peter pan

Mais qui est donc Peter Pan, ce petit garçon qui ne vieillit ni de corps ni d'esprit, qui vole et provoque un grand remue-ménage dans la Voie lactée ?
En dépit des apparences, il existe de notables similitudes entre trois Personnages mythiques, issus de la littérature anglaise. Peter Pan, Robin Hood et Gulliver. Tous trois sont liés à la nature, a la forêt et a la couleur verte. Qui ne s'avisera que le costume de Peter -du moins celui popularisé par le cinema -et les vêtements de Robin des Bois sont identiques ? Même tunique verte, dont les franges rappellent les feuilles d'arbres, même petit chapeau décoré d'une plume.
Certains lecteurs contesteront, sans doute, que Robin Hood soit un personnage légendaire.
Telle est pourtant la vérité. Etymologiquement Robin est le coucou, autrement dit la primevère ou Primavera : le premier printemps. Cette allusion a la renaissance de la nature et de la verdure est analogue à celle que l'on trouve chez Jonathan Swift, et dont le célèbre Gulliver désigne le vert du printemps.
Hood signifie capuche ou capuce : un capuchon taillé en pointe.
Souvenons-nous que capuce provient de chape, racine de chapeau. Robin des Bois n'est-il pas représenté vêtu de vert parfois avec un vêtement a capuche et coiffé d'un petit chapeau orné d'une plume ou phanère, terme provenant de phaneros (apparent) ? C'est a partir de ce terme grec qu'a été forgé le mot épiphanie, fête de l'enfant Jésus visité par les Rois Mages.
Or, nous savons que le Christ est appelé la Lumière manifestée.
A ce stade, les lecteurs qui ont eu l'occasion de lire certains des ouvrages que nous avons publiés sont déjà en mesure de se livrer à d'intéressants prolongements. Dans l'immédiat, constatons que cette notion de lumière est habilement soulignée dans le roman de James Barrie. Mise en présence de Peter Pan, la fille aînée des Darling décline son identité: Wendy Moira Angela Darling. Ayant déjà rencontré ce type de rébus chez différents auteurs, nous n'hésitons pas a isoler les lettres majuscules : W-MA-D, lesquelles, une fois l'ordre rétabli, donnent le mot anglais Dawn: l'aube, l'aurore. Quant au verbe to dawn la signification en est poindre, commencer à paraître.
Cette aube, cette aurore, n'est-elle pas le point du jour où le coq annonce fièrement le lever du soleil, de l'astre dispensant la chaleur, la lumière et la vie ? Les grecs firent de ce gallinacé le symbole du dieu Hermès. Aussi est-il amusant de constater que cette image païenne, défiant le temps, traversa toutes les époques, échappa à toutes les tentatives d'occultation et trône, encore de nos jours, au sommet des clochers des églises catholiques. Primitivement, c'est-à-dire avant que les hommes ne décident de perdre le souvenir de leurs traditions, les coqs de nos églises étaient en étain, métal dédié a Zeus-Jupiter. On notera avec intérêt que les clochers, comme leur nom l'indique, abritent une, voire plusieurs cloches, lesquelles sont fabriquées en bronze, un alliage de cuivre et d'étain. N'est-il pas surprenant que la fée Tinn églises catholiques. Primitivement, c'est-à-dire avant que les hommes ne décident de perdre le souvenir de leurs traditions, les coqs de nos églises étaient en étain, métal dédié a Zeus-Jupiter.
On notera avec intérêt que les clochers, comme leur nom l'indique, abritent une, voire plusieurs cloches, lesquelles sont fabriquées en bronze, un alliage de cuivre et d'étain.
N'est-il pas surprenant que la fée Tinn annonce sa présence par un son de clochettes ?
Pour en revenir au personnage de Peter Pan, il serait une figuration du dieu Hermès. Mais pourquoi James Barrie inventa-t-il le personnage de Nana, la chienne dévolue au rôle de bonne d'enfants ? Ne serait-ce pas parce que le chien, dans l'antiquité, était une autre figuration d'Hermes sous sa forme de cynocéphale ? Hermès n'est que la variante grecque du Thot égyptien. Thot était fréquemment représente sous l'apparence d'un babouin, d'un singe a museau fortement allonge, comme celui d'un chien. Thot était un cynocéphale.
Nous reviendrons sur ce terme au prochain chapitre, lorsque nous dirons quelques mots du dieu Pan.
Puisque nous venons d'expliciter le coq, le moment est venu de nous interroger quant à la signification d'un autre personnage, celui de l'adorable petite fée, baptisée Clochette par les studios Disney. Dans le roman de James Barrie, la fée susceptible, faisant montre d'un très mauvais caractère, se nomme Tinn-Tamm " parce qu'elle rétame les casseroles! Un lecteur avise aura garde de considérer l'explication comme superflue. Il s'agit bien d'une invitation à aller vérifier l'étymologie d"étamer", mot provenant de la racine tain. Aussi ne serons-nous pas surpris d'apprendre que tinn, mot anglais, signifie "fer blanc, ou étain. Quant au bruit de clochettes annonçant l'apparition de la fée, comme nous le savons déjà, il nous renvoie bien au clocher surmonté du coq fait de ce métal...
Concernant la personnalité de Peter, nous apprendrons dans le cours du récit qu'il "accompagne les garçons perdus ( ... ) les bébés qui sont tombés de leur landau pendant que les nurses regardaient de l'autre côté ( ... ) et qui sont envoyés au Pays de Nulle part.
Ces nurses, qui ne font pas bien leur travail, font preuve d'une légèreté bien coupable, elles commettent un bien grand crime, celui qui, dans le Cycle des Chevaliers de la Table Ronde, vaut à Perceval d'échouer dans la Quête du Saint-Graal. Ce crime, c'est celui contre lequel les textes gnostiques nous mettent en garde: le péché d'inattention.
Quant au Pays de Nulle Part il évoque le monde de l'Érèbe, le royaume des morts. Les Grecs affirmaient que le psychopompe (le guide des âmes) était encore Hermès.
N'importe quel lecteur, quelque peu familiarisé avec la littérature alchimique, sait que les vieux maîtres prétendaient que leur art remontait à un texte désigné sous le nom de Table d'Emeraude, et attribue a un certain Hermès Trismegiste (le Trois fois grand). Peter Pan en est l'équivalent; lui aussi peut être qualifié de trois fois grand puisqu'il règne, comme nous l'enseigne la suite de l'histoire, sur le monde d'en bas, sur le monde des airs et sur le monde de l'eau.


DE PAN À PETER PAN TOUT EST UN

Mais pourquoi James Barrie décida-t-il de baptiser son héros du nom d'un dieu issu de la mythologie grecque ? C'est ce que nous allons tenter de comprendre.
Selon certains auteurs, c'est Hermès qui fut le père de Pan par Dryopé, dont le nom signifie "pic vert" ou oiseau pivert, fille de Dryops (au visage de chêne). Nous verrons comment ce mythe qui fait ressortir les oiseaux et la forêt est instructif. Selon d'autres auteurs, la mère de Pan fut Pénélope la femme d'Odysseus (Ulysse), laquelle n'aurait pas été aussi sage qu'on le prétend. Notons qu'Ulysse a pour sens "blessé à la cuisse", et que tous les personnages affligés d'une blessure aux jambes sont des initiés. Cela est vrai pour Héphaistos-Vulcain comme pour saint Roch chez les catholiques.
Toujours est-il qu'Hermès aurait visité la mère de Pan sous la forme d'un bélier ou d'un cerf. On disait de Pan qu'il était si laid à sa naissance, avec ses cornes, sa barbiche, sa queue et ses pattes de bouc, que sa mère s'enfuit de terreur en le voyant et qu'Hermès l'emporta dans l'Olympe pour amuser les dieux. Mais Pan était le frère de lait de Zeus et, par conséquent, beaucoup plus vieux qu'Hermès ou que Pénélope de qui il fut engendré (selon certains) par tous les prétendants qui la courtisaient durant l'absence d'Ulysse. Si cet enfant plus vieux que ses parents, est un mystère, on comprendra en revanche pourquoi certains prétendent que Pan fut issu de la semence de tous les prétendants de Pénélope. En effet pan signifie tout. On dit aussi que Pan était le fils de Cronos (Saturne) et de Rhéa, ou de Zeus et d'Hybris. Toutes ces versions recouvrent la même réalité sur un plan alchimique. Elles visent à masquer le nom de la matière à élire afin de réaliser la Pierre Philosophale.
Pan, nous disent les mythes, vivait en Arcadie, pays de l'immortalité où il gardait les moutons et les vaches; il s'occupait des ruches. Il participait aux danses des nymphes de la montagne et aidait les chasseurs à trouver du gibier. En somme, il s'agissait d'un personnage tranquille, insouciant et paresseux, aimant par-dessus tout sa sieste et qui se vengeait de ceux qui le dérangeaient en poussant brusquement derrière un bosquet ou dans une grotte, un grand cri qui leur faisait dresser les cheveux sur la tête. Peter Pan, lui aussi, pousse parfois un cri terrifiant ce qui suffirait à prouver qu'il n'est qu'une variante littéraire du dieu Pan.
Pan séduisit de nombreuses nymphes: Écho, Euphèmé (le silence religieux), laquelle engendra Crotos (le Sagittaire du Zodiaque). Un jour, Pan tenta de violer Pitys (sapin) qui ne lui échappa que parce qu'elle fut métamorphosée en pin. En souvenir d'elle, Pan porta par la suite une couronne tressée sur la tête. Une autre fois, il poursuivit Syrinx (roseau), qui se transforma en roseau. Pan coupa alors quelques roseaux, au hasard, et en fit une flûte. Son plus grand succès fut d'avoir séduit Séléné (la Lune). Comme il avait dissimulé son apparence de bouc et ses poils noirs sous une toison bien propre, Séléné ne le reconnut pas. Elle accepta de monter sur son dos et ne lui résista pas lorsqu'il voulut prendre son plaisir avec elle. Ce mythe se rapporte à une orgie qui se déroulait en Grèce au début du mois de mai. Au cours de cette orgie, la jeune reine de Mai montait sur le dos de son homme dressé, avant de célébrer avec lui son mariage dans la forêt nouvelle. Sur un plan plus hermétique, ce mois de mai est une indication concernant la période au cours de laquelle certains travaux peuvent être entrepris.
La légende prétend que Pan est le seul des dieux qui soit mort à notre époque. La nouvelle, selon la légende, parvint à un certain Thamos qui était marin sur un bateau faisant voile vers l'Italie, en passant par l'île de Paxi. Une voix divine s'éleva de la mer et dit fortement: "Thamos, Thamos, es-tu là ? Lorsque tu atteindras Palodès, annonce que le grand Pan est mort." C'est ce que fit Thamos, et sur le rivage la nouvelle fut accueillie par des cris, des gémissements et des pleurs.
En fait, nous dit le poète Robert Graves dans ses Mythes grecs, Thamos l'Égyptien s'était trompé. Il avait pris les lamentations rituelles "Thamos, Panmegas tethnëce" ( le grand Tammuz, dieu de la végétation annuelle, est mort! ) pour Pannonce de la nouvelle "Thamos, le grand Pan est mort!" S'appuyant sur ce contresens, Plutarque écrivit la même histoire. Un siècle plus tard, Pausanias put constater que les autels, les sanctuaires, les cavernes et les montagnes sacrées consacrés à Pan étaient encore assidûment fréquentés.
Pan incarnait en fait une tendance propre à tout l'univers. Il était le dieu du Tout, l'expression de l'énergie universelle à la base de tout ce qui existe et, par conséquent, le Tout de Dieu, le Tout de la vie. Il résume la formule célèbre "Tout est UW' qui peut également s'entendre comme "tout étain" ou "tout éteint".
Au sein d'un chapitre précédent, nous avions relevé certaines analogies entre Peter Pan et Robin des Bois, et nous venons de voir que le mythe de Pan était fortement imprégné de connotations sexuelles, lié au culte de la fertilité. Aussi est-ce le moment de revenir sur les vêtements de Robin et de Peter.
Nous savons déjà que chapeau provient de capuche, capuchon, dérivant de chape, or ce capuchon est également le nom de la chair recouvrant le gland de la verge. justement, en Cornouailles, Robin désignait le phallus, ou verge au capuchon ôté. Ainsi découvert, ce phallus n'est pas sans évoquer une chandelle, objet dispensant la lumière, cette lumière source de vie et agent de la rénovation de la nature au printemps. Sans doute faut-il voir là l'origine de la locution populaire visant à décrire une situation durant laquelle un observateur assiste à des ébats amoureux. Ces précisions sont fortement étayées par le fait historique et indiscutable selon lequel les charrues des tribus primitives portent fréquemment un soc affectant la forme du phallus, emblème de puissance fécondante.
Pan donna naissance au mot panique. L'expression "le Grand Pan est mort” est passée dans le langage courant pour signifier la fin d'une civilisation, d'une société. C'est ainsi qu'on peut lire sous la plume du théoricien de l'Anarchie Proudhon: "Les ombres des héros se lamentent et les enfers frémissent. Pan est mort; la société tombe en dissolution.
Le riche se clôt dans son égoïsme et cache à la clarté du jour le fruit de sa corruption; le serviteur improbe et lâche conspire contre le maître; l'homme de loi, doutant de la justice, n'en comprend plus les maximes; le prêtre n'opère plus de conversions, il se fait séducteur; le prince a pris pour sceptre la clef d'or, et le peuple, l'âme désespérée, l'intelligence assombrie, médite et se tait Pan est mort, la société est arrivée au bas ..."
On peut trouver curieuse cette évolution d'un symbole passant du débridement sexuel, du culte agraire à la notion d'ordre social, néanmoins ce glissement de sens pourrait bien posséder des raisons historiques, sociologiques et ésotériques, ainsi que nous le découvrirons plus avant.
Avant de refermer ce chapitre, il nous faut encore faire observer que le terme cynocéphale - dont nous avons vu la portée symbolique - pourrait prêter à un jeu de mots en raison de la proximité phonétique entre phalos et phallus. Enfin, si on considère en général que Pan provient du grec paein (faire paître), il est aussi admis que ce dieu représentait le diable. Si nous nous souvenons que le diable devint Satan chez les catholiques, il y a là un élément curieux. En effet, Satan est l'anagramme de stana : l'étain.
Voilà une curiosité qui nous ramène au coq, aux cloches et à la fée clochette.

"La mythologie veut que le célèbre devin Tirésias ait eu une parfaite connaissance de la Langue des Oiseaux, que lui aurait enseignée Minerve, déesse de la Sagesse. Il la partageait, dit-on, avec Thalès de Milet, Melampus et Apollonios de Thyane, personnages fictifs dont les noms parlent éloquemment, dans la science qui nous occupe..."
Le Mystère des Cathédrales
Fulcanelli



LA LANGUE DES OISEAUX

Renouant avec ses illustres prédécesseurs - dont la liste serait trop longue à dresser au sein de ce petit ouvrage -, James Barrie rédigea son livre en usant d'un système cryptographique, celui-là même qu'utilisaient les rédacteurs d'ouvrages hermétiques. Ce système, ou procédé littéraire est, le plus souvent, désigné sous le nom poétique de Langue des Oiseaux. On le nomme également Cabale phonétique ou solaire, Langue des Diplomates, Langue des Cynocéphales. C'est le langage que nous retrouvons dans Méraldique ou Art du Blason, "clef de l'Histoire" selon que le disait le poète Gérard de Nerval, lequel signait, d'une façon amusante, son prénom de deux dessins : un oiseau (un geai) suivi du mot rare. Quant à Jonathan Swift, afin de demeurer dans la littérature de langue anglaise, il désignait la Langue des Oiseaux sous le nom de Langue du Cheval ou des petits enfants. Dans les Contes du Tonneau, il s'agit du pun, terme qui, littéralement, signifie "calembour' ou "jeu de mots".
L'Art du Blason donna naissance aux enseignes. Certaines armoiries, comme certaines enseignes, étaient composées de dessins, lesquels lus correctement fonctionnaient à la manière des rébus. Ainsi, on pouvait lire le nom du propriétaire des armoiries. De telles armoiries étaient dites parlantes ou chantantes. La Langue des Oiseaux, à l'instar du langage des petits enfants ou de celui du Blason, ne s'exprime pas très nettement. La raison en est simple, c'est parce qu'il use d'à peu près phonétiques, de calembours, de rébus, de charades, parfois d'anagrammes. Il s'agit d'un langage qui s'adresse aussi bien aux yeux qu'aux oreilles.
Bien qu'il s'agisse d'un mode d'expression universel, en comprendre les subtilités n'est pas toujours aisé, surtout quand nous sommes en présence d'un texte traduit d'une langue étrangère. Néanmoins, le livre de James Barrie, même dans sa version française, laisse filtrer quelques allusions directes à cette Langue des Oiseaux. En voici en exemple simple : "- Sais- tu, demanda Peter, pourquoi les hirondelles construisent leurs nids sous les gouttières ? C'est pour égoutter... non écouter les histoires ... "
Ce court passage, outre qu'il montre parfaitement la confusion du langage naissant de l'utilisation des à peu près phonétiques, livre une clef importante. En effet Peter prend bien soin de mentionner des hirondelles, autrement dit des oiseaux, afin d'attirer l'attention du lecteur sur ce fameux langage des Oiseaux. Chez certains auteurs, l'utilisation des caractères italiques adopte le même sens, celui d'une mise en garde, d'un signal, donnant à entendre que le texte possède un autre sens que le sens littéral. Ce procédé fut très largement utilisé par Gaston Leroux, dont les petites phrases en italiques avaient intrigué les Surréalistes.
Ce n'est pas un hasard si les livres hermétiques sont rédigés en Langue des Oiseaux, langage volatil par excellence, difficile à saisir, apte à adopter les formes les plus subtiles.
Ainsi, le grand philosophe Cyrano de Bergerac était-il passé maître dans cet exercice. Ses célèbres "entretiens pointus" relèvent de la Langue des Oiseaux. La Pointe cyranesque est une référence au mot grec noos, lequel désigne la "fine pointe de l'âme" : l'Esprit. Or, cet Esprit, fragment de l'Esprit universel et existant dans la moindre parcelle de matière, fut justement symbolisé par les religions sous la forme d'un oiseau, le plus souvent par une colombe.
Cet Esprit, lui aussi volatil, insaisissable, invisible, sauf lorsqu'il se densifie et se matérialise, qui adopte toutes les formes, c'est ce que les Alchimistes ont appelé notre Mercure, soulignant par l'emploi du pronom "notre" qu'il ne saurait s'agir du mercure des chimistes. D'ailleurs, ce "notre" est équivalent au pronom "nous", lequel est proche phonétiquement du grec noos. C'est parce que l'Esprit est doté des caractéristiques mentionnées ci-dessus.. que les Alchimistes ont appelé leur Mercure comme le dieu des romains.
Par conséquent, Peter Pan qui, souvenons-nous, a la possibilité de voler - il est donc volatil ou semblable à un volatile (un oiseau) - est une figuration à la fois d'Hermès-Mercure, mais également de ce Mercure-Esprit des alchimistes.

Maintenant je sais vraiment !

Parole de joie vive, état d'intime satisfaction, cri d'allégresse que pousse l'Adepte devant la certitude du prodige. Jusque-là, le doute pouvait encore l'assaillir; mais, en présence de la réalisation parfaite et tangible, il ne craint plus d'errer; il a découvert la voie, reconnu la vérité, hérité du Donum Dei ...
Les Demeures Philosophales
Fulcanelli


DES MONDES NATUREL ET SURNATUREL

Ici nous touchons au point sans doute le plus méconnu de toute quête initiatique et ce, qu'il s'agisse de la voie alchimique ou des autres sentiers spirituels. James Barrie, visiblement, était parfaitement au courant du problème que nous allons exposer en le rendant le plus accessible possible.
Sous la conduite de Peter Pan, nous dit Barrie : "les enfants abordèrent l'île de Nulle Part non pas tant parce qu'ils n'avaient jamais, grâce à Peter ou à Tinn, dévié de la bonne direction, mais parce que l'île elle-même était à leur recherche. Telle est la seule chance de jamais parvenir à ces rives enchantées..."
Cette précision est d'une importance capitale concernant la réalisation du Grand Œuvre se concluant par l'obtention de la Pierre Philosophale, laquelle permet de vivre dans l'éternel présent. Ceci a, en général, été très mal compris du public, lequel s'imagine un individu capable de vaincre les injures du temps et de se rajeunir, devenant immortel. Il est vrai que peu d'auteurs ont osé écrire sur ce sujet D'autres, lorsqu'ils le firent, eurent tendance à laisser parler leur imagination débridée.
Le prodige accompli par la Pierre des Philosophe est d'une nature quelque peu différente.
Il s'agit de la traversée du miroir, celle-là même qu'effectue la petite Alice dans le roman de Lewis Carroll. À ce stade, il y a prise de conscience de la réalité ultime du monde, lequel n'est qu'apparence. Il y passage du monde des phénomènes, ou de la substance, au monde des noumènes ou de l'essence.
Dans ce domaine précis, la réussite n'est nullement dépendante des seules facultés intellectuelles ou de l'habilité manuelle. Elle repose avant tout sur des facteurs liés à la prédestination certes, mais moins qu'au mérite. Quand nous évoquons la prédestination, encore faut-il préciser que cette dernière ne trouvera à s'exercer qu'en fonction d'une conduite méritoire. En effet, et contrairement à une idée fortement ancrée dans l'esprit du public, la prédestination n'est nullement inéluctable, pas plus, au demeurant, que la fatalité. La prédestination demeure relative.
Mais qu'est-ce que le mérite ? La définition profane ne nous éclairera guère parce que trop sujette à des conceptions matérialistes, trop emplie des règles, des lois et des intérêts inhérents à la société matérialiste. En revanche, la définition que donne du mérite la religion va nous aider à comprendre ce qu'il faut entendre par ce mot. Le mérite c'est ce qui va au-delà du devoir strict, a sa source dans la charité et constitue une sorte de créance morale transportable d'une personne à une autre."
En résumé la vie n'aurait pas de sens si nous devions uniquement passer notre temps à satisfaire la faim dévorante de nos instincts, de nos désirs. Le but de cette "maladie" que nous nommons la vie, c'est de prendre conscience des raisons qui nous ont fait expérimenter les difficultés, la douleur de l'incarnation. La vie est une maladie de l'âme, seule la mort peut nous en guérir... du moins provisoirement... jusqu'à l'incarnation suivante !
Par suite, nous devons prendre conscience du néant de notre ego, comprendre que nous n'existons que reliés aux autres et que les autres ne sont qu'en fonction de nous. Aussi devons-nous pratiquer la charité, non afin de se donner bonne conscience, mais spontanément, comme une seconde nature. Telle est la signification de l'injonction christique "Aimez-vous les uns les autres".
Nous venons d'expliquer sommairement la notion de Grâce, les Alchimistes ne disent pas autre chose lorsqu'ils prétendent que la réussite dépend du Donum Dei (le Don de Dieu) lequel n'est qu'un autre nom de la Grâce, c'est à dire une aide surnaturelle rendant l'Homme capable d'accomplir la volonté de Dieu et de parvenir au salut.
On peut douter, naturellement, que James Barrie ait sciemment traité d'un problème métaphysique aussi complexe au sein d'une oeuvre destinée aux enfants. Mais qui vous dit qu'il la destinait aux petits ? Peut-être, comme plus tard Antoine de Saint-Exupéry le fit avec son Petit Prince, dédia-t-il Peter Pan aux adultes ayant été des enfants?
Nous avons dit que la Grâce était une aide surnaturelle. Telle est effectivement la nature du phénomène qui mène les héros du livre de James Barrie à l'île. Nous pouvons lire : "En effet, un million de flèches d'or désignaient l'île aux enfants, toutes lancées par leur ami le soleil qui tenait à ce qu'ils ne courent pas le risque de s'égarer avant de les quitter pour la nuit...

"Si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n'entrerez pas dans le domaine des cieux."
Évangile selon Matthieu


DE L'ILE DE NULLE PART À L'ILE DE DÉLOS

Mais qu'est-ce que cette Île mystérieuse qui ne se peut situer géographiquement et où vont aborder les petits héros du roman de James Barrie ?
Pour en avoir une idée, il va nous falloir faire un détour par les traditions populaires et la mythologie. En Normandie se contait une étrange histoire. jésus et Pierre se trouvaient tous deux au milieu de l'océan, portés par un simple manteau étendu sur les flots. Pierre fut saisi de panique, ce qui lui valut l'apostrophe célèbre : "Homme de peu de foi". Mais le conte ajoute : "lève le manteau et repose-toi sur le roc. L'apôtre ne voyait toujours que de l'eau. jésus, s'impatientant, eut ce mot qui consacra le nom de l'île de Tahitou : "Tâte- y-où,, et dis-moi si tu ne trouves pas le roc !" Sous le manteau soulevé par Pierre, l'eau s'était transformée en un rocher.
Si dans cette histoire le Messie fait montre d'une parfaite connaissance troublante du dialecte normand, personne ne doutera qu'il ait été le mieux placé pour parler la Langue des Dieux ou des Oiseaux. N'est-ce pas ? "Tâte- y-où, mais encore faut-il connaître un peu le grec, s'entend comme tê theîan : le soufre Quant au manteau, il n'est pas sans rapport avec l'aigle sur lequel est assis Jupiter au milieu des eaux du ciel. Dans les textes alchimiques, les sublimations sont appelées les aigles, se sont elles qui préparent l'union mystique d'Apollon et de Diane, le mariage du Roi et de la Reine, du Soleil et de la Lune.
Ici il nous faut rappeler que, dans le mythe, Latone enceinte des oeuvres de Jupiter s'était vue refuser l'asile par tous les lieux de la terre auxquels la jalouse épouse du maître de la foudre avait interdit de la recevoir pour ses couches. Or, il existait une île flottante du nom d'Astéiia qui accueillit Latone. Cette île, alors sans racine terrestre, se fixa et devint Délos, dont le nom en grec signifie "apparent”, "visible", "brillant".
Cette Île mouvante c'est ce que les hermétistes nomment le bain mercuriel, c'est elle qui va donner naissance au grain fixe ou soufre, représenté par les catholiques par l'enfant jésus, et par la tradition populaire sous la forme de la fève au sein de la Galette des Rois.
Apollon et Diane, jumeaux, sont les futurs parents de la Pierre.
En résumé, l'île est le corps (sel) né de l'union du soufre (l'âme) et du mercure "esprit".
Ce que raconte le mythe n'est qu'une illustration d'une phase physique de l'oeuvre, phase au cours de laquelle il y a coagulation du mercure sous l'action sulfureuse. Le résultat de cette opération consiste en l'obtention d'un nouveau mercure, désigné par l'expression mercure philosophique. Voilà qui est étrange puisque certains textes nous disent que cette île est le royaume du soufre. Y aurait-il une confusion ? Non. Le soufre n'est qu'un autre nom du mercure philosophique.
Mais quel rapport avec le personnage de Peter Pan nous direz-vous ? Lorsque commence le roman, Peter symbolise le Mercure, ainsi que nous l'avons démontré. Il est volatil, non seulement parce qu'il possède la faculté de voler, mais également en raison de son caractère instable. Il ne tient pas en place. Nous sommes dans le premier Oeuvre, la première phase. Puis, au fil des pages, Peter évolue; Barrie nous le décrit même longuement assis, autant dire "devenu fixe". Nous sommes dans le second Oeuvre, la seconde phase, celle où le Mercure est fixé et devient le Mercure Philosophique ou Soufre.
D'ailleurs, Peter devient beaucoup plus responsable, plus équilibré et souffre de n'avoir pas de mère. Barrie pouvait-il se montrer plus explicite concernant un enseignement secret ?

© Richard Khaitzine
Le symbolisme Maçonnique et Hermétique de Peter Pan
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