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Regards critiques sur la mythologie, la psychologie et le mentalisme dit « spiritualité » d’Eckhart Tolle :

« L’illusion du pouvoir dans le processus spirituel. Un cas : l’illusion du pouvoir du moment présent »

I) Introduction :

Féru de Tolle il y a presque 5 ans, j’ai fait le choix de renoncer à suivre ses « enseignements » étant donné les conséquences dans ma vie de cette application et celles que je voyais autour de moi sur d’autres personnes. J’ai eu le besoin de comprendre pourquoi j’en suis arrivé à appliquer sans réfléchir, sans faire œuvre d’esprit critique. Comprendre ce qui m’a séduit. Comprendre la démarche de Tolle. Dégager ses responsabilités des miennes. Comprendre ce qui a fait que je me suis mis à critiquer, à nuancer et à rejeter radicalement la recette qu’il pose comme étant celle qui va me rendre heureux. Ceci est le fruit de cette compréhension. Ces regards et ces questions vous sont proposés pour réfléchir. C’est un acte de conscience et éthique que je pose. Il m’est, en effet ,essentiel, d’informer et de proposer d’autres regards sur cette approche. Cette critique respecte l’homme qu’est Tolle, son chemin ainsi que le chemin de tous ceux et celles qui appliquent les protocoles de Tolle. En même temps, cette critique est lucide et sérieuse sur le fond. Les critiques vont faire appel à des métaphores et dans certaines d’entre elles, une « masse de personnes est visée. Chacun s’y reconnaîtra suivant sa conscience ou pas. Il n’est pas question ici de viser quiconque pratique Tolle. Des digressions périphériques seront posées sur divers sujets.

II) L’art de rectifier

Approchant les lectures mythologiques de par la psychologie archétypique et analytique de C.G Jung et ayant eu conscience des mythèmes nocifs, il est bon de prendre un exemple dans la métaphore de l’usine, du supermarché du développement personnel.
Axé dans une approche critique rejoignant ma démarche, Pinterovic’ Antoine traduit Guggenbühl Adolf-Craig dans 2 ouvrages amenant à de profondes réflexions « Pouvoir et relation d’aide » ainsi que « les vieux sots ». C’est dans ce dernier qu’il met en avant 3 caractéristiques de mythes nocifs et dangereux : les mythes unilatéraux, les mythes pris à la lettre et les mythes qui confondent ce qui appartient aux homme de ce qui appartient aux Dieux et à Dieu. C’est dans les vieux sots que Guggenbühl proposent d’étudier plus en profondeur les mythes modernes. L’un d’entre eux m’est apparu à la fois simple à approcher (étant donné son logos simpliste et réducteur) et regroupant les 3 caractéristiques : celui d’Eckhart Tolle.
Guggenbühl montre les conséquences psychologiques et concrètes de l’action de tels mythes au sein d’une psyché et d’un groupe. Nous en dégagerons ici quelques unes de par notre exemple.
Je m’excuse d’avance de manifester une pensée critique (certains diront que ces écrits sont le fruit du mental, de mon égo malade) d’être un citoyen qui a une conscience, une éthique, un discernement et qui avertit autrui des risques encourus liés des pratiques et une mythologie unilatérale. Moi j’informe et constate. Je vous invite à penser, à vous relier à ce que j’écris. Il peut, en effet, très facile de formuler ma psychopathologie pour décrédibiliser mes dires. Cette pratique est bien connue. Libre à vous. Chacun sa conscience de Soi à soi.

- Tolle, on l’aime ou pas, à chacun son opinion.

L’opinion, le « j’aime/j’aime pas » n’est pas encore de la science et de la critique qui invite à penser, à se questionner et discerner. On peut aimer ou pas et en même temps être critique. Ici, on est au-delà de l’opinion, de ce qui me convient ou pas, au-delà de moi-même. On est dans l’étude et la critique d’une approche, de sa mythologie, de son logos, de ses pratiques, de sa morale, de sa finalité et on cherche à voir si elle donne un soin. On est dans une recherche de vrai et d’exact. On regarde s’il nuit.

- Le mythe

Le mythe aide à expliquer le monde, d’où l’on vient, où l’on va, quels sont les problèmes et les obstacles, les aides, les alliés et les ennemis. Il aide la collectivité et un individu à donner du sens à sa vie, à sa mort, à la vie, à la mort au monde et à lui-même.

- L’unilatéralité

Le mythe unilatéral pose les choses dualement : soit il délie tout, soit il relie tout. Les alliés ne peuvent qu’être que les alliés, ils n’ont pas d’ombres. Les ennemis ne peuvent être que des ennemis, ils n’ont rien à nous apporter. Dans le mythe unilatéral, le logos est totalisant et annihilant à la fois. Il se caractérise par des absolutismes « tout, toujours, tout le temps, jamais, rien ». Il ‘n’y a qu’un seul moyen pour arriver à une fin (chez Tolle, ça sera le sacro-saint moment présent) ; un archétype est nécessairement mauvais (l’égo) ; une essence, un état est nécessairement bon (le moment présent) et il est le seul à l’être (le passé et l’avenir sont écartés).

- La littéralité :

La lecture littérale invite à prendre les choses telles quelle et non comme une métaphore d’un phénomène existant en l’âme de l’individu. Littéralement, les gens vont croire et lire à la lettre le contenu et l’appliquer. En lire, certains eux seuls seront les véritables pèlerins. Ils sont engloutis dans le mythe, s’identifient littéralement à un pôle « on est pas dans l’égo » et l’autre pôle est l’ennemi « l’incarnation de l’égo »

- La confusion entre l’humain et le divin

En appliquant quelques comportements, en agissant de telle manière, les individus vont, alors, ensemble construire un paradis sur Terre (Nouvelle Terre chez Tolle). Ils sont capables d’aimer comme les dieux : totalement. Ils aiment tout le monde donc personne. Ce sont les archétypes, dans leurs essences, qui incarnent une totalité, la leur.
C’est le discours « l’amour pour tous ». Cela est bien évidemment humainement impossible. Nous, humains, on est limité, c’est notre nature. J’aime mon entourage, mes relations, les gens que j’apprivoise. Cela est un réel bien réel qui occupe toute ma vie. C’est comme un jardin dont je prends soin. Et cela me suffit amplement, c’est à ma mesure et ma portée. Je ne suis pas un dieu ni un ange. Je suis un homme dans cette vie et je vis une vie d’homme comme elle m’a été donnée. Je l’honore. J’accepte les limites qui sont inhérentes à ma nature humaine.

- Les mythes modernes

Les mythes actuels ont été résumés par Pinterovic’ Antoine dans ce court extrait :

« Lorsque j’étais représentant honoraire de la République de Croatie à Bruxelles, au début des années nonante, en pleine guerre serbo-croate (qu’on désigne en Croatie sous un vocable euphémique de «guerre patriotique»), j’entendais souvent mes compatriotes belges comparer le conflit serbo-croate au conflit communautaire belge. À tort, leur disais-je, car les prémices historiques ne sont pas du tout les mêmes.
Il est vrai qu’à l’époque où nous vivons, l’histoire a mauvaise presse. Je me souviens d’une anecdote. Lorsque je conduisais une délégation ministérielle croate au Parlement européen, lors de la visite chez le président du Parlement à l’époque; le socialiste espagnol Baron Crespo, ce monsieur m’avait demandé comment on pouvait expliquer ce conflit serbo-croate. Je lui ai répondu que je devrais faire un peu d’histoire. Là-dessus, il a répondu, se croyant très spirituel et très cultivé: «Vous savez ce qu’a dit le philosophe marrane Maïmonide? «Si Dieu avait voulu que les gens regardent en arrière, il leur aurait mis des yeux dans le cou.» Je lui ai répondu: «Monsieur le Président, un philosophe français a dit: «Les peuples qui ignorent leur histoire sont condamnés à la revivre.» Il s’est levé alors et m’a dit simplement: «Au revoir, Monsieur!»
Oui, l’histoire a mauvaise presse! Le grand psychologue jungien James Hillman l’a déjà constaté en écrivant : «Je chevaucherai ce cheval de l’histoire jusqu’à ce qu’il s’effondre, car je soutiens que l’histoire est devenue le Grand Refoulé. Si, à l’époque de Freud, c’était la sexualité qui était le Grand Refoulé et l’instigatrice du ferment interne des psychonévroses, aujourd’hui, la seule chose que nous ne voulons tolérer est l’histoire. Non: nous sommes tous des prométhéens avec une foule de possibilités, d’espoirs pandoréens, ouverts, désencombrés, avec l’avenir devant nous, si divers, si beaux, si neufs – hommes et femmes neufs et libérés vivant en avant vers une science fiction. Alors l’histoire gronde en dessous; poursuivant son œuvre dans nos complexes psychiques.»

Nous sommes, en présence au XXI, de mythes tant spiritualistes que matérialistes qui centrent les choses uniquement sur le présent et l’avenir.

- Tolle, l’homme et son expérience spirituelle

Tolle est un homme qui vit une expérience spirituelle profonde dans le quotidien comme n’importe qui pourrait la vivre. Tout à fait belle, louable et à partager.

- De l’expérience découle un mythe qui est mu par un logos

Puis, ce qui est plus critiquable : il pond, suite à cette expérience, une théorie, avec des concepts, des mots sans se référencer à une tradition ni citer des sources alors que certains de ses propos y sont liés. Est-ce délibéré de les taire ? Pourquoi ne pas citer ses sources ? Une théorie comme la sienne peut-elle sortir ainsi de nul part ? Première question que je ne nous pose.
Que va nous donner le pouvoir du moment présent ? Un bien-être, un bonheur, un mieux-être instantané où tout s’évanouit. La mythologie de Tolle dit, sublime illusion, car alléchante qu’en appliquant sa technique mécaniquement, on va atteindre automatiquement un état proche du nirvana. Suffit d’être présent. Alors que bien évidemment on ne contrôle ni ne crée d’expérience spirituelle avec quoi que ce soit. Comme le vent et les oiseaux, elle est autonome et libre. L’esprit est ainsi libre. Le bonheur ne naît pas d’une technique, d’un décret ou d’une auto-suggestion montre Thomas D’Ansembourg dans une critique. On ne peut qu’ouvrir l’espace. Quant au présent, il est bien une illusion qu’on ne contrôle pas et qu’on ne crée pas non plus. C.G montre que la tâche du moi, de l’égo est de secréter de la conscience. L’avenir, on ne sait pas ce de quoi il sera fait, le présent est déjà parti quand je l’évoque et quand je cherche à le cerner, il s’échappe. L’esprit est un petit oiseau timide qui ne se laisse pas avoir aussi facilement. Le passé, lui, est sources et une matière bien présente. Tolle s’inscrit donc bien dans les mythes modernes : on doit être présent, ça va nous guérir et va nous conduire vers un futur unilatéralement neuf (Nouvelle Terre). On n’entendra jamais plus parler du passé et de ses horreurs.

- De son mythe découle une psychologie:

- L’unilatéralité, la littéralité et la confusion « divin/humain » chez Tolle :

Unilatéralement, le passé, l’égo, le corps de souffrance sont ainsi les nouveaux péchés, les nouveaux démons à neutraliser par un pouvoir salvateur, le pouvoir du moment présent qui va nous conduire vers un paradis terrestre où on va être sauvé de nos angoisses et de nous-mêmes. Les bouquins de Tolle apparaissent alors comme des codex d’obéissance, des protocoles, des recettes pour atteindre ce paradis et le construire ici sur Terre. Pour être sauvé, il faut appliquer sa psychologie qui découle de son mythe. A l’instar de l’Eglise catholique de Rome, Tolle fait ainsi de la psychologie à partir de sa spiritualité. Il en produit une à partir de son unique expérience et crée une technique généraliste, systématique, valable pour tous et toutes. Il en revient là à reproduire les erreurs épistémologiques de l’Église quand elle disait que la Terre était plate (elle fait donc là de la géologie et de la science alors que ce ne sont pas ses affaires : elle s’occupe de spiritualité – Elle doit accepter un regard critique, autre qu’elle-même, sur elle-même – et la psychologie critique les mythes, les étudie et dit « attention, il y a des risques et du danger ici – l’inverse est aussi exacte : la science comme le philosophe ne peut tenter de démontrer que Dieu, les esprits, l’esprit n’existe pas ou les expliquer de manière grotesque comme une illusion cérébrale) et conduisait devant l’Inquisition ceux et celles qui affirmaient scientifiquement le contraire. A oublier le passé, voilà une des conséquences : on le reproduit et on se croit évolué, contribuant à une évolution alors qu’on est exactement en train de commettre un délit psychologique. C.G montre que l’oubli et l’inconscience sont des délits psychologiques au sens plein du mot.
Sur certains forums et autres espaces d’échange s’élève alors comme une inquisition qui s’accroche à cette vision des choses, à ce mythe et à cette psychologie qui alors lit littéralement Tolle et l’applique unilatéralement sur elle-même, ses détracteurs notamment et sur tout le monde. Tolle a ainsi ses « fans » et ses « égéries » qui appliquent bien souvent une lecture psychologique systématique (naïve et unilatérale donc objectivement nocive pour le lecteur et le lu) sans prendre un recul nécessaire et une critique.
Ainsi, alléchante est l’illusion vendue, inefficace est l’application de technique pour rencontrer l’esprit, inexacts sont les propos de Tolle sur la psyché d’un point de vue psychologique (C.G Jung). Incorrects sont ses propos sur le moi (égo) qui est tout à fait nécessaire pour rencontrer le Soi et l’altérité.

« Peu savent penser alors beaucoup se font juges » C.G Jung

Dans les forums et espaces sur Internet parlant de Tolle, il est alors nécessaire de le louer sinon on n’échange pas. La question est alors : quel est le souci ? Tout le monde doit être positif à son égard ? On peut pas le critiquer ? Exprimer qu’il ne nous a rien apporté du tout, que du contraire : il a nui à notre vie et à notre chemin, faut-il dès lors le taire ? Ma conscience ne le peut. Les groupes avec cette ambiance d’adulation, ce n’est pas alors un groupe d’échange sur le sujet, c’est un temple pour un saint. Il faut appeler les choses simplement, n’est-ce pas ?

« Même les saints ont une ombre » C.G Jung

Tolle apparaît alors comme un intouchable, un maître ascensionné. La critique devient alors un blasphème. Le critique devient alors un blasphémateur hérétique, dérangeant, profanant et énonçant quelques sacrilèges. De plus, s’il dit tout cela, c’est qu’il est nécessairement malheureux : Tolle sera utilisé comme théorie défensive (on le verra plus tard) : celui qui critique Tolle est unilatéralement dans l’égo. Ainsi donc toute critique est issu d’un égo gonflé, mal contrôlé, malade, la personne est accrochée dans son corps de souffrance. Cela permet quoi ? De décrédibiliser tout simplement la critique. Elle vient d’un malade mental, d’un fou, d’un pas net. Donc elle n’est pas recevable. Pauvres détracteurs des dictatures, pauvres indignés, pauvre Gandhi, Martin Luther King, pauvres compatissants courroucés, les voilà vus dans la mythologie unilatérale de Tolle comme étant des malades mentaux pas très présents et ayant un grave problème psychologique. De plus leurs critiques sont irrecevables, non-avenues et ne seront donc pas écoutées.
Les catholiques diront que je pèche parce que je suis visité par un démon : celui de la colère. Je pèche et c’est un péché capital. Et ensuite ils me vendent leur solution : la confesse pour les cathos. Tolle, lui, ça sera le refoulement par un pouvoir.

III) Les pratiques de la démarche :

1° Conditionnement, récompense, punition, culpabilisation et auto-suggestion :

A répéter encore et encore la même chose, je me suis et il m’a conditionné à un tel point que j’en suis venu à croire que ce que Tolle dit vient de ma propre intériorité. Dans un espèce de moment de lucidité, je me suis dit alors « mais qu’es-tu en train de vivre et de faire ? Est-ce toi ? ». Le bien-être donné par Tolle marchait. Mais ensuite venait les retours de refoulé et là j’en ai bavé. Le pouvoir du moment présent était neutralisé. En fin de compte, cette technique ne m’a rien donné. Je me suis rendu compte que c’est la méthode de Tolle, la sienne et qu’elle ne vient pas de mon intériorité profonde. Il ne m’invite pas à cheminer de moi-même, avec moi-même et à trouver ma voie dans la Voie et la Vie. A trouver ma voie. Ce n’était pas un bon guide. Il me dit « voici la Voie » tout en s’y défendant. Il fait croire qu’elle est universelle alors qu’elle fonctionne sur lui mais pas sur moi. Sa psychologie veut me faire croire que ça marche aussi sur moi. Ça marche pas ? C’est mon égo le problème. Je suis pas encore assez présent, j’applique pas encore assez bien. Alors qu’il n’émet même pas l’idée que ce n’est tout simplement pas ma voie. On continue la culpabilisation ? On ne parle plus de péché mais d’égo qui est le grand mal. Bien des gens foncent sur le spiritualisme et le développement personnel parce qu’ils sont en mal de mythes et de nourriture spirituel étant donné le néant dans notre contexte occidental. Mais ils font tout simplement la même chose très souvent inconsciemment : on ne chasse pas 3000 ans de mythes gréco-romains/chrétiens par la simple volonté. La psyché ne fonctionne pas ainsi. Ils sont contents, on parle plus d’Église, de pape, de péché, de culpabilité mais ils foncent une approche qui fait la même chose différemment. Tolle s’avère alors être un pape, qui a ses dogmes et qui vous vend ses clés pour le paradis.
L’approche universelle, c’est l’Alchimie qu’on retrouve objectivement sur tous les continents sous des formes différentes et absolues.

2° La supposée originalité de Tolle

La mythologie de Tolle ré-interprète des traditions à sa sauce. Avec ses mots. D’autres le font avec le pervers narcissique qui n’est autre que le psychopathe : même concept, mots différents. On copie alors tout et on crée séminaires, bouquins vulgarisés et des stages sont proposés. Il a tout simplement enlevé les mots de la tradition bouddhiste pour l’occidentaliser (ça passe mieux?). Le remède chez Tolle vient du bouddhisme. Les maux sont catholiques. Sa mythologie fait un syncrétisme entre les deux mythes tout en niant appartenir à eux, s’en référer à eux.

3° Un conditionnement mental crée un espace mental

La plénitude ne s’obtient pas par des protocoles et des techniques. Tolle redit avec ses mots ce que le bouddhisme dit notamment et le formule dans sa mythologie. Cependant, elle est dénaturée, simplifiée à outrance, fade et illusoire. Rien que vouloir le moment présent, vouloir que la pensée cesse et s’évertuer à ce qu’elle cesse par une technique est justement l’inverse du but recherché : il suggère qu’elle est arrêtée alors que les études sur les pratiques de conditionnement qu’on retrouve à la fois chez les comportementalistes, certaines sectes comme la scientologie montrent qu’elles invitent à refouler et que « ça » continue à agir dans un espace non-conscient, dans les complexes dont parle Hillman. Tolle n’est évidemment pas scientologue. Ce n’est pas cela que je dis. Je dis que la démarche a des analogies avec les pratiques et protocoles scientologiques (comme comportementalistes) visant ce qu’ils appellent « l’éradication du mental ». Je les trouve là honnêtes et congruents dans les termes employés. Ayant lu et appliqué Tolle pendant des années, je me suis senti hypnotisé par les répétitions formulées. Sa mythologie me suggère qu’être présent va m’apaiser. Cela a contribué à un refoulement et donc le retour du refoulé s’est un jour fait sentir et je me suis pris la réalité en pleine figure. Elle a détricoté les illusions que je me suis construites avec le soutien et les suggestions de la psychologie de Tolle. Sa promesse n’a pas été tenue. Pendant ce temps-là, alléché par les 4ème de couverture, les propos sur les forums, les publicités et tout le marketing présent, j’ai acheté les livres et les cartes. Le pouvoir du moment présent n’a pas été plus fort que le pouvoir de la vie et de ce qui est vivant en moi et que je ne peux refouler. Les promesses de Tolle « Essayez et vous verrez » me sont apparus être comme un shoot d’anesthésiques marchant dans le court terme mais profondément inefficaces, obsolètes à moyen et long terme. Le sentiment de colère se réveille alors. Mais j’entends déjà autour les discours des pratiquants et autres adeptes : « c’est ton égo qui se réveille, recommence à être présent, écoute Tolle ». En bref, ils m’ont incité à poursuivre le refoulement. J’ai fui, j’ai renoncé, j’ai pris de la distance. Cela été salvateur. Intérieurement, il était temps que j’arrête de me raconter des histoires, de me dire que tout va bien alors que ça ne va plus du tout.
La technique donnée par Tolle apparaît alors comme un conditionnement mental pour créer un état mental qui suggère que l’anesthésie, le non-ressenti est en fait une vacuité. Cela se produit bien sûr toujours après l’avoir lu, après l’avoir pratiqué alors que c’est posé comme un état naturel. Tolle ici construit un état et suggère est naturel : c’est notre égo qui nous en coupe. L’anesthésie apparaît alors comme une confirmation des propos de Tolle : il a raison. Alors que sa mythologie a préparé le cerveau à dire cela, il met les germes. Cette quiétude est donc en elle-même mentale et cognitivement construite. L’art est de faire croire que c’est la vraie quiétude en suggérant qu’elle l’est.

4° La confusion « humain/divin » suite

Tolle invite à s’identifier à son mythe et de regarder le monde entier uniquement avec ses lunettes.
La Nouvelle Terre est l’ouvrage où cette confusion transpire le plus. On va tous être présents et on va tout changer. Proposons un regard sur cette attitude d’unifier le monde à l’extérieur, de le changer, de le re-créer tel un Dieu : Relisez Babel et la chute de la tour (New-York!). La chute est une solution à l’ambition démesurée de l’unitariste anthropocentrique. Que ça soit par Tolle, l’argent (N-Y!), la langue unique, la vision, unique, un système politique unique, une science unique, une médecine unique, un art unique, la volonté d’unifier à l’extérieur est une erreur profonde. Car là derrière, il y a une conquête : celle du ciel. Les hommes s’unissent pour prendre la place du divin et l’être à sa place. Bienheureuse chute, bienheureuse et nécessaire division ! Comme le montre l’alchimie, la pensée dit « non », délie là où le coeur et l’esprit relie. J’ai besoin des deux dans une unité qui les transcende et les ressemble. Parce que, désolé mais, ce monde n’est pas réconciliable à l’extérieur. Mais bien à l’intérieur de soi. C’est là qu’est l’oeuvre de réconciliation. Si le diable se convertit, la création est résolue et le monde disparaît. L’unification se fait donc de l’intérieur avec la division à l’extérieur. Nous verrons plus bas qu’il confond le moi et le Soi.

Le pouvoir du moment présent va ainsi apaiser l’individu puis la société où Tolle propose de construire avec sa nouvelle Terre qui est en fait une nouvelle Babel. Une société contrôlée par une espèce d’institution qui ferait l’inquisition et serait en chasse de tout être dans l’égo ou possédée par le corps de souffrance pourrait voir le jour éventuellement. On est là dans le mythe chrétien avec un nom tout simplement différent pour le péché et le démon et un sauveur, appelé « pouvoir du moment présent » qui va nous faire vivre le paradis sur Terre.

Ils bâtissent une tour, de manière impérialiste et vont aller conquérir le monde avec leur « pouvoir du moment présent » pour créer non pas un supermarché géant comme le font les capitalistes matérialistes, leurs frères ennemis de toujours (mais frère quand même, seul le moyen diffère), mais un superpays bisounours land, un paradis où il n’y a plus de souffrance, manque, perte, trahison, .. un pays de clones où toute souffrance est enlevée, un pays anémié où tout le monde est unilatéralement positif, où y a plus de nuit et d’ombres … quelle horreur que de prendre pour des dieux, créateurs mégalomaniaque de Terre … qu’ils s’occupent d’eux-mêmes et du réel devant eux d’abord, c’est déjà bien suffisant et l’oeuvre d’une vie !

5° Le mythe unilatéral : « le bonheur, c’est tout de suite et toujours dans le présent »

Thomas D’Ansembourg montre qu’exiger le bonheur comme un décret comme le fait Tolle dans sa psychologie est exactement ce qui peut empêcher d’être durablement heureux. Cela peut aller encore plus loin : vivre des échecs cuisants, des accidents, des drames voire de mourir.

Dans son ouvrage « Être heureux, ce n’est pas nécessairement confortable, éd. de l’Homme, p44 à 55″, il fait remarquer qu’il y a certaines injonctions qui exigent de positiver : »Faut être heureux, faut positiver ».
Il exprime que derrière ces injonctions se cachent une morale et une logique toute particulière. Dans cette dernière, il n’est pas question de bonheur en tant qu’état d’être mais bien en tant que devoir : « le devoir d’être joyeux quoi qu’il advienne, comme si quelque chose d’aussi subtil et intime qu’un sentiment – et a fortiori un état intérieur (le bonheur)- pouvait se commander par décret ». Parce que son état intérieur ne suit pas cette exigence, la personne se sent coupable de ne pas être heureuse.
Ensuite, il montre que cette culpabilité empêche les gens de faire leur grand nettoyage intérieur, alors que, pourtant, ce serait précisément le moment de toucher à une paix intérieure. Ils se mentent souvent à eux-mêmes en s’auto-suggérant que « C’est le bonheur » alors que leur être entier hurle « Rien ne va plus! ». Il donne l’exemple concret et vécu d’une mère qui trouve que sa fille devrait être positive. Il montre qu’approcher les choses de cette manière implique à négliger la souffrance de son enfant d’autant plus qu’elle ne peut l’exprimer de par l’injonction. Il a contribué à ce que les choses se démêlent. Il évoque « c’est précisément la conscience et l’expression de la douleur qui ont permis à l’enfant de redevenir plus heureuse, malgré l’inconfort de la situation ».
Ainsi l’obligation du bonheur, de ne pas se plaindre ou souffrir, en bref de positiver sans cesse constitue en lui-même l’obstacle pour le devenir.
Ensuite, il montre une certaine interprétation réductrice qui se cache derrière une vision unilatérale et positive de la vie. Celle-ci prend le relais de la bonne morale : « La vie est toujours belle et tout va bien ; il n’y a jamais de problèmes, que des solutions, … ». Autrement dit, ce qu’il faut bien appeler cette « méthode Coué »instaure semblablement une sorte d’obligation culpabilisante (« je ne suis pas à la hauteur, les autres y arrivent, pas moi, faut encore se battre et faire des efforts »).
Le risque de la pensée positive prise au 1er degré est l’angélisme. En effet, la vie n’est pas toujours confortable, tout ne va pas toujours bien, et nous mettons souvent bien du temps et vivons beaucoup de douleur à rester dans le problème avant de voir une solution émerger.
Dernier point mais pas des moindres, il expose que certains courants actuels en psychologie et en développement personnel et spirituel brassent des notions tirées des différentes voies et traditions spirituelles de notre planète, du bouddhisme à la connaissance aborigène, du soufisme, à la sagesse hindoue, et semblent proposer un raccourci pour la quiétude intérieure. Ces courants présentent en effet le bien-être comme une évidence dont l’accès est instantané, sans rendre du tout compte des étapes successives que ces mêmes traditions rappellent et dont sont faits le chemin vers le nirvana, nonobstant la tradition. Cette vision donne une impression de contrainte mondaine, le dernier cri à la mode qu’il ne faut pas manquer.
Il a rencontré bien des gens faisant partie de ces mouvements. Il comprend leur élan, leur désir et en même temps a pu vérifier de nombreuses fois qu’elles espèrent pouvoir sauter les échelons et arriver à un stade de quiétude digne du Bouddha sans faire tout le processus de transformation et d’alchimie personnelle qu’une telle démarche demande. Il a constaté que, généralement, elles se sentent déchirées, un peu gênées ou même coupables de ne pas atteindre ce but.
Il explique que, souvent, c’est la vie, dans sa vigoureuse sagesse, qui les confronte : elles ne feront pas l’économie du cheminement et de l’intégration des étapes. Il a reçu ces personnes en psychothérapie. Il témoigne qu’elles sont chamboulées d’avoir pris la réalité en pleine figure. Couple qui se sépare, divorce, perte d’emploi, deuil ou maladie se sont mobilisés pour leur enseigner que le bonheur n’est pas un concept mais une conscience, et que « celle-ci s’ancre et croît non pas par la pensée mais bien par la connaissance née de l’expérience ». Il montre que les beaux concepts ne sont pas encore des fondements stables, posés pierre par pierre de leur propre sueur, et sur lesquels elles peuvent construire solidement un état intérieur pour y installer leurs habitudes et y allumer un foyer lumineux et durable. Il donne une métaphore : « ces notions ont été un feu d’artifice qui les a fascinées et réjouies un moment dans la nuit, pour les y laisser aussitôt perdues ». Il termine positivement en disant « qu’il est toujours temps de recommencer avec autant de rêves … et plus de réalisme, de concret ».

6° « Tolle ne cherche à convaincre personne et laisse libre » :

Dans le contenu des écrits, Tolle cherche à convaincre personne et n’oblige personne à le suivre. Qu’en est-il de la forme ? Quelles sont les pratiques ? On observe, statistiques à l’appui, que les redondances sont nombreuses. Statistiquement parlant, la répétition est telle qu’il est improbable qu’elle soit involontaire. Appliquer sa technique donnera une récompense spirituelle et qu’une mauvaise présence donnera une punition : on est tombé dans l’égo. Pourquoi répéter aussi souvent? Pour conditionner ? Pourquoi conditionner ? Est-ce cela la spiritualité ? Être conditionné ? Se conditionner à créer un état mental tout en se disant qu’il n’est pas mental ? Se suggérer ? Dès lors, s’il y a conditionnement, y a-t-il liberté ? Ai-je vraiment choisi ? Est-ce vraiment ma démarche individuelle ? Que suis-je en train de suivre ? Que suis-je en train de programmer en moi en suivant à la lettre de telles protocoles qui me font dire « ces protocoles, c’est librement que tu choisis de les suivre » ? Est-ce mon choix si on m’a conditionné à penser que je suis libre ?

7° Les défenses narcissiques du mythe de Tolle par la psychologie qui en découle

Avant d’entamer la critique de Tolle, il est nécessaire de nommer la principale défense de Tolle face aux critiques. La psychanalyse la reconnaît comme une défense narcissique chez un individu. Tolle lui-même ainsi que les gens que je rencontre sur le forum se défendent de cette manière : ils analysent l’attaque et à la critique au mythe et à la psychologie par cette dernière. Ainsi ils disent que ma critique est mentale donc pathologique, ils utilisent Tolle pour m’analyser, Tolle est ainsi intouchable : ma critique est une expression de mon corps de souffrance donc pas valable, alors je dois être plus présent et donc … la cesser ! On est là dans la parade classique du narcissique : celui qui résiste prouve la théorie de ce que j’avance, il me rend un grand service, il ne m’a rien à m’apprendre, il est dans son égo et vient prendre notre énergie. Cette défense permet de préserver la fragile estime de soi-même d’une part et d’autre part d’esquiver toute critique. C’est le vieil argument sophiste de décrédibiliser la personne, démontrer sa folie ou sa corruption par tout un discours rhétorique qu’on se raconte d’abord à soi-même pour se dire « Il est fou, il raconte donc des salades, on a rien à se reprocher, y a pas de faille, la faute est chez lui ». S’ouvrir à la critique peut inviter à montrer les « failles » voire les inexactitudes chez Tolle. Cette défense est en elle-même Egotique dans le sens dont je parlerai ci-dessous. Tout cela me permet de m’aimer moi-même : je remets pas en cause mes certitudes inébranlables ainsi que ma propre posture. Ces critiques, en démontrant d’avance la défense, qui de toute façon va venir, de manière prévisible, la pare avec aisance, avec quelques coups d’avance. La vieille défense narcissique de tout centrer et analyser à partir de soi, du cadre, à partir de son propre référent pour les défendre et se justifier est obsolète. Voici un exemple de ce qu’on peut lire sur un forum où des critiques sont émises face à l’approche de Tolle :
« Ce critique (moi-même) semble être enfermé dans son mental, c’est pour cette raison qu’il tente d’étayer en long et en large ses idées pour avoir raison… Je lui souhaite d’accéder un jour à l’essence même de sa vie, la conscience universelle… »

En outre, en ne répondant pas aux critiques et s’évertuant à dresser ma psychopathologie selon Tolle, il s’avère que les gens n’ont alors aucun argument à me répondre à mon son de cor qui rappelle à la charge les souffles des âmes et des esprits qui m’inspirent alors pour affirmer avec magnanimité, candeur, humour et légèreté ces quelques flèches qui se plantent alors dans les talons d’Achille des théories de Tolle qui sont flagrants et bien plus gros qu’une maison. Aucune contre-critique n’a été émise. Quitte à me répéter : J’ai surtout lu des analyses psychologisantes sur mon cas. Analyses ayant pour base « psychologique » celle de Tolle. Certains vont même à l’insulte : « c’est un con ». Pourquoi s’en prendre à l’individu qui critique, à sa psychologie ? Pourquoi éviter de répondre sur le fond ? Pour être décrédibilisé ? Car, en effet, je suis le malade mental, le délirant, le diable, le mec avec un égo pas possible … ainsi on justifie la non-lecture de mes propos, la non-pertinence de ce que j’avance, sophisme classique et vieux comme le monde : s’en prendre à l’auteur, à sa vie, à son intériorité, à son caractère, à son chemin pour dévaluer ses dires. Chose que je ne fais pas avec Tolle et les gens qui me répondent. Je m’attriste aussi car ils loupent la rencontre et c’est cela qui me tient à coeur. En même temps, d’autres personnes, plus rares, ont été ouvertes à discuter et à échanger.

Rien de tel que la science et les traditions pour être critique et donner un tout autre point de vue. Cela n’arrive presque jamais si on reste avec certains « fans » de Tolle. Y a un relâchement possible pour une espèce d’angélisme béat et collectif et collectivement narcissique : on s’aime parce qu’on est pareil, parce qu’on se ressemble. On est loin du spirituel qui est de respecter même ses ennemis et ses adversaires.

« La lumière ne se voit pas en contemplant la lumière mais en regardant l’obscur ». C.G Jung.

Peu parlent de leurs ombres,
Masse du nombre,
Ils se trouvent normaux,
Ils bêlent comme un troupeau,
Cachant leurs déviances,
Leur haine rance,
Par un masque,
Vaniteux,
Discours flasques,
Venteux,
Sur l’amour,
Vite, les sourds !
Un bouc émissaire !
Éliminons l’adversaire !
Le cheminant solitaire

Il est de ma conscience et de mon éthique d’informer des conséquences possiblement nuisibles que peut engendrer le fait suivre les « enseignements » de Tolle à la lettre et cela sur une longue durée.

Ce que mes détracteurs ne veulent pas voir ; ce qu’ils ne savent pas voir, c’est que mes critiques sont ici au service de la conscience et de la Vie parce que la mythologie Tolle peut comporter des risques avec des conséquences possiblement tragiques. Spéculons : Quelqu’un vient à décompenser et à mettre fin à ses jours par exemple après avoir suivi ses « enseignements » parce que le retour du refoulé suggéré par Tolle remonte à la surface. Est-ce que Tolle va reconnaître en partie ses responsabilités ?
Sans faire un procès d’intention, il est possible d’agir comme l’Eglise l’a fait et le fait pour les prêtres pédophiles : elle installe un cadre de refoulement de la sexualité – Tolle propose de refouler le passé et la souffrance de l’individu – un retour de refoulé se produit tragiquement – ils s’en déchargent alors en remettant toute la responsabilité sur le prêtre. Tolle agirait-il ainsi ? La question reste sans réponse. Les critiques sont donc à voir comme des « secouages » de cocotier invitant à la conscience et au discernement. Libre à vous de vous en nourrir pour formuler votre propre critique.

« Dans le cas des troubles mentaux, par exemple, il faut commencer par renforcer le Moi. Il est parfois nécessaire de dire avec force: «Bah, ce n’est qu’un fantasme, après tout!» Ainsi, le fantasme est d’abord dévalorisé, le Moi est arraché à l’objet de sa vision, une distance est créée entre les deux. Il faut à l’occasion recourir à des moyens très énergiques pour provoquer la différenciation. Il peut être par exemple nécessaire de parler très brutalement à quelqu’un pour le réveiller quand il s’enfonce dans une espèce de sommeil collectif, ou d’empoigner et de secouer les gens pour qu’ils sachent qui ils sont. Dans de tels cas, le corps est très important. Une gifle, une bourrade peuvent faire des miracles, en amenant l’intéressé à sentir: «Ça, c’est moi.» Dans certaines circonstances, une bonne claque, physique ou morale, c’est le moyen le plus efficace de s’opposer à la fascination des images. » C.G Jung

- Mon intention :

. – de proposer un regard critique sur Tolle. Je suis consciemment en réaction avec ceux qui ne tentent même pas la rencontre et l’apprivoisement. Quand elle arrive, quand vous me posez des questions sont posées, je suis alors plus proche et m’ouvre à écouter au-delà de l’entendre. Ca me permet de discerner ceux qui sont dans la rencontre, l’échange et ceux qui sont dans des tentatives de pouvoir ou tiennent à défendre une idéologie (ici celle de Tolle) qu’être dans le vivant de la rencontre. En bref, je regarde comment sont les gens dans la relation et pas ce qu’ils disent.

- montrer que s’accrocher à une théorie extérieure (Tolle) peut exprimer objectivement que l’individu n’a pas encore d’espace en lui et prêche la théorie. Quand la critique est forte, ils vont ne faire que la défendre parce qu’elle leur est sécurisante. Pourquoi pas. Mais non, alors, ensuite à la poser comme une voie vers le bonheur.

- Enfin, comme je l’ai déjà annoncé, je respecte profondément le mystère et le chemin de chacun. Je ne critique rien à cela et fait 100 pas en arrière devant la vie des gens avec qui je suis en conflit.

Une critique honnête :

On m’écrit : « On pourrait avancer n’importe quel argument qu’il serait de toute façon un mauvais argument parce que contraire à ce que tu penses »

Je réponds : Non Madame, que ça me plaise ou non, je reste critique et honnête sur le plan de la pensée même si ça m’est inconfortable affectivement. J’ai mes propres pères de pensées, guides, mon ex-psychanalyste jungien (3 ans d’analyse) décédé, j’apprécie C.G Jung, Marshall Rosenberg et ils en prennent aussi pour leur grade. Il s’agit de se relier et de se dé-lier à la fois : lien

Une démarche vigilante, méfiante, paranoïde et non pas paranoïaque :

« Comment se fait-il que le terme de paranoïaque, frappé du sceau de la maladie mentale, vienne si
naturellement à la bouche de nos contemporains ? Y a-t-il une paranoïa ambiante qui, telle une maladie collective, finirait pour nous contaminer un jour ou l’autre ? Autant être prévenu et établir un système de défense … mais voilà le piège est posé, puisque la suspicion est le 1er signe de l’engrenage ! Face à une personne vraiment paranoïaque, on a le sentiment de ne plus exister, d’être réduit à ce qu’il en dit, pur objet de son postulat. On finit donc par voir des yeux partout, par imaginer des micros, par craindre la moindre erreur et par s’excuser de tout, de vivre même. Ainsi mon complémentaire devient-il mon ennemi, celui que je croyais mon allié, un étranger voué à une cause : me neutraliser, envahir mon jardin secret, saccager mes valeurs, dévaster mon intimité. En effet, qu’est-ce que la paranoïa, si ce n’est la conviction inébranlable de n’être qu’une victime qui, pour se défendre, recompose la réalité au gré de ses interprétations et intuitions ? C’est à la faveur d’un incident particulier (malentendu, rupture, conflit) qu’un caractère particulier , pétri de méfiance, d’orgueil, de susceptibilité, de psychorigidité, déclare un paranoïaque, comme une contre-attaque dûment ciblée. Sommes-nous, tous, dès lors, si loin du paranoïaque patenté par la psychiatrie qui décrypte, tels des hiéroglyphes et elle-même de manière paranoïaque, les
dialogues captés à la télé afin d’en décoder le sens à lui seul adressé ? Le paranoïde lui, fait comme le paranoïaque mais il est dans la métaphore. Il discerne, ne prend pas tout à la lettre, reconnaît qu’il
peut déformer et se tromper. Mais il a le mérite de poser à l’instar du paranoïaque des questions essentielles : celles de la persécution, de la trahison, de l’intégrité, de la manipulation, de la singularité, de la franchise : jusqu’à quel point suis-je concerné par une parole qui s’adresse à tous ? Comment aimer l’autre sans faire confiance totalement, sans entrer dans un paradis qui rejette la trahison ? Qu’est-ce qu’un être intègre et fiable ? Comment peut-on vivre sans peur ? Dans un monde qui traite la transparence comme un des effets sociaux de la vérité humaine, il semblerait sans doute légitime d’être paranoïde, un soupçon « paranoïaque » plutôt que de s’exposer en victime aveugle et consentante. » Gérard Tixie

Enfin, voici le message privé éloquent d’un membre qui va plus loin dans l’analyse. Mon intelligence et mes autres facultés sont issues … de ma colère … qui est malade et énergétivore. Pauvre Einstein, pauvres génies, leur égo et leur colère sont à l’origine de leur oeuvre, de leur maudite oeuvre. Ceci est un bel exemple de diagnostic sur base des théories de Tolle qui empêche toute rencontre :

« Vous êtes un jeune homme très en colère.
Je pars du principe que cette colère est très certainement justifiée et légitime, et qu’il est nécessaire que vous trouviez à l’exprimer.

Toutefois, pouvez-vous considérer le fait que les seules personnes aptes à communiquer avec vous dans ces conditions et sur ce média sont, au choix:

- des personnes elles-mêmes fort en colère, et donc à même de déceler derrière vos critiques et vos rugissements l’Alexandre qui aime l’humain et qui ne demande qu’à être considéré et aimé en retour
et/ou
- des personnes qui ont accompli suffisamment de chemin pour pouvoir vous accueillir tel que vous êtes ici et maintenant, avec votre fureur, et ils ne sont pas légion

Second point : vous êtes doté d’un intellect rapide et puissant, dopé par toute l’énergie de la colère en question, autant dire que vous engrangez de l’info à gogo, et la redéversez à la même allure. Et c’est bien le problème ! La majorité des humains n’ont pas ces caractéristiques (ou ne les ont pas développées, peu importe au final), et vous ne pouvez pas espérer qu’ils vous suivent, de la même manière que l’on n’attend pas d’une 2CV qu’elle gagne les 24h du Mans contre les bolides que l’on sait.

En bref, vous faites chier le peuple sans atteindre votre but : peu de gens souhaitent discuter avec vous et vous ne pouvez convaincre personne en vous y prenant de cette manière là. »

IV) Des critiques nécessaires


A) les « oublis, feintes et esquives » de la mythologie de Tolle

1° La physique quantique rétorque à la mythologie de Tolle :
« Ce que l’on expérimente une fois dans sa vie et dans son corps, on a l’expérimenté pour toujours en soi ». C.Singer.

Et cela se confirme scientifiquement parlant. Des scientifiques étudient, au jour actuel, à Harvard l’approche « la Trame » mise au point et en évidence par un docteur en physique quantique et alchimiste (Patrick Burensteinas). Sa vision des choses est révolutionnaire : on est constitué d’une trame d’énergie qui organise les cellules, une intelligence non-matérielle, énergétique qui est à la fois électrique, biologique, magnétique, particules et ondes comme la lumière. Les expériences vécues sont enregistrées dans la mémoire cellulaire sous forme de vibrations. L’eau qui compose notre corps les enregistre toutes. La somme de nos expériences est ainsi contenue dans notre corps, dans nos cellules. Notre océan intérieur, notre eau intérieur vibre. C’est pour cela qu’on ne peut pas nier le passé, penser qu’on va le mettre aux oubliettes, qu’on va le contrôler, le refouler avec du Tolle, de la pensée positive, … c’est de la lévitation d’individus qui foncent sur n’importe quoi pour éviter leur angoisse, leurs impuissances ? C’est une autre questions que je nous pose. Le passé vit dans nos cellules. Quand il y a un traumatisme et une non-expression des émotions (ici le lien est fait entre physique et psychologique -l’émotion s’exprime de 2 manières : thermique (chaud/froid) et dynamique), il y a une cristallisation de la vibration, elle devient dur comme du roc. Au fil des cristallisations, la personne se rigidifie et devient une vraie statue vivante qui ne ressent plus rien, qui est coupée, qui a un bunker de fonte autour de son coeur. Je vous prouve qu’on A les vibrations et les expériences en soi.
Ce qui est vrai est de l’ordre de l’indicible et marque les cellules profondément et à Vie. Cet état vibratoire complet s’arrête à un moment parce que le toucher est parti. Maintenant, au niveau quantique, au coeur des cellules, les quantas, minuscules gardent cette connexion avec le passé, avec cet état à un niveau très petit et infime. Et c’est l’effet papillon : ce petit, cet infime fait toute la différence. Quand un nouveau toucher se vit, les cellules se souviennent de tout de suite, la mémoire est ré-activée directement. Que le souvenir soit douloureux ou pas.Car je ne suis pas unilatéral : la Vérité n’est pas toute belle, ce n’est pas une entrée en terre sainte, où on est tous beaux, des anges, ce n’est pas une entrée dans le pays des bisounours. Celui qui a été à Auschwitz est marqué à VIE, ça le change à VIE, il a touché l’horreur et la vérité sur le Mal et il ne peut pas nous transmettre ce vécu. La Vérité n’est pas quelque qui est tout rose et tout blanc. Elle est paradoxale. C’est souvent une grosse claque dans la figure, désagréable, on se sent très petit et impuissant. Alors les gens préfèrent rester tranquilles dans leurs certitudes ? Le passé ne peut être évité et contrôle. Il est encore présent. Quel est donc le but de Tolle ? Le refouler ? Le nier ? Se couper de parties de soi douloureuses ? Son approche apparaît alors comme un anesthésiant, un soulageant. Est-ce un emplâtre ? Une perte de temps ? De l’argent jeté par la fenêtre ? Ces questions, je nous les pose.Quoiqu’il en soit, le passé ne peut être évité parce qu’on est incarné et que les cellules se souviennent. La technique de Tolle permet quoi ? Elle permet non pas de créer un pouvoir mais bien de se reconnecter avec une vibration qui vient … du passé.

2° Le regard de la psychologie vient du passé ? Il n’est donc pas pris en compte :

Tolle dans sa mythologie spiritualiste new-âge ne prend pas en compte ni la science psychologique ni la science physique. Elle n’est ni prudente, ni discernante, ni patiente, ni tempérante, ni nuancée. Sa théorie fait comme si ces sciences n’existaient pas et elle continue de postuler ce qu’il postule en dépit des faits et ce qui est éprouvé. La démarche est-elle alors pertinente ? Suis-je pertinent si je construit tout à partir de moi-même ? La mythologie de Tolle semble bien poser sa vision des choses comme la vision des choses étant donné qu’il ne passe pas par un autre que lui-même. Il n’est pas en relation avec le monde. Sa mythologie est philosophiquement parlant, sur l’échiquier philosophique, un solipsisme et une redéfinition complète des choses, du monde, de la vie, de la psychologie comme Onfray le fait pour l’histoire de la philosophie. Gérard Haddad témoigne de cette dynamique de « bibliocastie » dans son ouvrage :

http://www.mollat.com/livres/gerard-haddad-les-folies-millenaristes-les-biblioclastes-9782253943259.html

Ainsi donc, si je fais comme Tolle, je crée ma théorie, mes concepts et pose en certitudes mes opinons sur l’étoile. J’en fais une science qui est aveugle, sourde à toute autre regard que la sienne. On retrouvera cette coupure plus tard. Cela nous amène une question : Puis-je poser mes théories et mes concepts, mes opinions sur les étoiles comme étant crédible en faisant fi de tout et de poser mes paradigmes en certitudes voire en dogmes ?

Pourquoi écarter ces sciences ? Les oublier ? Elles font aussi partie du passé ? Elles ne collent pas avec sa théorie ? Elles dérangent donc ? Car, en effet, tout est centré sur le présent. Même la théorie et le mythe sont écrits au présent.

Je suis en colère donc je suis malade, donc je suis dans l’égo, donc j’achète le livre, les cartes, je regarde les vidéos et je vais dans les stages pour « apaiser » mon égo. Alors que ma colère est saine, m’invite à prendre mes responsabilités et à poser des limites claires pour préserver ce qui est essentiel en mon coeur voilà ce que montre la psychologie archétypique et analytique. Elle est issue d’un instinct, propre à l’humanité naturelle. La psychologie de Tolle en fait une sécrétion de l’égo, l’expression de sa maladie.

La colère est-elle dès lors pathologique ? Pourquoi unilatéralement la voir ainsi ? La théorie de Tolle est-elle une médecine au sens légal du terme ? Il donne des diagnostics (corps de souffrance), dit comment les soigner ( en étant présent). Est-il dans une prêche thérapeutique généraliste et systématique ? Une psychopathologie qui balaie la psychiatrie, la psychologie, la psychanalyse et résume tout à la sienne ? En disant à des gens ce qu’ils ont comme maux, pourquoi et donne ensuite le remède, usurpe-t-il la place et la fonction du médecin et du psychiatre ? De nouvelles questions que je nous pose.

B° Critique des unilatéralités sur l’égo, l’amour, l’attachement, le corps de souffrance : invitation au discernement – Rectifions le mythe et la psychologie de Tolle :

1) Les nouveaux démons

« Les bien portants sont des malades qui s’ignorent » Docteur Knock.

Le jugement n’est pas nécessairement un problème. Là une nuance est posée. L’unilatéralité ne veut surtout pas juger alors qu’on ne peut pas éviter de juger, c’est une fonction psychique humaine bien utile que la nature a mis devant nous. Le jugement est à ainsi à dépasser. Sinon, on risque de tomber dans la condamnation. La psychologie clinique de Rogers et Rosenberg montrent que le jugement est l’expression tragique de besoins vitaux. Le jugement peut être ainsi comme une porte au besoin. La communication non-violente nous invite alors à l’apprivoiser, à l’écouter et pas à le rejeter et le refouler.
Il s’avère ainsi que le rejet de l’égo, le fait de se pose en majesté spirituelle « moi je vaincs mon égo, je le contrôle » évite l’apprivoisement de parts de soi bien vivantes. Est-ce dès lors thérapeutique que de les léviter/l’éviter par un pouvoir du moment présent qui dit les apaiser et les dissoudre ? Le rejet de l’égo n’est-il pas une volonté de l’égo lui-même ?
Qui suis-je pour dire qu’une partie de moi-même, une part de ma psyché ne sert à rien, est nécessairement mauvaise ? Les catholiques l’ont fait avec la sexualité. D’autres se posent en majesté spirituelle en pensant qu’il ne juge pas. Le jugement, le passé, l’émotion, la pensée, l’égo, le corps de souffrance sont devenus les diables à combattre par un pouvoir salvateur. La mythologie de Tolle, de ce fait, s’inscrit pleinement dans une lecture catholique des choses. Son mythe s’ancre dans le mythe chrétien. Tentant de s’extraire de toute tradition et de tout inconscient collectif (ce qui est impossible) pour « pouvoir les améliorer toutes et tous », Tolle n’échappe pas à ce que sa théorie, son logos soient mythologiquement reliés à des mythes collectifs qui le dépasse. Tolle a ainsi inventé une nouvelle Eglise dans le sens catholique du terme. La communion se fait par le moment présent. La technique proposée devient une voie royale, un sacrement vers l’expérience spirituelle.

2) Concernant le passé :

On est exactement là dans une conspiration contre l’esprit. Le passé se prend comme une pièce de monnaie. Pile et face. L’invitation de bien des traditions spirituelles, de la science est de l’accepter et non de léviter/l’éviter avec du conditionnement mental complètement artificiel et qui vivisectionne la psyché de ses parts. En plus de faire de manière maladroite et inconsciente de la psychologie, son approche n’a rien non plus de spirituel, c’est même l’inverse: c’est une lutte contre l’esprit, une recherche de « pouvoir » ici avec le présent pour éradiquer un « corps de souffrance ». Y a qu’à tous le faire, l’appliquer à la lettre et la Terre va changer complètement en un claquement de doigt.
L’approche est donc simpliste, trop pauvre, réductrice et unilatérale donc nuisible. Rectifions la mythologie/psychologie Tolle et ses unilatéralités.

« Vous ne pouvez vous trouver en retournant dans le passé, mais c’est possible en revenant dans le présent. »

Quelles sont les bases, les preuves et les études psychologiques qui montrent cela ? Parce que c’est exactement l’inverse montrent les dernières recherches. La psychologie archétypique montre qu’une vie se construit sur l’akène. La présence, c’est 3% d’impact sur une vie. Ce n’est pas un pouvoir. La mythologie de Tolle suggère qu’un coup de cuillère dans l’océan a le pouvoir de créer des vagues.
On a alors la promesse d’un paradis toujours présent et éternel alors que cette dimension n’est pas un lieu paradisiaque.

3) La technique ne crée pas l’expérience spirituelle :

Tolle a vécu une expérience spirituelle, il en pond ensuite des concepts, écrit des livres, ouvre des magasins et me croire que suivre une technique fera vivre l’expérience que lui a vécu ou permettra de vivre le bonheur. D’un coup de présence, me voilà libéré de tout. Le nirvana consommé directement, atteignable en quelques secondes, voilà le raccourci proposé. En regard des traditions, des étapes, du cheminement, est-ce pertinent ? Est-ce vrai ? Les traditions montrent que l’expérience spirituelle ne se contrôle pas du tout et qu’elle ne se crée pas avec du pouvoir. Pourquoi donc affirmer le contraire ? Quelles sont les motivations qui sous-tendent de tels propos ?

4) Rectifications de l’unilatéralité du mythe de Tolle envers l’égo et le mental. L’approche suivante est cohérente et pertinente au regard de l’alchimie et de diverses traditions spirituelles ésotériques.

A) Introduction : l’égo :

L’égo est bien nécessaire dans ma vie et mon chemin. L’égo est un problème pour ceux qui ne le voient que comme un ennemi. Il faut donc le tenir en laisse (et prendre ce contrôle pour de la majesté spirituelle). Celui qui veut le tenir en laisse ne l’a pas encore apprivoisé, n’a pas encore sur le relier au Soi. Celui qui l’a apprivoisé peut en jouer, faire appel à lui et le faire battre en retraite. L’égo est alors comme un petit clown, un caporal, un batteur de triangle qui est au service alors du maître du cirque, du général et du chef d’orchestre qu’est le Soi. Il y a un sacrifice, un don complet de soi dans l’engagement amoureux et c’est l’égo, qui dans l’incarnation va se mettre en batterie pour le signifier. Une prise de risque dans l’amour. Sauter en élastique sans parachute alors que dans notre société, les gens veulent X garanties, X assurances sur leur avenir ou sur la prise de risques. L’égo est alors comme un accélérateur et un frein. Allié avec le mental et quand il est relié au Soi, le mental permet une discrimination très précise des valeurs et de leur hiérarchie et d’agir suivant cette échelle. Le mental est ainsi au service de soi et n’est pas unilatéralement mauvais. Je refuse de passer à une diabolisation catholique par des péchés notamment capitaux pour rentrer dans une diabolisation qui prend une autre forme et qui est plus orientalisante : égo, mental, corps de souffrance. Il y a du bon dans l’égo et le mental. Concernant la discrimination, c’est comme la vision de l’aigle qui peut voir un lapin à 1 km à la ronde et ce de manière fine et précise et c’est le seul animal à pouvoir regarder le soleil sans se brûler les yeux. Il a quelque chose de l’ordre de la lucidité et c’est la douleur la plus proche du soleil selon René Char. Il pourra ainsi discriminer et se lancer sur sa proie si cela est très haut sur l’échelle du Soi. Par ex, si on me fait une queue de poisson, je vais pas commencer à m’acharner sur le gars en face ou dans une foire à vin, me jeter sur les meilleurs bouteilles parce que je sais intimement que c’est une ivresse éphémère. Par contre, pour l’aimée, là l’égo accélère. Une vie qui rejette l’égo unilatéralement est dans une double contrainte tragique : il ne peut ni freiner ni accélérer. Il ne peut pas monter les pentes, il reste plat. Il n’incarne pas des valeurs, il se contrôle tout le temps. Quand il arrive en haut d’une colline et qu’il descend, il ne sait pas s’arrêter et il se prend un crash, un mur et un arbre.

B) Autre unilatéralité de la mythologie deTolle : amour-fusion-attachement-passion est nécessairement égotique et amour universel et mesuré pour tout le monde, c’est être dans le Soi.

Ces propos proviennent d’études métaphysiques, alchimiques et peuvent se relier imaginalement aux mythes grecs de Narcisse (égo), de Psyché (l’âme) et d’Eros

‎1/le premier paradigme philosophique est la définition du Soi. Le Soi est le point de vue , en clair, l’endroit d’où je vois le monde, depuis mon être, mais je ne peux jamais voir mon propre Soi, je ne peux voir que mon Moi qui en est un reflet partiel et fallacieux. Il est donc une métaphore, il ne faut pas s’y identifier littéralement et unilatéralement ni le prendre pour un dieu. Le Moi égo n’est donc centre de rien ou moteur de rien. Par contre il est une expression symbolique de mon Soi, il est en réaction. Une métaphore pour comprendre et simplifier sans vulgariser ? C’est comme un câble d’accélération ou de freinage à la puissance véhiculée par le Soi, le Soi comme lieu de synthèse de la pensée , de l’esprit , du discernement et donc de ce que » j’aime ». L’égo en tant que profil et projection est incapable d ‘aimer, de s’attacher et encore moins d’être en fusion et de réveiller des passions, des sentiments et de la souffrance. Elles sont de l’ordre de l’âme. La vision unilatérale de Tolle du corps de souffrance est un refoulement de l’âme qui est associée littéralement au moi qui se prend alors pour un dieu : « je suis le créateur de mes émotions ». Cela place Tolle sur l’échiquier psychologique et philosophique en humaniste anthropocentrique : le moi, l’égo est un véritable dieu, un démiurge capable de créer toutes ses émotions, il est le centre de ses souffrances, il en est le responsable, il en est la seule et unique cause. Le monde extérieur n’est alors qu’une simple projection du monde intérieur. Ce qui revient à dire que l’abusé de quelque abus l’a en fait cherché et l’a attiré avec ses pensées. Une autre perspective plus « daïmonique », « animique » est proposé par Jung et Philip Harpur :

<<Philémon lui enseigna quelque chose d’essentiel, qui donne la clé de toute sa psychologie, c’est la réalité de la psyché. Il le fit avec beaucoup d’art. Il expliqua que Jung considérait ses propres pensées comme s’il les avait créées lui-même (ce qui est, en effet, le préjugé occidental habituel). Mais Philémon lui dit que, à son avis, les pensées ressemblaient aux animaux d’une forêt, aux gens réunis dans une pièce, et il ajouta : « si tu vois des hommes dans une pièce, tu ne prétendrais pas que tu les as faits ou que tu es responsable d’eux. » C’est grâce à Philémon que Jung apprit le caractère objectif et réel de la psyché, son existence absolument indépendante. Nous pouvons l’explorer, mais nous ne pouvons agir sur elle que de manière excessivement limitée, si tant est que nous parvenions jamais à l’influencer. Je crois que c’est un point crucial, car c’est la source principale de l’incompréhension à l’égard de la psychologie jungienne.>>Barbara Hannah parlant de Jung

Notre propos ici remet l’égo à sa place sans le rejeter ni en faire un Dieu tout-puissant. Là où la mythologie de Tolle le divinise, en fait un être plein de pouvoir, un dieu créateur, Jung dit simplement qu’il peut être en contact avec son âme qui génère de l’anima-tion en lui. Le rôle du moi, de l’égo est alors d’apprivoiser cette animation, de dialectiser, de parler, d’échanger avec elle et cela consciemment. Le Renard dirait au Petit Prince d’apprivoiser sa rose, ses épines, son rayonnement, ce qu’elle est et ce pleinement dans sa fragilité et sa force (ses épines). La mythologie de Tolle invite donc à reconnaître l’égo comme un dieu et ensuite à le tuer symboliquement par un pouvoir pris sur lui. Refouler, ne pas apprivoiser, ne pas dialoguer, ne pas échanger avec les parts de Soi, est-ce thérapeutique pour l’âme ? Est-ce ainsi que se crée un espace en soi pour accueillir l’esprit ?
La mythologie deTolle invite donc à ne pas se relier à l’âme (corps de souffrance) mais à léviter par un état mental qui se met entre les deux. L’état mental est alors comme un anesthésiant. Ne ressentant plus d’émotions et d’angoisses, l’individu a reçu la suggestion que ce vide d’émotions et de pensées, ce « néant » est en fait la vacuité et le nirvana. Voilà un regard critique sur la mythologie Tolle. Reprenons sur le Soi et l’égo.

‎2/ le Soi est donc le siège de ce qui est essentiel. Quand je tombe amoureux c ‘est le Soi qui s’éveille, pas le moi. L’alchimie sexuelle avec un être précis, c’est la réunification du Soi pas du moi : je vois le monde avec l autre. L’ego, lui, réagit à cela : il va prendre des postures naturelles de bien-être et d’ affirmation puisque le Soi lui renvoie cette information capitale. Le Soi est confirmé dans l’universel
, le Soi veut garder cette confirmation pour irradier et vivre dans la plénitude. De ce fait, l’égo réagit en corrélation mais ce n’est pas lui qui pilote une bonne fois pour toute. La jalousie qui réveille alors n’est pas nécessairement une maladie de l’égo. Elle est voulue par le Soi.
L’alchimie amoureuse n’est pas que question de vouloir, il ne suffit pas d’être parfaitement « blanc » et hyper disposé : il reste la magie d’éros , le souffle , il faut une dimension épique. On ne possède pas en alchimie, on s’abandonne justement , on accepte de fondre son univers avec l’autre. La possession c’est autre chose . La jalousie et l’anxiété de la perte sont liés au processus alchimique lui-même et c’est donc naturel et non-pathologique de la vivre. Elle exprime justement un désir de l’âme de préserver le contact avec son archétype, ce qui a été vécu et de ne pas revenir au « moi » car le moi est petit et étriqué. L’alchimie libère l ‘âme de son étroitesse , on veut plus revenir dans des angoisses réductrices ou un quotidien morne. La jalousie , l’anxiété sont la sauvegarde du Soi , dans ce cas-là bien précis. Il y a ainsi plusieurs jalousies : une émanant de l’abus de pouvoir (désir de posséder, envier autrui, domination non-alchimique)et une autre, celle du Soi et de l’âme, qui visent la défense de leur parcelle d’éternité conquise. Le principe exclusif de l amour est le suivant en alchimie : je ne veux pas que celle ou celui que j’ai laissé pénétrer à ce sanctuaire, à cette hauteur du Soi descendent : ils veulent la maintenir en haut et l’égo alors agit pour défendre cela. C’est pas une exclusion discriminante et mauvaise : je rends grâce a celle ou celui qui m’a métamorphosé. De si haut, épousant l’âme, le Soi, je peux, dans l’incarnation et avec l’égo, irradié, donner, transmettre , partager, être généreux , humble. C’est là qu’on touche un grand dilemme : l’alchimie est du domaine du sacré , l’aimé est divinisé. Pour moi, c’est naturel et me rend heureux, pour d’autres, c’est pathologique. Il y a un problème quand les apôtres du pathos comme la psychologie  de Tolle vienne me dire « en fait ton bonheur est pathologique, ta jalousie est issue de ton égo ». En bref, quand on veut me faire croire que ce qui me comble est en fait un poison.

‎3/ Un exemple concret, celui du vin dont j’ai déjà parlé: je vais à une foire où l’on vend du vin. Il y a plein de jolies et bonnes bouteilles, mais qui discrimine ce que l’âme aime de mon désir égotique ? Le Soi encore une fois , mon Soi détermine que le vin, je m’en fiche : c’est une courte ivresse, donc l’égo ne réagit pas, il ne se met pas en batterie, il laisse les personnes prendre les bouteilles et se précipiter dessus. Par contre, le Soi détermine qu’en amour, cette femme est une vibration essentielle , une alchimie pour laquelle il faut se battre. Alors, l’égo se réveille si ça émeut et touche le Soi. Il se met alors en batterie, il met en acte les stratégies de l’esprit du désir et de la fusion dans le Soi.
En résumé, un individu identifié à l’égo ne sait pas discriminer. Il est incapable de permuter du Moi au Soi, donc à la foire à vin ,en amour et partout où il va passer devant les autres, il va vouloir s’affirmer. Il n’ y a donc absolument aucune mais vraiment aucune liaison même subtile entre un égo et un état fusionnel et d’attachement. Celui qui ne sait pas faire le distinguo n’a jamais aimé par Soi lui qui est une confirmation terrestre et céleste donc entre immanent et transcendant. Qu’il soit donc dans le désir permanent de tout (amour universaliste), ou bien dans le désir de rien, c’est a dire une majesté qui « aime tout le monde », il est exact de dire qu’il est un individu-égo. Ce qui suit est une métaphore : donc le prochain qui me casse les noix avec la fusion= »ego bête et méchant », je mettrai en acte ce que je viens de dire: mon égo collera « une claque » avec deux bagues antiques(le sceau authentique) , histoire que l’ivresse de la passion magique se manifeste a son Soi autrement que par les bouteilles de vin qu’il a piqué aux autres pour son ivresse d’artifice.

Je répète différemment, les mêmes images peuvent revenir :

Attention au « double ego », je ne critique pas l’amour agape , ou l’union sans passion sauf si celle ci s’érige en « bon » amour contre un « mauvais ». En effet, la dissolution de l’ego de façon permanente (note de ma part : volonté spiritualiste) , c’est une illusion. La dissolution de l’ego et l’accès au Soi se passe aussi
dans l’état fusionnel . Se placer en grand sage et se poser en majesté spirituelle dans la volonté de tenir l’ego en laisse ,c’est être aussi dans l’ego. L’égo, en effet, ne produit rien, c’est un profil. Narcisse peut le piloter ou pas. C’est une posture réactive ou d’affirmation du Soi. Donc vouloir le dissoudre a tout prix, c’est signe plutôt d’un individu-ego justement qui n’a pas rencontré son Soi. L’égo peut se manifester, pourquoi pas, tant qu’il ne se substitue pas au Soi. Il est le fond et l’essence, l’ego c’est une manifestation formelle et incarnée qui est nécessaire et voulue par le Soi. Le narcissique est fasciné par le reflet de Soi. Il est incapable d’aimer y compris dans l’état fusionnel. Pourquoi ? Parce que le Soi c est la vision du monde, c est d’où je situe le monde. L’égo ou moi, c’est une projection, un reflet, un profil. Notre narcissique ne peut pas s’aimer et aimer car tout simplement, l’état amoureux fusionnel,c est la réunification du SOI et non du moi. Je vois avec l’autre le monde. Le Soi se vit dans la reliance. D’où cet état si particulier de plénitude que l’ego seul ou un moi satisfait est incapable de vivre ou de ressentir tout seul en appliquant une technique. Le Soi passe par l’altérité dans la reliance.
C’est pareil pour l’inverse : se dire par injonction : « Je maitrise mon ego , je fusionne avec l’universel en aimant tout le monde, peace and love, etc » C’est être aussi dans l’égo, hors du Soi puisqu’il n y a pas accès au Soi. En effet, le Soi n’a pas besoin d’injonction : il vit les choses. Il est et devient moitié spirituel moitié matériel. En quelque sorte, il y a jonction entre immanent et transcendance. Comme un pont. L’ego qu’il soit narcissique, soit. Mais béatement universel n’est qu’un reflet et non une maitrise du Soi. Ainsi l’ego n a rien avoir avec l amour, l’attachement non plus. C’est pas l’égo qui attache. A la rigueur, il a la faculté de distendre ou tendre les relations. Sous forme de métaphore, l’égo est comme une pédale de frein ou un accélérateur. Ce n’est pas le moteur. Du reste les individus-ego s identifient très souvent dans la masse et la pensée dominante contrairement à ce qu’on pense. Les autres reliéd au Soi ont accès à une vision plus profonde et haute du monde. Ils se méfient moins de l’égo. En outre, ils savent en jouer et parfois le mettre en avant , pour provoquer ou inciter une alchimie ou quelque chose de plus substantiel qui les dépassent. Un individu identifié à l’égo est hermétique et ne comprend rien à la métaphysique ni même a l’intuition. Il est rationaliste, technicien souvent pour se contrôler, se domestiquer lui et son environnement. Ce n’est pas le même contrôle que celui qui a accédé au Soi. Lui, il est dans un relativisme entre « essentiel et sans importance ». L’individu-ego cherchera a défendre ses gains ou acquis dans tous les domaines. Celui du Soi cherchera a conserver la parcelle d’éternité et ils n’ont strictement rien à voir : ce n’est pas le même plan. C’est l’erreur d’un Ledru par exemple qui met l’amour sur un plan temporel et d’avenir terrestre. Par exemple, à la foire du vin ou dans un domaine annexe, je vais pas me battre ou chercher a m’imposer. Je laisse les autres prendre les meilleures bouteilles. Je m incline et mon égo ne réagit pas. Parce que mon Soi s’en fout : ce n’est pas essentiel pour lui. Par contre en amour ou sur un domaine autre, le Soi est en éveil en tension et l’égo se réveille. Pour simplifier, le Soi pour simplifier, c’est de là d’où je vois. C’est un endroit, une stase. Pour qu’il soit éveillé, il faut qu’il ait été quelque peu « confirmé » dans le réel pour éliminer les fissures « noires » du doute. Il n’y a que l’amour qui apporte cela. C’est un amour fusionnel. Pourquoi ? Parce que le principe de l’un est une réunification de l’être dans une confirmation spatio-temporel. « C’est pas je pense donc je suis », c’est « j’aime donc je suis ». Insistons sur une chose capitale, le siège de la pensée, du mental c’est le Soi. Pas l’égo. Ce dernier ne reçoit que les informations en second. L’égo subit une inspiration. De même, le Soi ne peut être trompé. Exemple, on joue aux cartes, je triche. Personne ne voit. Je peux duper. Tout le monde y compris mon « moi » va dire « oui il faut gagner » mais mon Soi sait que j ai triché et que j ai pas gagné. Au contraire de la vision anthropocentrique et mythologique de Tolle (qui confond le moi et le Soi), le moi ne peut être le moteur et le créateur de quoi que soit : il ne peut nier créer la vacuité ni le corps de souffrance par une technique, des protocoles et des recettes. Permuter le moi et le soi. Alors, oui, le moi a peut-être une puissance et une certaine maitrise sur le temporel mais rien en substance. La substance reste le Soi.

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L’égo non relié au Soi est de masse, cache son arrogance, se fond dans la masse.

La mythologie de Tolle confond l’égo avec l’identification avec celui-ci. Ce n’est pas l’égo qui a explosé dans son cas, suite à son expérience spirituelle, mais l’identification qui s’est assouplie parce qu’il s’est relié au Soi. Tolle a-t-il créer ses angoisses et ses envies suicidaires ? Non. A-t-il créer par une technique son expérience spirituelle ? Que sert alors à sa technique ? Ca lui sert à se relier à son Soi.
Tolle a bien un égo bien présent pour affirmer qu’en suivant sa technique, on va construire une « Nouvelle Terre » débarrassé du démon qu’est « l’égo et le corps de souffrance », les 2 diables. Il est cependant moins identifier à ce qu’il est. L’égo est nécessaire à la rencontre avec l’esprit. Le chemin spirituel est un chemin pas nécessairement confortable de désidentification. Une fois désidentifié, l’égo n’est plus un ennemi, un monstre à abattre, c’est un petit clown qui se maquille en monstre. Il est facile de voir ceux qui sont identifiés donc absent d’esprits (les hyliques dira la gnose) : ils prennent tout contre eux et tout à la lettre. Ils s’identifient et vont vous identifier à des étiquettes, .
D’un point de vue psychologique, la mythologie de Tolle est donc fausse dans ses propos. Ca peut même être dangereux car l’explosion de l’égo, explique Jung, est le symptôme majeur du psychotique. L’absurdité peut être entendue même comme telle: faites exploser votre égo et vous vivrez l’illumination donc devenez psychotique, c’est le bonheur.

Personne ne vous en empêche d’avoir vos opinons , chacun a ses clés (métaphore pour dire chacun ses opinions) pour ouvrir ses serrures, mais bon si on arrive dans une équipe de foot et qu’on a jamais joué , on s’improvise pas entraineur. L’apprenti ne se déclare pas maître et connaisseur parce qu’il a eu une expérience spirituelle, avoir des opinions et des croyances n’est pas encore connaître. Force est de constater que l’alchimie comme je la dépeins est une voie royale , royale dans le sens ou très peu de gens la vivent , c’est bien le drame. Dans une civilisation où on a accès à tout, tout de suite, on oublie l’essentiel, pire en » radical-alchimiste », c’est limite si on se fait pas botter les fesses par des tartuffes de la séduction et du rapport amoureux , des prophètes spiritualistes et scientistes avec des modes d’emploi du « juste rapport amoureux », on se prend des leçons de négationnistes. Je pèse mes mots : des négationnistes profanes de l’alchimie, à la prose sans ailes , dépassionnés, champions de « l’éclate, de la soirée » ou du « moi j’aime tout le monde, c’est le seul amour véritable, le détaché ;(l’attaché est un malade mental dans son égo), oui je m’éclate pas moi et je lévite pas. Je me rassemble et rencontre , j’unifie. Heureusement que l’alchimie aide à être magnanime.

Atteinte à l’égo, atteinte à l’âme

Nous allons ici aborder l’importance de l’égo en tant que conscience du Soi et rempart contre l’annihilation psychique qui menace la psyché toute entière. Le moi est alors comme une sentinelle responsable d’un empire. S’en prendre à l’égo est ni plus ni moins une tentative de meurtre sur le gardien de la psyché. Qui est alors mise bien en danger.

Dans la mythologie égyptienne, Seth est l’archétype de l’égo terre-assez par le Soi, mis en terre et mis au service du soleil. Il est condamné à pousser le soleil, l’astre apollinien. Mais il fait plus que cela : il le défend. Il défend le Soi. Mais contre qui ? contre le grand serpent qui veut le dévorer. Ce serpent est l’archétype du Néant. Il est analogue au python du mythe apollinien. Le néant est aussi la force inconsciente, l’ombre sombre du Soi qui veut annihiler toute vie, toute conscience. Le moi, l’égo, créateur de conscience est donc aussi celui qui est nécessaire pour ne pas être dévoré par les forces annihilantes présentes dans l’inconscient qui concrètement font éclater le moi, l’éthique, toute âme, tout « éthos ». Jung y insiste aussi sur cette fait et à sa façon en montrant d’une part que des applications littérales desphilosophies orientales sont nuisibles pour la très grande majorité d’occidentaux. D’autre part, il montre des cas où le moi est littéralement pulvérisé par ce qui annihile et qui est dans l’inconscient.
La fonction du moi est de sécréter de la conscience. Il s’agit de lire « les racines de la conscience » de C.G Jung. C’est Freud qui insiste sur le fait d’avoir des défenses solides et saines comme la sublimation, l’humour, la métaphore pour expier le sombre et ne pas se laisser annihiler. Harpur montre que la métaphore est ce qui est nécessaire pour éviter la pétrification qui vient de l’archétype médusien qui vit au fond de la psyché et qui pétrifie, transforme en statue de pierre. C’est la catatonie psychique, la dissociation, le moi est mis en pierre : il n’a plus de relation à l’esprit et à l’âme. Il est comme une statue. Il pétrifie l’espace et il est pétrifié. Psychiquement, il ne bouge pas. Il n’est pas n’importe quelle statue : il n’est pas une sculpture, une oeuvre d’art, une oeuvre de la nature : il est une pétrification instantanée de la conscience. Quelque chose a littéralement fait volé en éclats sa conscience, son moi. C’est une pierre de l’Hadès médusien. Le moi est annihilé. Il n’est pas mort. Il n’est plus rien. C’est ce qui vit Commode dans Gladiator quand son père lui apprend qu’il ne sera pas l’empereur. Il vit sa pétrification, il est médusé. Il va alors être possédé par le sombre et s’identifier au Soi qu’il va prendre pour le moi. Annihilé le moi ne peut que s’identifier à annihilation pour continuer à survivre. Il va devenir un annihilateur de tout âme, esprit. Le moi n’existant plus dans l’incarnation, il va se sentir exister par procuration dans quelque monde virtuel, mentalement crée où il croit avoir du pouvoir, va nourrir son besoin de reconnaissance par des bouffés mégalomaniaques de toute-puissance et de grandeur. Là, il existe et est populaire ! Il va utiliser ce qui vient de la psyché pour sa propre gloire ou reconnaissance. L’art est détourné pour la statue de lumière qu’il croit être. Comble de la pétrification, la statue de pierre annihilé se prend pour un cristal ! C’est l’archétype Prométhée/Narcisse qui devient l’archétype de Typhon. La dissociation est entamée. Louez-moi, aimez-moi dira Commode. Il forcera l’amour et la reconnaissance et terrorisera pour cela. Il éliminera tout ceux qui lui rappelleront qu’il est pétrifié et pétrifiant, qu’il  n’a pas d’âme et d’éthique.Son seul désir est d’avoir sa statue, d’être une statue.
La statue est accrochée à l’image pétrifiée de lui-même. Il a été annihilé par quelque force dans sa vie, l’impuissance peut être une annihilation et n’a pas su, n’a pas pu, n’a pas voulu faire face. Pour survie, il s’adapte pathologiquement. Son poison, c’est son remède. Annihilé, n’ayant plus rien, il s’accroche à ce qui est là : l’annihilation. Il va devenir alors annihilateur. Volonté d’être un dieu, statué et d’être éternel dans l’ici-bas ? Probablement car c’est de là que vient sa mégalomanie? Je lis un livre sur le Seigneur des Anneaux et Archané est associée à … Méduse ! Elle catatonise aussi mais en rendant tout flasque. Ce qui revient aussi à être pétrifié à l’envers. L’inconsistance de l’archétype statuesque car au fond, y a statue et statue : celle de glue comme celle de roc et si elle vient de Méduse ou d’une oeuvre d’art.

La Statue combat ceux qui lui révèlent son annihilation ou les moyens annihilateurs mis en place. Il cherche surtout à être vu, aimé, qu’on parle de lui. Il va annihiler celui ou ceux qui le montrent tel qu’il est ou qui ne l’aiment pas. Il a besoin de s’acharner pour réfuter quelques propos qui le remettent en question. Il va alors diaboliser un individu, un groupe pour qu’on le discrédite. Faut surtout pas qu’on le croit. Si on attache autant d’importance à ce pestiféré, c’est parce qu’il dit des choses qui touchent vraies, qui font mouches. Tragiquement, elle attire l’attention sur ce qu’elle veut éliminer et ça fait réfléchir. En voulant évincer Maximus, Commode le sert indirectement. On est indifférent avec ce qui est faux, on ne va pas réagir. Il peut réellement, pense-t-il, contaminer les esprits et les pensées. On en fait un pestiféré qui va soit vous contaminer soit vous attaquer.
Méduse n’est pas une mince affaire, un archétype facile.
C’est la pierre de vie, vivante en l’arbre, l’Ent qui s’oppose à la pierre flasque, molle ou la pierre médusée qui n’est qu’une statue d’effroi et effroyable. C’est simplement cet aspect effroyable qu’on cherche à dissimuler. L’effroi est alors l’autre, l’effroyable est l’autre. C’est lui le monstre. Méduse est dans le regard. Le pétrifié devient pétrifiant. Le médusé devient une Méduse et il change la focale par la suite.
Persée lui porte la tête de Méduse comme Athéna par la suite. Ils savent pétrifier ce qui a besoin de l’être cad ne pas donner de regard à cela, mettre en pierre. Méduse est utilisée ainsi contre le Kraken par Persée. On pétrifie le véritable monstre. Méduse, le poison devient le remède.
La sagesse a quelque chose de pétrifiant. Méduse, ennemi de l’esprit, est condamné elle aussi à défendre les héros, les filius, la pierre philosophale. La harpie est mise au service d’Athéna. En bref l’esprit. On la terrasse comme le dragon : on lui fait perdre ses émotions, on la vide. On lui coupe métaphoriquement la tête mais jamais de face et après réflexion. Elle est ainsi expiée. Comme Seth.
Comme les harpies sont dans le cortège d’Athéna et protègent, s’acharnent contre ceux qui défendent l’esprit. C’est un transfert/contre-transfert. Y a un harcèlement psychologique inconscient qui se fait. De psyché à psyché. L’autre vous obsède sans l’avoir voulu, il est dans vos pensées, ce qu’il a dit et fait vous obsède, vous harcèle de l’intérieur. C’est l’oeuvre des harpies. On associe ce harcèlement au moi. L’autre vous a serré par le haut avec ses serres, son esprit et ses pensées, ses paroles ont été comme un chant de sirène. La harpie est en train de charger. Métaphoriquement et psychiquement bien évidemment. On vous en voudra d’avoir parlé, d’avoir dit, d’avoir fait car ce que vous avez dit m’a pénétré malgré moi, m’a touché, je ne peux pas l’accepter, le tolérer. Je renie l’esprit, cette rencontre, l’âme. L’âme alors devient harpie, l’esprit ailé s’allie avec l’âme toute séduisante et proche des sirènes, c’est un monstre qui vous harcèle dans la psyché de l’intérieur. Mais le problème, c’est qu’il y a pétrification. C’est enfermé à l’intérieur. Alors, viens le processus alchimique où on décompose la statue, la fausse pierre, pour expie la harpie, on lui trouve âme et esprit puis on refond le métal. La lumière peut rentrer un peu à la fois. C’est ce que fait un bon psy. Un psy qui veut de l’intérêt, votre pub, votre approbation va vous donner exactement ce que vous voulez : il va confirmer vos théories et consors. Par ailleurs, pas oublier que la harpie est un fantôme , il tourne autour de vous, il est présent sans l’être, …

Revenons sur l’égo.

Bien des occidentaux, maladroits, sciemment ou parce qu’ils sont déments, ont compris, pour la plupart, les mythologies orientales littéralement. C’est tragique car ils condamnent ni plus ni moins l’égo à mort. C’est comme cela qu’ils les interprètent. La mort de l’égo est ni plus ni moins le signe d’une dissociation psychique. Donc en plus d’annihilé, le néant détruit toute vie psychique car sans égo, sans moi pas de relation du « je » avec les autres archétypes et la vie.
Les orientaux disent qu’il ne meurt pas mais qu’il s’efface. Mais la psyché occidentale n’est pas l’orientale et l’égo ne s’efface pas aussi facilement. Cet effacement a, sur beaucoup, l’effet d’une dissociation. Il est nécessaire de faire avec le « moi » et cela passe par l’alchimie qui est une transformation de la conscience (du moi) par l’esprit (Sel du sel) qui le relie au Soi, à la pierre. Ce sont les narcissiques du coeur qui font, reliés à l’esprit qui gagnent un peu à la fois de l’âme. L’esprit se psychise, s’anime. Et la vision du monde change. A l’image de Narcisse et de Seth qui sont condamnés à la transformation. Le 1er à être une fleur que Psyché va cueillir et le 2eme comme l’ombre mis au service de la lumière.
Il est donc bon et sain de s’opposer au discours ambiant nihiliste qui s’en prend à l’égo et veut son annihilation. Ces gens qui s’en prennent à lui, en fait, ont mis l’égo à la place du Soi et font de leur Ego le soi. Ils usurpent sa place. Leur véritable charge est contre le Soi auquel l’égo se relie. L’Ego, le leur, est alors projeté l’égo et combattu partout. Il n’y a que les gens dans l’Ego qui vont s’en prendre à l’égo, à l’image que le Soi, alors monstrueux, leur renvoie d’eux-mêmes. Le Soi agit comme un miroir et ils prennent le miroir pour la réalité égotique qui n’est autre que la leur. Ils inversent, font des confusions, se coupent de l’âme et de l’esprit. Ils se dévorent eux-mêmes telle Arachné. C’est l ‘auto-cannibalisme psychique. Pourquoi ? Parce que le moi, l’égo n’est pas assez solide face aux forces sombres auxquelles il est confronté.
Le narcissique pervers n’existe tout simplement pas. C’est un doux mot pour dire psychopathe et donc annihilateur, agent du néant.
Le moi, lui, est dans la dualité.
Le problème est de diviser sans relier et de relier sans discerner donc diviser. L’homme est pont quand il est dans le Soi. Il est entre. L’égo, la dualité est nécessaire à la bonne vie psychique.

Finissons par l’ennemisation de l’égo :

Ceci a été lu sur un forum où l’on parle de Tolle :

« L’égo ne peux être ton ami, il se vire contre toi et ne veux pas ton bonheur car il se nourrit de ton malheur, lire les enseignements d’Eckhart Tolle il me semble qu’on est sur cette page pour ça;)  »

Nous retrouvons ici une lecture littérale de Tolle qui confirme que l’égo est unilatéralement un ennemi.

L’ennemi va de pair avec l’allié. Celui qui trahit est l’ami. L’ennemi ne trahit pas, il est loyal et est à une juste distance, qui permet une dialectique. Respectez vos ennemis, soyez vigilant envers vos amis car il peut cacher un adversaire redoutable sous le masque de l’amitié. Il y a de vrais amis bien évidemment, intimes. Mais très peu, rares il sont. L’adversité n’est pas un problème tant que l’annihilation psychique et physique d’autrui n’est pas entamée. Le passage à l’acte est la limite « sacrée » à ne pas dépasser. Gandhi, par exemple, a respecté profondément ses ennemis et à respecter cette limite sacrée sans cesse. Ils les épousaient. Cela ne l’a pas empêché d’utiliser des moyens puissants, simples à leur égard pour arriver à ses fins. Mais sans les annihiler. C’est parce qu’il reconnaît l’ennemi en l’anglais qu’il peut voir l’ami en l’anglais. Bouddha croise bien des dragons et bien des adversités sur son chemin avant de rencontrer des amis.
La spiritualité, c’est d’entrer ouvertement dans les conflits dans le respect et la compréhension, c’est de les provoquer ; être sauvage sur le plan des idées et du discours, de l’esprit et être doux et civilisé avec le chemin d’autrui. Le conflit est une opportunité de rencontre avec l’esprit, il en est attiré.
L’ennemi est à apprivoiser comme la colère. Mais cela ne fait pas de lui un allié pour autant. L’allié lui peut cacher ses zones d’ombre, esquiver, être dans la feinte et l’enjouement. Avec l’ennemi, c’est facile, il est authentique, vous donne les clés et les portes. L’ami est probablement le défi véritable. Avoir des ennemis ne veut pas encore dire être violent avec eux. Gandhi était profondément violent intérieurement, transmutait la violence envers autrui et refusait de l’utiliser à l’extérieur tout en était mue par elle intérieurement. C’est bien l’énergie des 2 ers chakras qui s’allient : force brute de vie, respect pour rayonner, avoir un impact (3eme chakra), en lien avec le coeur et le verbe (5eme) dans le sens d’une vision (6) qui honore l’étoile, la couronne et la source (7) selon sa tradition hindoue. Un exemple en classe. Un élève ennemi de mon cours dira « il est nul ». Il est authentique, à moi de l’écouter, de pas prendre ça contre moi et de l’apprivoiser. Il me montre la porte. Il m’invite à un défi : vivre mes valeurs non-violentes et l’apprivoisement. Mes ennemis sont en fait mes plus précieux amis si j’arrive à les apprivoiser et à apprendre d’eux. Ils contribuent à ma croissance.
Un élève ami dira « c’est un bon cours ». Mais il peut être hypocrite et prétendre être ami car en secret, il peut cacher un ennemi et ira dire à ses parents « tu sais m’an le prof, son cours, il est nul ». Le violent, l’ennemi est plus proche de moi et vrai que l’apparent ami. L’illusion est bien réelle.
Avoir un ennemi, c’est reconnaître une adversité tout simplement. C’est pas encore le signe d’une colère, je peux rire avec lui, le respecter et le reconnaître comme tel. Mon adversaire à l’escrime, je vais pas le tuer, c’est mon ennemi et mon adversaire pourtant je suis en guerre. C’est un art dans le sens plein du mot martial, un art de la guerre, un art de respecter l’ennemi. Faut pas prendre les guerriers, son archétype pour des êtres assoiffés de violence, de colère et monstrueux parce qu’au sinon Gandhi en est un fameux spécimen. Je vais apprendre de lui et je vais le respecter. Je discerne l’ennemi du malveillant et de l’abusif qui passe à l’acte. L’ennemi ne passe pas à l’acte. La nuance est portée au fait qu’il y a bien des amis bienveillants.

6° Tolle est comparé à Bouddha, Krishnamurti, Dürckeim et Rumi par des gens appliquant sa méthode

La seule ressemblance est qu’il a vécu une expérience spirituelle comme eux. Pour le reste, il diffère.

A° Bouddha

Bouddha peut donner des pistes parce que son parcours est mythique et il a une crédibilité symbolique, mystique et alchimique même. Le mythe est complexe, fourni ; son histoire est nuancée, faites d’ombres et de lumières. C’est un haut initié qui suit une démarche conséquente. La mythologie de Tolle ? …euh rien de comparable, Tolle a probablement trouvé un filon commercial dans le supermarché du développement personnel, des touristes de la spiritualité qui ne demandent ni l’implication à 100% dans une tradition et qui testent pour dire de tester et d’essayer. C’est le « je consomme le spirituel donc je suis spirituel ». Cela suite à une expérience spirituelle. Il l’a eue puis il pond sa théorie. Bouddha ne tirait pas des droits d’auteur, c’est une autre différence.
Si Tolle y renonce (quitte à garder de quoi vivre) pour des associations, va vivre dans un monastère bouddhiste ou autre en bref est cohérent entre ce qu’il dit et fait, il serait plus crédible dans ses écrits. En outre, son paradigme est superficiel, sa réponse aux problèmes est immédiate … alors que ça demande du temps, des larmes, parfois du sang et énormément de sueur intérieurs comme le disait Thomas D’Ansembourg.

Bouddha n’est pas nécessairement apaisé, il peut être aussi courroucé, il a vécu une réalisation, une illumination. Il ne tente pas de supplanter sa vie passée, de l’oublier. Il s’y fonde, il en vient, il a un sens et il y retourne, il retourne à la source en passant par elle pour lui donner un autre regard. Comme tout initié des Védas, il est dans l’éternité. Où est le courroux chez Tolle et sa mythologie ? Je ne vois pas une once d’émotion chez cet homme quand je le vois sur les vidéos.

La nouvelle Terre, la description ressemble au Shambhala arraché à son mythe. La mythologie de Tolle est-elle une copie du mythe bouddhiste, enlevé à sa source, dite en d’autres mots, brodée le tout pour se démarquer ? Si c’est le cas, sa mythologie fait pire que les bouddhistes: il dit que le Shambhala va s’incarner dans cette dimension, littéralement, alors que c’est un pays d’un autre vibration relié à celle-ci. C’est un au-delà, transcendant donc. Que fait la mythologie de Tolle ? Il le met dans l’immanent comme les catholiques croient que le Christ va revenir à la lettre et faire de la Terre un paradis. Le problème est leur littéralité. La mythologie de Tolle fait la même chose que les cathos avec un autre mythe et ça marche dans le développement personnel parce que les gens en ont marre de l’Eglise ? Ils trouvent un paradis équivalent mais sans une Eglise ? C’est le même différemment ? Dans ce sens, il s’inscrirait dans les bibliocastes dont parle le psychanalyste Gérard Haddad : il réécrit les choses à sa manière comme Onfray, comme l’Eglise qui a enlevé des versets complets chez St-Luc par ex ou encore comme les nazis qui brûlent, eux, carrément les livres. Ils s’inscrivent dans la perspective de prendre un mythe à la lettre et veulent le réaliser ici bas. Cette dimension est un lieu de passage où l’éveil est possible. L’éveil n’est cependant pas un truc pour bourgeois ou touristes qui veulent l’essayer et qui sont en mal de paradis. Le New-Âge a ses fanatiques, faut pas croire. Certains ont construit des camps de concentration pour les juifs, d’autres ne seraient éventuellement pas contre l’éradication des gens dans leur égo. Une dérive d’une telle pratique pourrait donner dans l’avenir une société qui par exemple refuse toute expression émotionnelle ou issue du mentale avec une nouvelle inquisition qui enverrait au bûcher ceux ou celles qui ont osé critiquer (nécessairement une attitude du mental) et/ou verser une larme. Le film Equilibrium permet de constater ce qui pourrait se passer et invite donc à la vigilance.

B° Krishnamurti :

« Cet homme comme Krisnamurti et bien d’autres à découvert sa propre vérité sa propre flamme. »

Tout à fait sur le fait d’avoir vécu une rencontre avec l’esprit. La comparaison s’arrête là. Krishnamurti est non-confessionnel et s’inscrit d’ailleurs dans une démarche libre plus proche de la maïeutique grecque (et de l’archétype de l’enseignant : Socrate). La mythologie de Tolle est à la catholique envers l’égo qui est alors démoniaque et à tuer. L’égo ne se tue pas avec le Christ et les anges, il est mis de côté par une technique tirée d’une autre mythologie : la bouddhiste. La mythologie de Tolle mélange ainsi les mythes à sa sauce. La méditation est réduite à une technique industrieuse produisant en quelques secondes le résultat désiré. Alors que la discipline bouddhiste demande des années de pratique pour être méditant. La mythologie de Tolle s’inscrit aussi et ainsi dans un bouddhisme pris à la lettre et profondément maladroit : la vacuité se crée volontairement par un « pouvoir » celui d’être « présent » en quelques instants ainsi est évacué le « karma », ainsi se rétablit le « dharma » et ainsi on atteint le nirvana. Le tout est ensuite donné à un Occident en grand désarroi spirituel qui cherche un mythe digne de lui et les gens boivent sans savoir ce qu’il y a dans la bouteille tellement ils ont soif. Cela est une métaphore pour dire que la critique est souvent mise de côté tellement le tout apparaît comme séduisant.

Contrairement à Krishnamurti, la psychologie de Tolle ne nous invite pas à se tourner vers nous-mêmes. Il nous enseigne une technique généraliste, valable pour le monde (donc niant la spécificité de chacun) qui créera de manière certaine ce que lui a vécu dans sa propre expérience spirituelle. Cela est faux d’un poids de vue psychologique : ni un credo, ni une technique pratiquée machinalement, ni un pouvoir ne donne accès à un paradis intérieur ou un nirvana. Une technique généralistes créerait-elle un monde peuplé d’individus alors uniformisés ?

C° Durckheim

Ce dernier invite à vivre une initiation à partir de son histoire. Un membre sur un forum le met au même niveau que la mythologie de Tolle. A nouveau, je nuance et discerne. Oui, ils ont vécu une expérience. Non, leurs différences sont significatives.
Le souci n’est pas de goûter à tout, de vivre et de se confronter à une approche, de se chercher, de chercher son Soi. Le souci, c’est le « tout vaut tout » nihiliste, c’est de prendre l’assiette de pâtes pour du foie gras. Ce qui est un nivellement par le bas que vue le foie gras a la même valeur que les pâtes sur l’échelle intérieur.

D° Maître Eckhart

Ce dernier est invoqué parce qu’il porte le même prénom que Tolle. Cet argument fait sourire. Je m’appelle Alexandre donc il est certain que j’ai des accointances avec Alexandre le Grand ?

Maître Eckhart est très loin d’un mythe spiritualiste, pseudo-catholique orientalisé mal ficellé. Le Dieu du présent est celui de la Gnose chez lui, c’est une connaissance de l’antériorité, du primal et de l’essentiel et elle se vit dans la conscience. Cet essentiel est antérieur à nous, dans un passé primal et éternel qui transcende tout présent ou futur qui sont des illusions existantes : c’est une réactualisation du monde et des archétypes. Quand on rencontre cela, on rencontre le divin. Il dit que Dieu est celui qui crée et gouverne la conscience qui nous pousse à connaître à cela. On est pas dans un évitement de la souffrance, on est dans un apprivoisement conscient de celle-ci. La rencontre est mystique et dépasse le temps concret. Le passé ne se transforme pas, il est regardé différemment dans une vision qui dépasse passé-présent-futur. Le regard qui est transmuté.

E° Rumi

C’est manquer cruellement de discernement que d’associer Rumi à la mythologie de Tolle parce qu’ils sont irréconciliables sur le plan mythologique, ontologique et psychologique. Le soufisme n’est pas du tout dans un mentalisme. Le soufisme, c’est la démarche d’une vie, ce sont des épousailles avec la vie et les émotions. Pas une fuite dans un moment présent mentalement crée. Cet espace supramental ne se vend pas et ne s’apprend pas dans des techniques et sa vocation n’est pas socialiste : créer une Nouvelle Terre.
Pour dépasser des soucis dits mentaux, la psychologie de Tolle fait appel au mental. C’est comme dire que la solution à un incendie, c’est le feu.
Ma critique devient plus acerbe quand les fans de Tolle font dire à Rumi ce qu’eux souhaitent qu’ils disent. Pourquoi ? Pour qu’il colle avec la théorie de Tolle et ainsi lui donner un argument d’autorité pour le justifier et crédibiliser. Ce sont les gens qui veulent créer des théories uniques et qui mettent des égalités partout entre les sciences, entre les voies, qui aplanissent tout. Le sophiste rhétoricien va alors créer des liens qui n’existent pas et relier ce qui n’est pas reliable. Est-ce intellectuellement honnête ? Ils égalisent tout sans nuancer ni reconnaitre ni étudier leurs différences et les conséquences que cela implique. Cela ressemble à des raccourcis pris au bulldozer. En plus du sophiste argument d’autorité, il y a le sophisme du « tireur d’élite texan » : sélectionner des événements, des éléments aléatoires possédant des caractéristiques communes pour en déduire, avec certitude, une relation de causalité. Vous voyez 2 choses, 2 mots, 2 concepts identiques dans une tradition spirituelle bien précise et un livre de développement personnel moderne ? Zou ! Vous tracez un raccourci en ligne droite et au bulldozer entre les 2 en disant, avec un certain ahurissement : »c’est pareil!!! ».

7° « Les disciples de Tolle » ?

Est-ce vrai qu’il n’y a pas de disciple de Tolle ? Qu’il n’influence personne ? Que personne n’applique ses techniques et voit le monde comme lui ? Si non, pourquoi alors les livres, les séminaires, les vidéos et les conférences ? Qui sont les gens qui appliquent sa technique et qui reviennent encore et encore dans les stages ? Des touristes ? Je nous le demande.

8° La présence : le noeud – toutes les psychés se valent

La volonté de domestiquer le mental, l’égo, le corps de souffrance est une volonté mentale nous l’avons vu. Vouloir être présent est du mental. Vouloir dominer et éradiquer l’égo, le tenir en laisse et puis se poser en majesté spirituelle est une attitude d’égo non-reliée au Soi. La psychologie de Tolle entretient ainsi un système en le nourrissant elle-même tout en faisant croire qu’on en est sorti. C’est très intelligent et fin. C’est tout à son intérêt. Il n’agit pas de suivre le Bouddha. Il le dit lui-même : « Si vous me voyez, tuez-moi ». Le passé, l’égo, on ne les envoie pas aux oubliettes, on les accepte, les on les apprivoise comme dans le Petit Prince, on les alchimise ensuite. Moi, je ne rejette pas mon passé et l’égo, je développe de la conscience, j’apprends à consciemment les regarder différemment. L’alchimie est notre yoga occidental. Ce n’est pas sain de vouloir écraser et dominer l’égo. C.G Jung constate que des européens foncent, au début du 20ème et après la guerre, sur l’orientalisme et il observe une explosion des psychoses et des dissociations psychiques. Notre psyché occidentale a besoin de l’égo mais il n’est pas aux commandes, c’est le Soi le général, le chef d’orchestre. L’asiatique peut s’en passer parce que sa psyché est profondément différente. C’est une questions de voies. Nous, on est terre et feu. Ils sont airs. On passe par la matière, le corps, l’égo, le moi. Pas eux, ils le subliment, ils le volatilisent. Alors oui, il est bon conscient de critiquer la mythologie de Tolle qui unilatéralement fait fi du 1° le passé 2° la différence entre les psychés 3° le moi 4° le Soi et qui sembler donner des leçons voire des sortes de messes à des gens qui ont étudié avec rigueur, esprit scientifique comme C.G Jung ou pire feints de les confronter à sa propre approche. Il en va de l’âme et de l’esprit occidentaux qui s’américanisent sur le plan matériel et asiatiques sur le plan spirituel. Il est essentiel de respecter notre voie occidentale comme l’invite le Dalaï-Lama et la théorie de Tolle ne la respecte pas avec toutes les conséquences psychiques que cela implique. On nous raconte du bien et du beau sur la mythologie de Tolle. Où sont les critiques francophones à part la mienne ? Comment comprendre une absence (d’auto-)critique ? Je vous invite à l’accueillir comme tel plutôt que de l’écarter pour préserver quelques certitudes. Car il faut alors absolument me décrédibiliser : je suis en souffrance, dans l’égo, délirant donc je mens donc ce que je raconte n’est pas valable. Cela est du sophisme. Mais bon, qui lit encore la philosophie grecque ?!

9° La mythologie de Tolle, l’amélioratrice des traditions?

Nous sommes là en face de ce que Gaston Bachelard appelle le complexe Prométhée  » « je veux en savoir plus que les guides, mieux que mes guides, plus que mon père, mieux que mon père, j’en sais mieux qu’eux ». Pour Bachelard, il est le complexe d’Oedipe intellectualisé. Autri est en Soi. C’est si facile de se croire libre penseur. La liberté vient quand on reconnait qu’on n’est pas libre. C’est la plus dorée des cages : la liberté. Je ne suis pas libre d’elle. Alors, oui, je cite mes pères de pensée parce que j’en ai et je pense par moi-même. Écrire un jour et ne citer personne d’autre que soi-même ? Comment le comprendre ? Si je redis ce qui est déjà dit ailleurs, que je m’en réfère sans le nommer (donc en m’attribuant une originalité que je n’ai pas), suis-je en train d’usurper et de récupérer tel un pirate anarchiste ce qui sert mes intérêts ? Que fait la psychologie de Tolle ? Elle apporte quelque chose de neuf qui vient « améliorer » les traditions. Alors qu’elle puise en elles, y ajoute son expérience dans l’histoire qui est le centre de son ouvrage.Il met ensuite un copyright, un label et l’industrie est lancée.

10° L’Alchimie à l’envers

Je critique ceux qui se font passer pour des Bouddhas qui disent transmettre le nirvana. Ceux qui ont cheminé n’ont pas besoin de s’étaler. Ecrivant un livre, je parle peu de moi, je parle de l’Alchimie et de son action sur moi. De notre voie occidentale. Se recentrer sur nos racines, le passé. L’Asie et sa spiritualité nous enrichissent comme un terreau mais jamais il ne sera notre racine. L’impuissance est la voie royale vers l’esprit. Accepter l’impuissance de ne pas être asiatique mais bien européen avec toute la honte, les inconforts et les joies que cela réveille. L’égo est bien ici et consciemment en batterie chez pour défendre l’Alchimie, voie du coeur envers ceux qui la détournent pour des intérêts autres. Ceux de Faust : pouvoir (SIC!), argent, nom et renommé … L’égo en batterie dans ce sens est héroïque, il se donne pour un Autre. Et sans égo, on ne se donne pas, on n’incarne pas et on ne rencontre pas l’esprit. Le soit disant corps de souffrance que la mythologie de Tolle invite à enterrer dard n’est autre qu’un concept pour parler de l’image suivante : ce qui nous plombe. Je ne mets pas ici une égalité : je montre une analogie. La matière première. La matière première, en alchimie, on la transmute.
Vouloir être présent absolument et directement, c’est quoi ? C’est rejeter tout le processus alchimique qui demande du temps, des efforts, un dépassement, des larmes et de la sueur. C’est rejeter les arts pour choisir le contrôle machiniste et mental « Être présent ! je suis en colère ? Va au diable, non ! : Être présent, je suis triste ? pas bien d’être triste, la plénitude est là ! ah bas le corps de souffrance !! le présent ! je m’en veux, méchant égo qui me fait du mal, tais-toi : être présent ». En appliquant la technique de Tolle, mon entourage ne me reconnaissait plus, je perdais des amis, je n’étais plus humain, j’appliquais un protocole telle une pelleteuse mécanique pour enterrer la matière première pour une promesse illusoire. Bouddha n’a pas réalisé tout de suite, il a tout un chemin. C’est fallacieux de réduire la réalisation du Bouddha à une libération momentanée.

Entracte et positionnement éthique : Je respecte profondément le chemin de chacun. Je ne respecte pas les propos de ceux qui viennent me dire comment vivre le chemin, qui écrivent noir sur blanc que m’attacher à mon passé, c’est être MALADE ; qui viennent donner des leçons sur les lois de la vie, de la psyché, du monde et de l’esprit ; règles objectives, qui me dépassent et que je ne peux changer et qui se plantent et disent n’importe quoi. Je ne respecte pas la mythologie de Tolle qui me fait croire que je suis malade parce que je suis attaché à mon passé alors que l’essence de ma vie et de la vie s’y trouvent. Y a rien dans le présent. Ce n’est pas le vide, c’est rien. Le néant. Tolle confond, dans sa mythologie, dans une énorme soupe : la conscience avec le présent ; le néant avec le vide ; l’hypnose auto-suggérée avec la libération, l’art avec la technique. Sa psychologie est inexacte et se considère comme exacte sans l’éprouver et le confronter à d’autres regards que le sien.
11° L’auto-suggestion : « Ma cave n’est pas inondée ? Non ! Je me raconte des histoires » :
Les pensées ne peuvent être larguées comme la psychologie de Tolle l’avance Il est montré, comme j’en ai déjà parlé, par la science quantique que les pensées, les émotions, le passé est inscrit dans l’eau qui nous compose ainsi que dans une mémoire cellulaire chose qu’écarte la psychologie de Tolle. Écarter ce qui lui dérange lui est nécessaire ? Cette eau en nous, on peut la sublimer, la dissoudre comme l’alchimiste. La refouler ou faire comme si elle était pas là comme le propose dangereusement la psychologie de Tolle, c’est comme si on avait une cave inondée et on se conditionne pour se dire qu’elle ne l’est pas. Ce conditionnement n’enlève pas, bien sûr, l’eau présente dans la cave. On ne peut pas l’évacuer en pensant qu’il n’y en a pas.
Libre donc à chacun de se raconter une belle histoire sur sa cave alors qu’elle est en train de s’inonder, encore et encore. Libre à chacun de se dire que l’eau puante et croupissante qui remonte alors jusqu’au salon est un vent illusoire crée par l’égo.

2 ème entracte :

Je provoque ici volontairement pour m’assurer de bien savoir qui j’ai en face de moi, je cherche à voir si les gens font ce qu’ils disent, vivent le respect. Je mets ici bien cartes sur table. La critique remet bien en cause les propos de Tolle et cela sérieusement. En même temps, je cherche à voir ceux qui font de mes propos une certitude presque dogmatique. Moi je suis ouvert à échanger et discuter. Mais bon, sur les groupes où on parle de Tolle, y a des gens qui refusent qu’ils soient critiqués. Si on les critique, si on critique leurs propos, on est nécessairement fanatique et dogmatique. Pire, on est dans l’égo. En bref, il y a une branche dure à l’oritentalisme maladroit de Tolle comme Sarko, Hitler, la catholique, … ont les leurs. Ceux-là vont alors sortir leur grande inquisition, me jeter tomates, chaises, piquets, psychopathologie (il y a 7 siècles, on aurait dit « possédé »), certitudes, … après avoir été épinglé et mis au pilori. Ensuite, et quelques temps plus tard, ils vont aller comme boire un verre ensemble et échangent autour d’une belle table et se mettent à parler de l’Amour, du Respect, de la Compassion. Tout cela au sein du forum virtuel. Cela est bien sûr digne du prêtre qui prêche de ne faire l’amour que dans le mariage, avec sa femme et pour avoir des enfants qui 10 minutes plus tard tripote un enfant de choeur dans la sacristie. Je nous pose une question : n’y a-t-il pas un problème ?

12° Le devoir d’être présent, une culpabilisation subtile ?

De même : la mythologie Tolle prétend montrer la voie de la libération etc etc, si ici, il y a des fans qui l’appliquent même depuis peu de temps, ils devraient accueillir les critiques les bras ouverts. Je ne dois rencontrer que des gens libérés vue que selon lui la libération se fait dans le moment présent. Vous devez donc tous me respecter si vous appliquez stricto senso les protocoles de Tolle et immédiatement sinon vous êtes dans l’égo. Ici, je prends le discours de Tolle et l’applique pour montrer toute la culpabilisation sous-jacente qui peut amener éventuellement à des décompensations. Refouler le plomb, le « corps de souffrance » fait que très souvent, suivant la résistance des personnes remonte et l’individu vit en un coup tout ce qu’il a refoulé. Les conséquences peuvent être dramatiques. C’est ce qui se passe quand on se prend pour un bisounours, qu’on maltraite le moi sans cesse, qu’on refoule les pensées, les émotions et les douleurs : l’inconscient renvoie le retour de refoulé au galop et ça risque de faire très très mal. Libre à chacun de prendre donc le poison pour un remède pour soigner soit des maladies qui n’existent pas soit des maladies qui existent bien. Que se passe-t-il si je suis pas toujours présent ? Je me suis mis à me juger « tu es dans l’égo ». Je sentais une double culpabilité tétanisante : d’une part, le fait de ne pas être présent et d’autre part, sans trop me l’avouer, ne pas combler ce qui faisait que je n’étais pas présent. J’étais déchiré.

13° La mythologie de Tolle, un cerf-volant sans terre et sans ciel ?

La mythologie d’Eckart Tolle ne réconcilie rien, ne s’inscrit en rien et ne va vers rien. C ’est un nihilisme spiritualiste. Le bouddhisme, l’hindouisme et le christianisme ésotérique se relient dans les Védas. Tolle propose une mythologie de supermarché, à consommer directement, sa psychologie est du kitch. Elles se croient être dans l’ère du verseau et croient initier en disant qu’on peut toucher à l’esprit après quelques pages lues, après 3 stages, 2 lectures. Les expériences et mes rencontres avec les personnes appliquant la mythologie Tolle sont, dans la très grande majorité, peu satisfaisantes. Réduit à leur théorie, la rencontre avec moi est lévitée étant donné que je suis dans l’égo et que je viens leur prendre leur énergie avec mon méchant mental. Quand il s’agit de vivre dans les conflits, dans les désaccords, la rencontre, il n’y a presque plus personne. La plupart sont devenus le masque de leur adversaire. Le succès de Tolle (comme celui d’Onfray) est vu comme nécessairement un signe de pertinence alors que tout ce qui brille n’est pas d’or.
Ils n’ont pas encore épousé leurs ombres comme Daniel a épousé les lions et St-Michel le Dragon … Oh diantre quelques rimes avec des figures de la tradition « passée », l’inquisition n’est pas loin : on parle du passé, on est malade, on est dans l’égo … chut, on va encore se faire taper sur les doigts, … !

3ème entracte :

Quant à la vérité, je détiens effectivement des vérités qui me portent et me transportent tout en étant pas le seul;-). Je suis plein d’ombres, c’est ma destinée d’être psychiquement hémophile alors plutôt que de les cacher, de m’emprisonner dans une identité, je les livre et ça délivre de quoi écrire des livres ! Alors, j’ai des jugements, je ne suis pas humble, j’ai plein de défauts, … aucun souci à le dire et à les assumer parce que je sais que même si je les ai, quelque chose de grand vit en moi et ne s’identifie pas à cela. Je suis petit, bassement humain. J’épouse mon passé, mes démons, mes monstres, mes fantômes, mes passions, mes rêves, mon égo, le monde, l’altérité, l’arbre. En appliquant la mythologie de Tolle, en voulant « être présent », je ne rencontrais pas, je m’enfermais dans une mentalisation auto-suggérée, je n’étais pas là, je n’étais plus là, dans la Vie. Je m’enfermais dans un conditionnement mental profondément dissociant de moi-même. L’accompagnent de Tolle ne me menait pas à une décompensation (ce qui est un cas extrême) mais à une profonde déconnexion avec le monde, une enfoncée dans l’autisme. Cela m’incitant à se couper du vivant qui est mouvement, au-delà de ce pouvoir qui est rigidifiant et figeant. En sachant ce qui est bon et bien pour moi, je me sentais coupable si je n’étais pas conforme aux propos du maître. Coupable parce que je n’ai pas été intègre avec des parts de moi bien vivantes et demandant de l’attention et de la bienveillance.

14° La désidentification

Le travail spirituel est celui de la désidentification. Mais ni une technique, ni un pouvoir ne la donne. C’est un processus où le « je » a une place sans avoir tous les pouvoirs.
Avec mes démons, avec toute ma vie, avec ces épousailles, ces noces, je creuse de l’espace en moi et là l’esprit vient, là le Cristos, la pierre de sagesse peut naître et apparaître en même temps.
Avec mes démons et mes ombres, je jongle, joue avec elles, je n’ai plus peur. Mon dragon, mon nounours dragon apparaît dans leur Caverne comme un énorme dragon mais qui est bien le leur. Là où ils m’insultent, voient le mal et la pathologie sur un grand mur, support de projection telle la caverne de Platon, je joue avec mes ombres et les leurs s’agitent.

15° Autre postulat psychologique de Tolle « la conscience ne meurt pas avec la forme » – rejet de l’incarnation ?

Les études de psychologie analytique de C.G Jung, la psychologie archétypique de James Hillman et l’antrophosophie de R.Steiner vont y répondre. Alors je ne suis pas dans la croyance mais bien dans des exactitudes Le moi habite le corps et il meurt bien pendant la mort : le corps comme le moi : le corps est animé, il n’y a plus personne pour dire « je ». Désolé mais le moi, l’égo est incarné, on est dans de la viande et quand elle meurt, le moi meurt avec elle. Il est profondément relié à elle. Steiner montre qu’on est minéral (os, structure minéral du sang et des cellules, …), végétal (système végétatif), animal (colonne vertébrale des reptiles, ailes des oiseaux par les omoplates, queue (coccyx) qu’on a en commun avec les singes. Notre seule différence est la conscience de dire « Je » qui est dans le moi. La mythologie de Tolle écarte ici une réalité : la mort de la conscience et confond à nouveau l’âme, l’esprit avec le moi.
On ne fait pas de la science, de la psychologie à partir de la spiritualité qu’on soit catholique ou fan de Tolle : l’épistémologie a être respectée pour que la lecture soit honnête.

4 ème entracte :

L’initié des traditions est un aveugle qui voit : il perçoit l’essentiel sans en voir l’essence mystérieuse. Il a donc un fragment de vérité, vous avez raison, et même temps, il est partiellement aveuglé. C’est pour cela que le borgne est le roi aux pays des aveugles. Il a une lucidité que le non-initié n’a pas. Lui ne discerne rien du tout. Il croit tout avoir vu et percé. C’est l’aveugle. Il confond la possibilité d’un contact avec l’esprit (on y est égaux) avec le fait d’être consciemment initié à recevoir ce toucher, à créer l’espace en soi pour accueillir l’esprit (on y est inégaux). En bref, c’est pas parce qu’on a une main qu’on a l’espace dans la main pour l’accueillir le fragment. Certains portent des seaux de certitudes ou d’autres, encore, ont leurs mains bouchant leurs oreilles et se disent « pas écouter la tristesse, la voix de la colère, le chant de la panique, c’est l’égo » et ne sont pas disponibles pour accueillir l’esprit.
Ce monde n’est en rien égalitaire mais strictement nuancé et profondément inégalitaire sur le plan de l’esprit. En même temps, sur le plan de l’âme, on est égaux : on naît tous, on a tous une mère et un père, on va tous mourir. Pas sur le plan de l’esprit. Ce n’est pas parce que je joue du Mozart et que je joue 20 ans du piano que je vais devenir Mozart. L’esprit individue et discrimine à outrance et fait naître le Soi qui s’incarne en partie dans le moi, l’égo qui est capital pour appuyer et soutenir le soi dans l’incarnation, nous l’avons vu. Ce moi a un génie bien spécifique que les grecs appelaient daimon. Il s’agit de le (re)trouver parce qu’il est le gardien d’une graine plantée dans le passé (on y retourne donc, on retourne à la source) et cette graine, l’akène contient l’arbre, la vocation, le caractère qui est le destin pour Héraclite. Ce que je suis, voilà mon devenir et il va être différent de tous les autres. Je ne peux pas y échapper. C’est pour cela qu’une technique ne donne pas accès à Soi parce qu’on l’applique de manière égalitaire et générale alors qu’il s’agit de trouver ce qui nous est spécifique et de le nourrir. La conscience va aider à le percevoir. C’est tout. Le présent, on y passe. C’est ce que le Christ gnostique dit : « Voyez vigilant, présent en passant ». Le présent est une étape. Il n’est pas un but. Ce qui compte, ce n’est donc pas strictement le présent, ce sont les 3 temps reliés qui donnent accès, si l’esprit le veut bien – parce qu’on ne le contrôle pas surtout pas avec le pouvoir d’être présent – à une sphère qui les réunit et les dépasse et qui n’est pas le présent

Ouvrir la main, la vider pour ramasser le fragment demande tout un chemin, une alchimie parce que la personne ne comprend pas que ses seaux de certitudes sont le fragment. Elle veut prendre quelque chose par terre qu’elle porte déjà. Elle va alors vouloir lâcher les seaux pour le prendre comme on veut lâcher ses pensées pour être présent. Les seaux et la merde qui s’y trouvent, on les alchimise et les transmute et cela demande d’être initié donc d’être guidé par des gens qui sont déjà passés par là. C’est un acte d’humilité parce que reconnaissant qu’il est petit et qu’il a besoin d’apprendre. Le gars qui croit qu’il a de la sagesse parce qu’il applique quelques protocoles tirés d’un bouquin et qui nous dit « je n’ai rien à apprendre de personne, j’ai mon fragment, comme tout le monde, j’y ai droit, mon opinion, c’est la vérité ». Le pire est alors que la spiritualité devient consommable. Tout le monde y a droit et l’esprit est revendiquée comme tel « j’ai mon fragment, j’ai droit à en avoir un d’ailleurs, j’en ai un, le voici, le voilà ». Alors que personne ne se donne le devoir de suivre l’esprit, d’en faire le maître de sa vie. Ce sont les gens qui vont voir Tintin au cinéma, qui regardent les héros de leurs séries qu’ils applaudissent et qui demain vont agir exactement comme Rastapopoulos alors que quelqu’un se fait agresser en rue : l’indifférence et l’intérêt personnel. Ou encore tous ces gens qui se disent spirituels, qui lisent de beaux bouquins, qui disent cheminer et qui traitent leur enfant comme le dernier des rats ou encore qui disent aimer le « monde entier, Peace and love » et ne savent pas discerner les critiques de celui qui les pose et qui refuse d’apprivoiser, rencontrer et échanger avec lui tout en se donnant bonne conscience pour bien dormir.
Sur les espaces où Tolle est le sujet central, mes critiques sont volontairement agressives et acides (tout en étant raisonnées) pour m’aider à constater qui voit au-delà, qui y voit l’essentiel, les besoins profonds et tente de me rencontrer. Je ne base pas, en effet, sur ce que disent les gens, leurs belles phrases mais ce qu’ils font et comment ils sont dans une relation. Pour cela, je dissous, avec acidité, les masques, je cherche l’âme et l’esprit. C’est une approche bien agressive et rusée, digne du renard comme dans le petit Prince pour apprivoiser autrui. Les gens qui voient avec le coeur verront l’essentiel et ne s’attarderont pas sur la forme de mes critiques, ils verront au-delà et n’écriront pas un énième remake de mes pathologies. En bref qui a un regard spirituel. Cela dans le but d’échanger avec ceux qui ne prennent pas tout ce que je dis contre eux et pour eux. Je ne suis pas ici un guide, un thérapeute dans le sens que je ne suis pas ici pour prendre soin des gens, de leurs certitudes et de les conforter dans leurs croyances en même temps, cela ne veut pas dire que je ne vous respecte pas, vous, votre chemin et son mystère. Mais je ne prétends pas aimer tout le monde dans mes discours et lyncher en actes publiquement quelqu’un parce qu’il ne se conforme pas à l’idée que j’ai de lui. Je ne suis pas ici pour être malveillant, je respecte les chemins de chacun. Je recherche simplement à discerner qui est dans l’échange vrai, authentique et réciproque. Je m’en donne les moyens. Je cherche à échanger avec des gens qui ont une qualité d’esprit. Les mecs et les nanas qui parlent « beau temps, pognon, mode, cancans, foot » m’ennuient profondément parce que ça ne me nourrit pas. Comme ceux qui, au contraire, parlent « philo, amour, esprit, etc » sans être cohérents en actes ne me nourrissent pas non plus.
Cette approche m’a fait rencontré quelques personnes de qualité sur Facebook que j’ai ensuite rencontrées en vrai. Je me fiche du succès, je suis pas dans la recherche de la quantité, ni dans une quête narcissique de plaire ou d’être aimé, je suis dans une recherche de qualité. Je suis conscient de l’humain trop humain qui excelle en médiocrité et ne m’étonne pas du manque d’esprit surtout de ceux et celles qui prétendent être sur ce chemin. Ils ne voient même pas que le conflit a quelque chose de profondément spirituel et est une opportunité pour se rencontrer. Je provoque les conflits pour amorcer une rencontre. C’est une manière agressive d’entrer en relation. Il y en a bien d’autres et je peux faire appel à elle dans d’autres circonstances. Je ne suis ici non plus en victime, j’ai mes responsabilités, je reçois les jugements, etc, pas de soucis et je suis conscient de l’impact que j’ai.

16° Intuitions sur les prophéties de Tolle

On est bien d’accord donc qu’il fait de la science psychologique à partir d’inexact. Comme on rit aujourd’hui des catholiques qui affirmaient avec la certitude que la terre est plate, on écrira des livres et rira de Tolle en montrant que ces théories psycholigisantes fondées sur un spiritualisme font la même chose : profondément se méprendre.

17° La lévitation

Tolle et son pouvoir du moment présent est-elle une stratégie pour se protéger de la rencontre de l’angoisse et de la vie, c’est une l-évit-ation ? Peut-être et pourquoi pas. Cela peut aider un psychotique par exemple. Être présent peut l’aide à être ici et maintenant. Le souci est d’ensuite poser cet évitement, ce mécanisme de défense comme la rencontre avec l’esprit et le créateur du bonheur. Au niveau des métaphores, c’est un pansement et de la morphine. Aucun problème pour reconnaître cela et qu’il peut aider à se couper de quelque chose de trop fort, désagréable. Cela je le comprends, ça peut aider momentanément. Cependant, on est dans une société de l’évitement face à l’angoisse qui s’évite soit dans un matérialisme forcené soit dans un spiritualisme forcené new-âge. Dans le 1er, on se remplit, on s’alourdit pour finir par l’enterrer. Dans le second, on s’envole, on file sur les cimes, on l’évite. D’autres encore vont se dissoudre dans des drogues. D’autres enfin s’enflamment avec des bombes, du terrorisme et du fanatisme. Mais il n’est pas juste de dire alors que la morphine, le pansement donne un soin et permettent d’épouser l’angoisse.

18° Le présent temporal :

« La croissance n’est psychologiquement possible que si on regarde vers le passé parce qu’il est le lieu où vit l’archétype de l’enfant éternel, le Puer Aeternus, l’esprit qui a la faculté de devenir à nouveau. » C.G Jung

Le présent est un état d’arrestation psychologique auquel il s’agit de s’arracher. Il permet la conscience. Le futur est un état de projection. Il permet la vision et le contact avec la vocation. On n’est pas présent et conscient ou on a pas une vision et le contact pour la vocation pour eux-mêmes. Ce sont des moyens, non une fin. Ils sont des moyens pour incarner la fin du devenir et le passé est ses racines.

Je ne comprends pas ce choix d’associer un haut initié comme Durckheim à Tolle qui a juste une expérience spirituelle. Il y a un gouffre énorme entre les 2 hommes au niveau qualité mythologique et pertinence psychologique. Là où Durkheim initie en fonction du vivant, la mythologie de Tolle donne une technique où l’individu applique un protocole. Protocole qui n’en a que faire de son individualité dont il doit renier l’essence (qui est passée) et s’attaquer à son passé pour en faire un être nouveau et neuf. Il doit dissoudre l’individu, être le plus généralisant possible. Il va cloner son état
Christiane Singer, élève de Durckheim, explique qu’il s’agit d’arracher les certitudes, le présent pour le devenir en perpétuel mouvement. Elle et il est dans le cycle du temps et de la vie donc au-delà. La mythologie de Tolle veut nous arrêter dans un présent mental. Elle suggère que ce dernier ouvre la porte de la quiétude. Durckheim invite à un mouvement dans la vie qui est celui des saisons. Singer le retranscrit dans les « âges de la vie ». Durckheim est bien dans une voie alchimique qui est la sienne. Il s’agit de fixer non pas l’esprit mais le soufre pour le perdre. On en obtient un sel qui plait et attire l’esprit (le sel des oiseaux).

5ème entracte : « Le touriste sur le chemin spirituel et dans le développement personnel »

C’est la logique du supermarché : je prends ce qui me convient, les avantages sans les inconforts de la voie. Taire le mental est une volonté mentale. Vous pouvez vous en taper, je vois pas le contentement momentané, immédiat, présent et le refus de la frustration, de l’inconfort et de l’angoisse comme étant le bonheur. C’est pour ça que Tolle marche alors que le fond, la mythologie et la psychologie ne sont pas pertinents et exact ? Le contentement momentané et immédiat est l’adage de cette société de consommation et elle existe aussi dans le développement personnel et certaines branches du new-âge qui prétendent pourtant être « alternatifs » et hors système ? la mythologie de Tolle avec d’autres (pensée positive) ont-elles trouvé là le filon pour se remplir les poches ? Le cerveau crée l’illusion d’un bien être que le corps simule ensuite. Il ne fait pas la différence entre le suggéré, le réel et l’imaginaire. La conscience le peut. La mythologie de Tolle ne lui a pas procuré un bonheur, il a été comme un anesthésiant « ahha, je suis bien, je souffre plus, c’est bon et juste cet état » alors que la douleur véritable a été tout simplement endormie. On prend alors l’endormissement pour le bonheur. La souffrance est refoulée mais elle est encore là, inconsciente et enfermée.
Je cherche personnellement le bonheur durable et éternel. Pas l’instantané, le présent. Le présent est une étape mais pas la fin. Ce chemin alchimique a été exprimé sans être simplifié et réduit à de la consommation par Thomas d’Ansembourg dans son ouvrage « être heureux, ce n’est pas nécessairement confortable ». Ça fait bien un peu de Tolle, de ceci, de cela, on est à la mode, on se conforme à la bourgeoisie du développement personnel. D’autres s’éclatent dans des beuveries, le sexe et la drogue. D’autres dans le développement personnel. Et ils vont bien sûr se snober, « nous, , nous sommes en chemin, les autres POUAH, inconscients, matérialistes et consommateurs, on est au-dessus de ça nous, on est alternatifs, on contribue à l’évolution ».

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