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En avril 2010, WikiLeaks donne à voir une vidéo du raid aérien du 12 juillet 2007 à Bagdad titrée Collateral Murder ; le 7 juillet, les autorités américaines désignent Bradley Manning comme l'informateur de WikiLeaks16.

C'est le magazine Wired qui annonce le premier l'arrestation de Manning : le 6 juin un article cosigné par Kevin Poulsen raconte comment Manning aurait provoqué son arrestation par ses propres révélations qui furent ultérieurement rapportées aux autorités par son interlocuteur, Adrian Lamo17. L'article précise que ni le Département d'État, ni le FBI ni l'Armée n'avaient encore confirmé cette arrestation18. Le 7 juin, l'Armée publie un très bref communiqué sur cette affaire19. Le lendemain, le magazine Wired rapporte que les autorités américaines s'interrogent sur la responsabilité de Manning dans la publication de 260 000 câbles diplomatiques. Le Département d'État n'avait pas alors la certitude que les dépêches aient été déjà transmises à Wikileaksnote 2. Début juin, Manning n'est pas encore officiellement accusé ; suspect, il fait l'objet d'une enquête20 tout en étant détenu au Koweit en vue d'un futur jugement19.

Le 25 juillet 2010 Wikileaks rend public les Afghan War Diaries, dont la source est désignée dès le lendemain comme étant Manning21.

À partir du 21 mai 2010, Manning aurait eu des conversations en ligne avec Adrian Lamo22. Manning aurait expliqué au hacker Adrian Lamo avec qui il avait sympathisé, qu'il aurait publié la vidéo titrée Collateral Murder. Lamo ayant eu par le passé des ennuis avec la justice américaine, prend alors peur, craignant d’être de nouveau suspecté pour complicité. Il le dénonce au FBI et envoie également une copie de ses discussions par mails avec le soldat au magazine Wired, qui en publie des extraits23. Ce geste a aussi été interprété comme une manipulation de Lamo de manière à obtenir la confession de Manning9, le hacker ayant admis s'être présenté comme un pasteur et comme un journaliste, faisant croire à Manning que tout ce qu'il lui disait serait couvert par le secret de la confession et le secret professionnel8.

Poursuites contre Bradley Manning

Arrêté par l'United States Army Criminal Investigation Command en juin 201024,25, Manning a d'abord été détenu plus d'un mois dans une prison militaire de Camp Arifjan, au Koweït, sans aucune charges16,26,27. Il est détenu sur la base de Quantico, en Virginie depuis le 29 juillet 2010. En avril 2011, un groupe d'experts détermine qu'il est en état d'être jugé28, et le 16 décembre 2011, une audience préliminaire recommande de le faire comparaître devant une Cour Martiale29,30. Manning est inculpé le 23 février 2012 en cour martiale et choisit de ne pas contester les chefs d'accusation.

Accusations portées contre Manning

Début juillet 2010, Bradley Manning a été inculpé de huit chefs d'inculpation criminels et de quatre violations du règlement militaire31.

Deux accusations, fondées sur le Uniform Code of Military Justice (UCMJ) en ses articles 92 et 134, sont portées contre lui : « transfert de données secrètes sur son ordinateur personnel et ajout de logiciel non autorisé sur un système informatique confidentiel », ainsi que « communication, transmission et envoi d'information traitant de sécurité nationale à une source non autorisée »16,32.

Il encourt alors 52 ans de prison pour les actes qui lui sont reprochés26.

Son avocat militaire commis d'office est le major Thomas F. Hurley. A partir de fin août 2010 son avocat civil est David Coombs24. On ne dispose d'aucun témoignage public de Bradley Manning lui-même depuis son incarcération. L'une des rares personnes à l'avoir rencontré depuis à Quantico est David House2.

Conditions de détention

Bradley Manning est soumis à un isolement carcéral maximum (Maximum Custody Detainee)

Par jamesinparis

La transcription complète de la déclaration de Bradley Manning après sa condamnation à 35 ans de prison, qu'il a demandé à son avocat de lire à la presse: :

La décision que j’ai prise en 2010 est le fruit d’une inquiétude pour mon pays et pour le monde dans lequel nous vivons. Depuis les événements tragiques du 11 Septembre, notre pays est en guerre. Nous sommes en guerre contre un ennemi qui a fait le choix de ne pas nous affronter sur un champ de bataille classique. A cause de cela, nous avons dû adapter nos méthodes pour combattre ces menaces faites à notre mode de vie et à nous-mêmes. Au début, j’étais en accord avec ces méthodes et j’ai choisi d’aider mon pays à se défendre. Ce n’est qu’une fois en Irak, lorsqu’au j’ai eu accès quotidiennement à des rapports militaires secrets, que j’ai commencé à m’interroger sur la moralité de ce que nous faisions. C’est à ce moment que j’ai pris conscience que dans notre effort pour contrer la menace ennemie, nous avions mis de côté notre humanité. En toute conscience, nous avons choisi de dévaluer le coût de la vie humaine en Irak et en Afghanistan. En combattant ceux que nous percevions comme nos ennemis, nous avons parfois tué des civils innocents.

Chaque fois que nous avons tué des civils innocents, au lieu d’en assumer la responsabilité, nous avons décidé de nous retrancher derrière le voile de la sécurité nationale et des informations classifiées afin de ne pas avoir à rendre de comptes publiquement. Dans notre zèle pour tuer l’ennemi, nous avons eu des débats en interne sur la définition du mot “torture”. Pendant des années, nous avons détenu des individus à Guantanamo sans respecter aucun procédure régulière. Nous avons fermé les yeux sur la torture et les exécutions perpétrées par le gouvernement irakien. Et nous avons laissé passer nombre d’autres actes au nom de notre guerre contre la terreur.

Le patriotisme est souvent invoqué quand des actes moralement douteux sont préconisés par des dirigeants. Quand ces appels au patriotisme prennent le dessus sur les interrogations légitimes, c’est généralement au soldat américain que revient la charge de mener à bien des missions immorales. Notre nation a déjà traversé ce genre de troubles au nom de la démocratie : la Piste des larmes, l’affaire Dred Scott, le Maccarthysme, Internement des Japonais-américains pour n’en citer que quelques-uns. Je suis convaincu que la plupart des actions menées depuis le 11 Septembre seront un jour perçues de la même manière. Comme le disait feu Howard Zinn, “Aucun drapeau n’est assez large pour couvrir la honte d’avoir tué des innocents.” Je sais que j’ai violé la loi. Si mes actions ont nui à quelqu’un ou aux Etats-Unis, je le regrette. Il n’a jamais été dans mes intentions de nuire à qui que ce soit. Je voulais seulement aider. Quand j’ai décidé de révéler des informations classifiées, je l’ai fait par amour pour mon pays, avec un sens du devoir envers autrui. Si vous refusez ma demande de grâce, je purgerai ma peine en sachant qu’il faut parfois payer un lourd tribut pour vivre dans une société libre. Je serai heureux d’en payer le prix si, en échange, nous pouvons vivre dans un pays basé sur la liberté et qui défend l’idée que tous les hommes et les femmes naissent égaux.