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La réforme bancaire à la française dont on nous a tant parlé vient d’être adoptée définitivement par le parlement ce mercredi 17 Juillet.

Le projet était ambitieux et devait originellement, entre autres, limiter le Trading Haute Fréquence, donner plus de moyens à l’état pour lutter contre les risques systémiques et séparer « les activités des banques qui sont utiles à l’investissement et à l’emploi de leurs opérations spéculatives. » tel que l’avait annoncé le candidat Hollande pendant sa campagne.
Allons nous  enfin en terminer avec le chantage du « too big to fail » ?

La réponse est des plus prévisible, non.
Seules seront isolées de leurs activités de dépôt « les activités spéculatives réalisées par les banques pour elles-mêmes, en leur nom propre », soit entre 0,75 % et 1,5 % du produit net bancaire des banques françaises de l’aveu de Frédéric Oudéa, PDG de la société générale.

Mais pourquoi ce chiffre n’est alors pas mentionné dans le texte de loi et cette dernière élargie à d’autres activités?
Pour « raisons de confidentialité et de respect du secret des affaires » à en croire ce même texte. Les activités de marché représentaient pourtant selon les chiffres fournies par les banques elle-même près de 40 % de leur bénéfice avant la crise.
Aller plus loin dans la séparation n’aurait « pas été productif » et apparaît comme « non nécessaire » selon Mr Moscovici.

Quant au Trading Haute Fréquence qui consiste à programmer des ordinateurs pour acheter chaque milliseconde des titres afin de profiter de chaque écart de prix, il n’est pas non plus interdit contrairement à ce que veulent nous faire croire notre premier ministre et nos principaux médias.
On nous dit qu’on va ralentir la machine en imposant un délai de 0,50 secondes entre chaque modification d’un ordre précédemment acquis, du moment que cela ne concerne pas les « activités de tenue de marché ».

Or, comme le révèle L’Expansion, « les activités de haute fréquence sont majoritairement enregistrées comme des activités de tenue de marché » et même les traders sont « inscrits auprès des places boursières comme des teneurs de marché ».
Ainsi, grâce à un lobbying intense, 90% du Trading Haute Fréquence ne sera pas concernée par cette réforme.

Après de telles concessions réalisées par les banques, il fallait bien une petite compensation.
Et quelle compensation ! Après avoir obtenu sous Sarkozy l’autorisation de distribuer le Livret A, il était nécessaire de pouvoir bénéficier un peu mieux des 363 milliards d’euros de l’encours du livret A et du livret développement durable.

Et cette fois-ci, c’est Mediapart qui lance la charge : « À l’avenir, les banques pourront conserver 50 % des sommes récoltées sur le livret d’épargne populaire au lieu de 30 % actuellement. Surtout, la Caisse des dépôts s’engagerait à l’avenir à reverser aux banques tous les excédents d’épargne récoltés sur le livret A et le livret développement durable, au-delà d’un ratio de 135 % de ses ressources par rapport à ses emplois (le ratio est aujourd’hui de 173 %). Par un simple décret, le gouvernement s’apprête ainsi à redonner au moins 25 milliards d’euros de l’épargne réglementée aux banques ! »

Alors certes, on nous dit que c’est pour mieux relancer l’économie, en finançant par exemple les PME, mais quand on sait que les prêts aux entreprises stagnent depuis des années et représentent à peine 10 % des encours dans leur bilan, on peut se permettre d’avoir un doute.

Et malgré les alertes répétées de l’Autorité de Contrôle Prudentiel (ACP) sur le risque de faillite important des banques françaises (incapables de nettoyer leurs bilans malgré les 1000 milliards à taux zéro injectés par la BCE)  en cas de nouvelle crise, cette réforme semble pour l’instant satisfaire tout le monde, y compris la grande partie des français à qui l’on répète tous les jours qu’ils paieront désormais moins d’agios.

Finalement, cette réforme bancaire est  moins contraignante que celles votées en Allemagne et en  Angleterre voire aux Etats-Unis. Pour preuve, Christian Nijdam, de la société d’analyse indépendante AlphaValue estime que cette réforme touche « à peine 0,5 % du produit net bancaire global de BNP Paribas. » 

En France, la spéculation a encore de très beaux jours devant elle.

Lilian D – News360xhttp://news360x.fr/lincroyable-imposture-de-la-reforme-bancaire/