe de Lucifer 2 : le Cerceau Global”