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Ces Sons Inaudibles : l'Arme Infrasonique du Dr. Gavreau

En observant les effets nuisibles de vibrations infrasoniques, le Dr. Vladimir Gavreau, scientifique français spécialisé en robotique, fut amené à mettre au point des détecteurs et des armes à infrasons, ainsi que leurs parades.

C'était magistralement macabre : des fondations noires, des piliers bleus et des plafonds arc-en-ciel ; du son, du rythme et de l'espace. Des blocs d'accords ultra-chromatiques montaient des noires profondeurs comme des murs de roches tandis que d'immenses cristallisations étoilées irradiaient de parfums tonals l'espace noir, profond, rayonnant. De merveilleuses mélodies lyriques plongeaient vers les profondeurs inconnues de l'espace, y prenaient racine dans les plus basses sonorités. Transgressant les limites de performance, les puissants piliers de l'immense architecture trouvaient leur fondation sur la basso profondo d'Olivier Messiaen.
Au grand orgue de la cathédrale parisienne, le maître compositeur utilisait des tonalités à faire vibrer le sol, provoquait des sensations d'un autre monde. Il explorait les racines inaccessibles et profondes des mondes pour assembler ses cathédrales musicales : grandeur et majesté sonore, atmosphère de tons riches de l'intelligence qui fonde, fluidité de la musique et du sens.
Et pourtant, les signaux les plus fondamentaux qui imprègnent ce monde sont inaudibles. Non seulement ils échappent à notre ouïe, mais ils enveloppent notre être. Des infrasons naturels grondent sous notre expérience quotidienne. Heureusement, leur manifestation est occasionnelle et incohérente. Inaudibles pour l'homme, les infrasons se situent sous les 15 cycles par seconde : fondement de la limite humaine. Ils ne se font pas entendre, mais sentir. Dans son rugissement silencieux, l'infrason recèle un secret terrible.
L'infrason éveille des sensations physiologiques diverses qui débutent par de vagues "irritations". A une certaine hauteur, l'infrason produit une pression physique ; à de basses intensités spécifiques, il engendre la peur et la désorientation. La propagande nazie mettait en œuvre des infrasons utilisés méthodi- quement pour éveiller l'hostilité des foules rassemblées pour entendre l'aliéné qui les manipulaient. Le résultat fut des cauchemars historiques. A certaines fréquences précises, l'infrason éclate la matière ; les organismes cèdent sous le souffle. A d'autres fréquences, l'infrason frappe d'incapacité et tue. Des créatures marines utilisent cette force pour assommer et tuer leur proie.
Les notes basses qui enflent dans la cathédrale semblent pouvoir ébranler les piliers qui soutiennent les voûtes. Il est arrivé que la basso profondo de l'orgue pulvérise les vitraux en une pluie de fragments colorés. Il y avait, sous le roulement presque inaudible de ces sonorités basiques, sous ce tonnerre, une puissance terrible, dévastatrice.

UNE SOURCE D'INFRASONS : NOTRE ENVIRONNEMENT NATUREL

Les phénomènes naturels - tonnerre, tremblements de terre, éruptions volcaniques, vagues océaniques, chutes d'eau, vents, aurores boréales - sont de prodigieux générateurs d'infrasons.
Les explosions naturelles peuvent générer des effets lointains de puissance légendaire. Lors de l'explosion du Krakatoa, l'onde infrasonique fit voler en éclats des fenêtres à des centaines de kilomètres de l'origine. La terre et l'atmosphère "sonnèrent" encore des heures durant. Il semble que sous le vacarme de cette explosion volcanique, des sons incommensurablement profonds formèrent en fait l'harmonique fondamentale de l'événement. L'île de Krakatoa fut littéralement projetée en orbite par le souffle fatal.
Les analystes affirment que l'infrason est constitué d'une très large bande de fréquences. Ces tons de grande pression et durée s'entretiennent lorsqu'ils passent dans des cavités résonantes. De telles cavités sont "trouvées et détruites" lorsque l'onde de pression entre en phase avec elles. L'infrason est le géant tonal cruel qui déchire tout ce qu'il trouve sur son passage. Des études ont montré que le choc d'une explosion émet un signal infrasonique complexe bien au-delà du périmètre de destruction apparente. Bien que ces ondes de choc soient incohérentes, leur influence destructrice pulvérise des fenêtres et des murs à grande distance, plusieurs secondes après l'événement initial. Des objets de toutes natures, formes et tailles explosent lorsque l'impulsion infrasonique traverse leur espace. Il n'est pas de bouclier qui puisse arrêter l'infrason. Les physiciens ont étudié les déchets laissés par une explosion ; peu de matériaux conservent leur intégrité. Les objets qui survivent sont classés "résistance infrasonique". Le béton armé de treillis résiste assez bien au souffle infrasonique.
Certains séismes engendrent de grands déplacements verticaux de la surface du sol, quasi imperceptibles bien que pouvant atteindre, dans les cas extrêmes, quelques dizaines de centimètres à chaque pulsion. Dans ces cas, le sol agit comme une peau de tambour, martelant sa cadence infrasonique mortelle des heures avant l'événement. Le sol ondule jusqu'à atteindre la limite élastique et se brise sous l'effort. Ces vibrations séismiques extrêmement basses sont vivement ressenties par les animaux et les humains sensibles.
En effet, autant que les structures, les organismes subissent les pressions des chocs infrasoniques. Cela donne l'impression que le corps est aplati ; comme si l'on était heurté par un mur invisible auquel il est impossible d'échapper. Le phénomène désagréable s'accompagne de peur, d'angoisse, de tension émotionnelle extrême et d'incapacité mentale. De nombreux humains, parmi ceux qui ont été exposés aux infrasons issus de séismes, se sont plaints de nausées annonciatrices ; une sensation très forte qui les a laissés sans défense.
Les vagues océaniques qui martèlent l'atmosphère produisent une énergie acoustique d'une fréquence moyenne de 16 cycles par seconde. Il existe une bibliographie bien documentée des phénomènes acoustiques étranges dits : "canons de Barisal", "canons de brume" et "canons de lacs". Certains de ces sons tonitruants se produisent de façon aléatoire, mais d'autres sont périodiques. On a essayé d'élaborer des théorie mécanistes fondées sur les combinaisons de dimensions des baies, de hauteurs des vagues, de nature géologique des rives pour tenter d'expliquer la génération de ces sons mystérieux dans certains environnements. Ces déflagrations sont de nature infrasonique, elles ont fait vibrer des fenêtres et secoué des petites villes.
Cependant, de soudaines et mystérieuses variations barométriques indiquent que la production d'infrasons trouve sa source bien au-delà des couches souterraines ou des masses d'eau. Les explosions solaires et les pulsations des vents solaires produisent des battements infrasoniques dans l'atmosphère. Des observateurs ont noté des bruits aériens de tremblements de terre. Caractéristique remarquable des infrasons : il est impossible d'en localiser exactement la source. Les grésillements aigus des aurores boréales s'accompagnent de battements profonds et menaçants. Ces ondes de chocs ne sont pas audibles, mais très nettement ressenties.
Les infrasons se déplacent sans altérations aux travers des vents et tempêtes, mais ceux-ci peuvent également engendrer des infrasons. Les rotations harmoniques puissantes des tempêtes déchirent l'atmosphère, émettant des séries radiales d'infrasons cycloniques. La sensation d'angoisse annonciatrice d'un ouragan est provoquée par une émission d'infrasons et ceux-ci rendent malades certaines personnes à l'approche des vents et phénomènes climatiques saisonniers. Les symptômes en sont l'angoisse, la dépression, la tension émotionnelle, l'irritabilité, une propension aux accidents, la nausée et la diarrhée.
Les infrasons parcourent de longues distance pratiquement sans atténuation. Leur pression demeure donc aussi forte au loin que près de leur source. Il n'est pas nécessaire que les infrasons aient une grande puissance acoustique pour qu'ils provoquent des symptômes physiologiques et psychologiques extrêmes.

NOS MOYENS DE TRANSPORT ÉMETTENT À NOTRE INSU DE DANGEREUX INFRASONS

Des constructions humaines en vibration favorisent la génération de dangereux infrasons. Le châssis d'une voiture qui prend un virage à 100 km/h produit une brusque émission d'infrasons. Le mal des transports est en relation avec l'immersion prolongée dans les infrasons dus à la vibration du châssis. Les voitures, les autobus, les trains, les motos et les avions à réaction, sont tous susceptibles d'émettre des infrasons d'intensité nocive. Chaque mode de transport possède sa fréquence infrasonique propre, résultat inévitable des frictions mécaniques et des résistances inertielles.
Il est très difficile d'enregistrer et de reproduire, à fin d'étude et d'analyse, les sons extrêmement bas. L'expérimentation doit se faire sur les lieux de leur production. Des systèmes d'émission de sons grands comme des théâtres ne parviennent pas à générer complètement toutes les sensations produites par les infrasons naturels. Mais on connaît des cas où des auditoires se sont trouvés en très grand malaise à cause de l'émission involontaire d'infrasons dans un théâtre.
Il est de première importance d'évaluer la résistance humaine aux infrasons. La médecine militaire s'est trouvée depuis longtemps devant la nécessité d'étudier les effets des vibrations mécaniques sur le jugement et le comportement des hommes. Chez les pilotes de jets ou d'engins spatiaux, la moindre erreur de jugement due aux infrasons peut entraîner des catastrophes. Et, de fait, des erreurs et imprécisions critiques se sont parfois produites. Les corps des pilotes sont littéralement saturés par les puissantes vibrations infrasoniques des châssis de jets. Si cette saturation se prolonge, les réflexes des pilotes s'en trouvent dangereusement réduits. Tenant compte de ce fait, afin d'éviter de mettre en danger le pilote et de compromettre la mission, les procédures militaires imposent des limites aux temps de vol. Les troubles affectent la vision, la parole, l'intelligence, l'orientation, l'équilibre, la capacité d'analyse des situations et de prise de décision adéquate.

ARMES PSYCHOTRONIQUES

La guerre froide faisait rage. Seuls les Etats-Unis possédaient le redoutable secret. L'arme la plus terrible jamais mise au point était la propriété privée d'un seul gouvernement. La simple existence de la bombe atomique était une menace pour les nations dont les motivations n'étaient pas entièrement altruistes. Pour plusieurs pays impérialistes agressifs et motivés, il était primordial d'acquérir la bombe. Certaines nations ne l'obtinrent qu'en la volant. Lorsque finalement les officiers scientifiques de Staline mirent au point un double de la bombe A américaine, toutes les autres nations européennes éprouvèrent soudain l'urgence d'en créer une semblable ou meilleure. Lorsque l'on cherche à défendre ses frontières, on ne mesure pas les conséquences de la divulgation des armes dévastatrices. Les armements sont, par nature, destinés à tuer ; mais y a-t-il une différence morale entre les armes de défense et les armes d'attaque ?
Avant cette prolifération atomique, les nations en conflit concentrèrent leurs recherches sur des armements bizarres mais tout aussi meurtriers pour défendre leurs frontières. On assista au développement rapide de variations et combinaisons d'armes à base de gaz, d'agents pathogènes et d'engins à radiations. Les équipes de recherche de Staline envisagèrent la puissance psychique comme moyen possible de détruire un ennemi. La guerre psychotronique fut mise au point par plusieurs groupes, privés et nationaux, avec un certain succès. Des informations concernant certaines armes psychotroniques simples ont été obtenues grâce à la perméabilité croissante du régime soviétique.
En fait, le degré de sécurité des frontières s'est avérée inversement proportionnel à l'importance de l'armement. Tandis que les superpuissances orientaient leurs programmes de développement vers des armes nucléaires de destruction massive, d'autres se concentraient sur des armes conventionnelles plus pratiques qui répondaient aux besoins immédiats d'une guerre tactique sur des champs d'action limités.
Tout en mettant au point sa propre arme atomique, la France chercha, dans tous les domaines technologiques, des armes de défense tactiques. Des armes à portée limitée étaient mieux adaptées pour faire face à une attaque conventionnelle aux frontières. Mais on chercha aussi d'autres systèmes qui, bien que non nucléaires, puissent être tout aussi imparables. A l'instar du grand chevalier franc Charles Martel, repoussant les impitoyables envahisseurs venus de l'Est, un nouveau "Marteau" serait mis au point pour défendre la France contre d'éventuels nouveaux envahisseurs. De même que Charles Martel était sortit de l'ombre, cet étrange nouveau "Marteau" allait naître dans une égale obscurité.

COMMENT LE Dr GAVREAU PASSE DE LA ROBOTIQUE AUX INFRASONS

L'objet central de la recherche du Dr. V.Gavreau était la robotique, les automates télécommandés. A cette fin il rassembla, en 1957, un groupe de scientifiques aux Laboratoires Electroacoustiques de Marseille. L'équipe, qui comprenait Marcel Miane, Henri Saul et Raymond Comdat, développa avec succès une grande variété d'engins robots destinés à des usages tant civils que militaires. Au cours de ces activités, le Dr. Gavreau et son équipe firent une surprenante observation qui, non seulement interrompit leurs travaux, mais devint leur principal thème de recherche. Tout le groupe, qui travaillait dans un grand bâtiment en béton, éprouva périodiquement d'inexplicables nausées, souvent plusieurs jours, voire, semaines d'affilée. Des inspecteurs industriels convoqués sur place furent eux-mêmes victimes de ces malaises. On pensa qu'ils étaient dus à un phénomène pathogène, une sorte de "maladie du bâtiment". Aucun agent biologique de ce type ne fut détecté, mais les malaises continuèrent. Comme leur programme de recherche s'en trouva perturbé, l'équipe demanda un examen complet des lieux.
Les experts découvrirent que les mystérieuses nausées cessaient lorsqu'on fermait certaines fenêtres du laboratoire. Ils en conclurent qu'une quelconque émission de "gaz chimique" se produisait et entreprirent une fouille approfondie. Aucune émanation toxique ne fut détectée par aucun moyen technique, mais les ingénieurs purent finalement circonscrire l'origine du problème à un ventilateur électrique incorrectement installé. Ils pensèrent d'abord que le moteur émettait des fumées toxiques, des vapeurs d'huile ou de lubrifiant, mais rien de ce genre ne fut trouvé. Finalement ils découvrirent que ce moteur, à rotation lente, mal fixé à ses supports dans une gaine d'aération de plusieurs étages de haut, produisait des vibrations "écœurantes". Pour le Dr. Gavreau et ses associés, le mystère s'épaissit encore lorsqu'ils tentèrent de mesurer l'intensité et la fréquence de ces vibrations. Ne parvenant pas à obtenir la moindre lecture acoustique, ils se mirent à douter des conclusions des experts. Et cependant, la fermeture des fenêtres mettait fin à la sensation de nausée.
Dans un trait de raisonnement scientifique lumineux, Gavreau et son équipe comprirent qu'ils avaient affaire à un son tellement bas qu'aucun détecteur microphonique courant ne pouvait le mesurer. Cette recherche leur coûta cher, ils leur fut impossible de la poursuivre pendant de longues périodes. En fait, en cherchant à mesurer exactement la source du son, ils y furent tous directement exposés et en furent très malades pendant des heures. Lorsque, finalement, ils parvinrent à obtenir des mesures, ils trouvèrent une fréquence fondamentale de sept cycles par seconde. En outre, la fréquence infrasonique était de faible intensité. Il devint évident que le moteur, en vibrant lentement, induisait une résonance infrasonique dans la longue cheminée en béton. Le moteur branlant fonctionnait comme l'anche d'un énorme tuyau d'orgue aux sons écœurants. Jouxtant l'ensemble de la structure en béton de l'immeuble, une enceinte industrielle caverneuse, la colonne d'air en vibration recevait une amplification infrasonique surprenante.
La compréhension de cette configuration expliquait aussi pourquoi la fermeture de certaines fenêtres atténuait les effets de malaises. Ces ouvertures modifiaient le profil acoustique de l'immeuble et permettaient d'opérer un changement de fréquence et d'intensité. Depuis cette découverte, on a pu observer les effets nocifs d'émissions infrasoniques dans d'autres immeubles de bureaux ou industriels. Les malaises résultants de l'exposition à des sources d'infrasons naturels ou d'origine humaine sont aujourd'hui bien connus. La recherche et l'élimination de cavités résonantes fait maintenant partie des procédures architecturales de routine. De tels défauts apparaissent encore dans certains bâtiments anciens, construits avant que le phénomène soit connu ; ils sont alors corrigés par l'apport de matériaux absorbants acoustiques.

PREMIÈRES EXPÉRIENCES DANS LA RECHERCHE MILITAIRE

Le Dr. Gavreau et son groupe se mirent à examiner prudemment les effets de leur "orgue à infrasons" à diverses intensités et fréquences. En modifiant la tension des supports élastiques du moteur du ventilateur, il était possible de faire varier la fréquence. Des résonances infrasoniques diverses furent produites dans tout l'immeuble. La fermeture des fenêtres stoppait la plupart des symptômes, mais en les ouvrant un tant soit peu, même avec une source très faible, les effets de nausée atteignaient à nouveau l'équipe.
Dans le domaine de la recherche militaire, Gavreau soupçonna qu'il avait trouvé, dans les infrasons, une arme nouvelle et jusqu'ici inconnue. Songeant aux explosifs naturels qui généraient les infrasons, Gavreau spécula sur leur application comme moyen de défense. Les effets explosifs des infrasons naturels dans les coups de tonnerre permettaient d'entrevoir ce que pouvait produire une "machine à coups de tonnerre artificiels" ; mais comment générer des coups de tonnerre dans un système compact ? Ces réflexions stimulèrent un débat théorique sur la possibilité de produire des infrasons cohérents ; une sorte de "laser à infrason". Les premiers mécanismes que Gavreau mit au point cherchaient à imiter "l'accident" qui avait été à l'origine de la découverte. L'équipe conçut de véritables tuyaux d'orgue de sections et de longueurs énormes, le premier d'entre eux ayant 1m83 de diamètre et 22m88 de longueur. On construisit deux types de tuyaux d'orgue infrasonique : le premier utilisait un piston qui pulsait le son produit par le tube, le second, plus conventionnel, fonctionnait à l'air comprimé. Ces machines furent essayées à l'extérieur, solidement appuyées contre des murs de protection absorbants, tandis que les expérimentateurs se tenaient à grande distance.
La principale fréquence résonante de ces tuyaux s'avéra se situer dans la "gamme mortelle", entre trois et sept cycles par seconde. Ces sons ne pouvaient être perçus par l'oreille humaine, un gros avantage pour un système de défense, mais ils étaient très nettement ressentis. Quand bien même les tuyaux ne furent essayés que pendant quelques secondes, chez les chercheurs, les malaises apparurent rapidement et de façon inattendue. Les ondes de pression heurtaient le corps entier dans une étreinte terrible et inévitable ; une pression qui survenait de tous les côtés à la fois, une enveloppe de mort. Ensuite survenait la douleur, une sourde pression sur les yeux et les oreilles. Enfin, un effet terrifiant se produisit sur le support matériel du mécanisme lui-même. Lorsque le fonctionnement des tuyaux fut un peu prolongé, un grondement secoua la zone entière, menaçant de détruire le bâtiment ; il y eut des mouvements dans les piliers et les joints de la structure massive. Un des techniciens parvint à surmonter suffisamment la douleur pour couper l'alimentation du système.
Ces expériences avec les infrasons étaient aussi dangereuses que les premiers essais nucléaires, mais les agressions infrasoniques sur le corps sont d'autant plus redoutables qu'elles viennent dans un silence total. Après ces essais préliminaires, Gavreau et ses associés furent sérieusement malades. Ils eurent des troubles de la vision pendant plusieurs jours et leurs organes internes furent atteints : le cœur, les poumons, l'estomac et les cavités intestinales furent envahis par des spasmes douloureux. Ils eurent des convulsions musculaires, des entorses et des larmes. Toutes les cavités résonantes du corps avaient absorbé l'énergie acoustique destructrice et auraient été déchirées complètement si l'alimentation n'avait été coupée juste à temps.
L'efficacité des infrasons comme arme de défense ayant été démontrée à satiété, bien des questions restaient posées. Après cet accident effrayant, il sembla redoutable de s'approcher encore de ce matériel. Quelle puissance pouvait-on donner à un émetteur d'infrasons avant qu'il ne menace les opérateurs eux-mêmes ? Avec d'extrêmes précautions et du respect pour les forces avec lesquelles il travaillait, Gavreau recalcula tous les paramètres de son projet. Il avait complètement sous-estimé la puissance produite par les tuyaux ; au fait, il avait volontairement réduit le chiffre estimé du rendement afin de s'assurer une lecture significative. Jamais n'aurait-il imaginé que les paramètres, dans le domaine des infrasons, étaient beaucoup trop forts ! La seule façon d'établir les rapports entre l'énergie infrasonique et ses effets biologiques et matériels était d'obtenir et d'analyser une collecte de données empiriques. Pour cela, on refit des essais avec des modèles réduits tant au niveau de leur taille, les grandes dimensions des premiers étant inacceptables, que de leur rendement. Pour s'assurer le contrôle parfait des pulsations dangereuses, on mit au point plusieurs dispositifs de sauvegarde par coupure automatique. Ceux-ci réagissait à l'onde infrasonique rayonnante. Des interrupteurs barométriques limitaient automatiquement l'intensité.
Dans le but de produire des générateurs compactes et contrôlables, Gavreau conçut et essaya des cors et sifflets de diverses tailles. Ces cavités résonantes remarquablement simples étaient plates, circulaires et possédaient un conduit d'émission latéral. C'était simplement les répliques de cornes de brume et de sifflets de police. Les "cornes de brume" infrasoniques produisaient une redoutable énergie de deux kilowatts à une fréquence de 150 cycles/seconde. Il fut plus aisé d'obtenir les spécifications requises avec les "sifflets de police" plats. Leurs caractéristiques générales étaient faciles à déterminer, une formule mathématique ayant été élaborée à cet effet. La fréquence de résonance se déduisait du quotient de la constante numérique 51 par le diamètre du sifflet. L'accroissement de la profondeur correspondait à une augmentation de l'amplitude. Un appareil d'un diamètre de 1m30 donnait une fréquence infrasonique de 37 cycles/seconde. Celui-ci, bien que l'intensité n'excéda pas deux watts, secoua violemment tout le complexe de laboratoires.

LES RECHERCHES DE TESLA ET LES TESTS MÉDICAUS DES MILITAIRES

Il ne faut guère d'amplitude aux infrasons pour qu'ils produisent des malaises physiques. Plusieurs chercheurs se sont accidentellement fait du tort en ayant réussi, intentionnellement ou par inadvertance, à produire des vibrations infrasoniques. Le Dr. Nikola Tesla utilisait des plateaux vibrants pour favoriser la vitalité. Il aimait "tonifier le corps" avec des plates-formes de son invention. Ces plateaux étaient montés sur des blocs en caoutchouc et mis en vibration simplement par des roues excentriques motorisées. Utilisés modérément pendant une minute, ils étaient agréablement stimulants et redonnait au corps du tonus pour plusieurs heures. Par contre, leur usage excessif pouvait rendre gravement malade et s'avérait particulièrement dangereux pour le cœur. Le corps entier "résonnait" pendant des heures, avec une fréquence cardiaque et une tension artérielle augmentées. Ces effets pouvait être mortels.
Il y eut un cas historique où Samuel Clemens, un proche ami de Tesla, refusa, malgré les avertissements répétés, de quitter le plateau vibrant. Tesla regretta de lui en avoir laissé l'accès, mais sa vigilance fut distraite par le bruit du plateau et les exclamations jubilatoires de Clemens. Quelque secondes de plus et Clemens aurait souillé son costume blanc ; les effets des infrasons avaient été mis en évidence. Tesla se donna beaucoup de mal à décrire les effets des infrasons à des journalistes mais, derrière son dos, ceux-ci se gaussaient de ses affirmations ; comment un "petit bruit" pouvait-il être dévastateur ? Néanmoins, c'est précisément avec un tel "petit bruit" que Tesla faillit bien détruire son laboratoire de la Houston Street. Ses générateurs infrasoniques compactes étaient terriblement efficaces. Plus tard, Tesla inventa et essaya des armes à pulsions infrasoniques capables de ruiner, sur commande, des bâtiments et des villes entières.
Un jour, Walt Disney et ses dessinateurs devinrent sérieusement malades lorsqu'un effet sonore, destiné à une scène de dessin animé, fut ralenti sur un magnétophone et amplifié par la sonorisation d'une salle de spectacle. Le son d'origine était celui d'un fer à soudé dont le grésillement à 60 cycles/seconde fut diminué cinq fois pour atteindre 12 cycles. Ce son provoqua, dans l'équipe, des nausées qui perdurèrent plusieurs jours. La physiologie semble se trouver paralysée par les infrasons. Ceux-ci provoquent des perturbations de l'oreille interne, détruisant l'équilibre organique et immobilisant la victime. Cela s'apparente à un mal de mer violent et prolongé. Le retour à une vitalité normale nécessite des heures, voire, des jours. Les infrasons de faible intensité rendent malade, mais les intensités fortes causent la mort.

Les experts médicaux militaires ont enregistré avec précision les réactions inquiétantes à des infrasons situés dans la gamme des 40 à 100 cycles et les résultats font réfléchir. Tandis que les fréquences diminuent, les symptômes mortels augmentent. L'augmentation du rythme cardiaque, le pouls montant à 40% au-dessus de son état de repos, constitue le signal précurseur d'autres états orientés vers la mort. A 100 cycles/seconde on constate une légère nausée, un étourdissement, des rougeurs de peau et des fourmillements. Apparaissent ensuite : vertige, angoisse, extrême fatigue, constriction de la gorge et difficultés respiratoires. Entre 73 et 60 cycles surviennent la toux, forte pression du sternum, étouffement, salivation excessive, déglutition douloureuse, respiration bloquée, mal à la tête et à l'abdomen. La fatigue résiduelle après exposition est importante. Certains sujets continuent à tousser pendant une demi-heure, d'autres ont encore des rougeurs de peau quatre heures après. L'acuité visuelle se trouve affectée par toute exposition entre 73 et 43 cycles/seconde. L'intelligibilité descend à 77% de la normale ; l'orientation spatiale est complètement perturbée ; la coordination musculaire et l'équilibre deviennent incertains. L'absence de dextérité manuelle et une verbalisation brouillée suivie d'incohérence totale précèdent la perte de connaissance.
Les découvertes du Dr. Gavreau dans la gamme infrasonique inférieure à 10 cycles sont vraiment affreuses. La fréquence mortelle se situe autour des sept cycles/seconde. Dans cette fréquence, de faibles augmentations d'amplitude suffisent à modifier le comportement humain. L'activité intellectuelle est d'abord inhibée, puis bloquée et détruite. Lorsque l'amplitude augmente, des réactions déconcertantes se produisent. Cela commence par un désordre neurologique total ; l'action du bulbe rachidien se trouve bloquée et ses fonctions autonomes stoppées.

MISE AU POINT D'UNE ARME, NÉCÉSSITÉ DE S'EN PROTÉGER

Les autorités françaises publièrent des avis selon lesquels le Dr. Gavreau ne travaillait pas dans le domaine des armements. Cependant un certain nombre de brevets trahissent l'écran de fumée assez évident que constituent ces affirmations. Bien qu'il soit impossible de récupérer les brevets des générateurs à infrasons, Gavreau est réputé avoir largement développé une "armure anti-infrasons". Pourquoi y aurait-il consacré tant de temps et d'argent si non pour un programme de contre-armement ?
Bien entendu, l'usage d'armement infrasonique implique la mise au point et l'installation de boucliers contre cette arme. Gavreau consacra plus de temps à concevoir ces boucliers qu'à développer des cornes à infrasons efficaces. Dés le début de ses recherches, il avait compris que les infrasons ne pouvaient être stoppés efficacement ; les machines à infrasons requièrent d'énormes baffles. D'autre part, personne n'oserait déclencher un barrage infrasonique contre un envahisseur sans une protection adéquate. Les cornes à infrasons peuvent émettre dans des directions déterminées, mais l'environnement naturel laisse "fuir" des sons dans toutes les directions. Les infrasons saturent leurs générateurs, inondant la source qui devient perméable en quelques secondes. Les ondes mortelles reviennent vers ceux qui les ont émises. Les infrasons "collent" au sol et s'étendent autour de leur émetteur. Malheureusement, ceux qui prétendraient déclencher l'énergie infrasonique seraient massacrés par leur propre action.
La première méthode que Gavreau essaya impliquait la conversion des émissions vers des fréquences successives plus élevées, jusqu'à ce que les infrasons soient "perdus". Il réalisa cela par une technique passive "structurelle" : une séries d'énormes baffles juxtaposés en boites à résonance. Cette forme est "passive" puisqu'elle est simplement érigée en attente d'une agression infrasonique qu'elle convertit en sons audibles sans danger. Sa seconde méthode était plus agressive, car elle consistait à rencontrer et neutraliser une agression infrasonique. Elle fait appel à un principe physique bien connu : déterminer la fréquence de l'onde d'attaque et émettre sur la même fréquence, mais à contre-phase. Les attaques sont, si non neutralisées, à tout le moins réduites à un niveau beaucoup plus faible. Cela exige des systèmes de détection et de riposte extrêmement rapides. La méthode de neutralisation active n'est pas totalement précise et loin d'être complètement protectrice. Une source infrasonique mobile et fortement modulée serait quasi impossible à neutraliser avec succès sans recours à un dispositif électronique extrêmement sophistiqué.
Mais Gavreau imagina un système simple et élégant, qui n'impliquerait pas que le défenseur s'expose à ses propres émissions infrasoniques. Gavreau et son équipe avaient été tellement obnubilés par des notions apparentées à l'artillerie classique qu'ils en avaient momentanément oublié leur premier domaine de recherche : la robotique !

ARMEMENT INFRASONIQUE ROBOTISÉ

Rappelons que le Dr. Gavreau et son équipe de pionniers s'occupaient de robotique et étudiaient des automates civils et militaires. Quelle difficulté y aurait-il à associer son nouvel armement à des robots ?
Gavreau réalisa un combiné de tuyau d'orgue et de sifflet et logea l'appareil dans un bloc de béton de moins d'un mètre cube. Le sifflet proprement dit était à l'intérieur ; plusieurs tuyaux de résonance prolongeaient son pavillon évasé ; l'appareil fonctionnait à l'air fortement comprimé et son émission était effrayante. Dans un conflit conventionnel cela pouvait anéantir un agresseur. Une expérience fut conduite où ce sifflet à infrasons fut scellé dans un socle en béton de 400 kg avec, en plus, un baffle du même matériau couvrant ses extrémités protubérantes. Malgré ces précautions, l'appareil parvint à secouer violemment toute une zone en éventail de la ville de Marseille ; il se désolidarisa en un instant de son support en béton et détruisit le baffle. Sinistre détail : on n'entendit même pas un bruit ! Ce modèle se montra très sélectif en fréquence, très puissant et directionnel.
Dans ce dernier projet, Gavreau et son équipe obtinrent un facteur de sécurité de grande valeur. Les armements défensifs à infrasons pouvaient désormais être orientés en sens opposé des opérateurs. Cette arme était remarquablement efficace et compacte ; sa qualité résidait dans un bon rapport entre sa puissance destructrice et son encombrement. Un modèle ultérieur de cette terreur apparut sous la forme d'un autre cube compacte. Le sifflet infrasonique était vraisemblablement noyé dedans. De la plaque frontale émergeaient 60 tubes aux pavillons évasés pointés parallèlement. Il paraît que ce seul engin, téléguidé dans un champ de tir spécialement aménagé, fit exploser sans le moindre effort de grosses casemates et des intérieurs de chars. A chacun de ces essais, on n'entendit pas un bruit. L'engin était monté sur un véhicule robot, propulsé par des moteurs diesel ou à gaz comprimé. Face à une armée, une unité aussi insignifiante serait un adversaire inattendu. Cette arme de défense terrible serait très dissuasive vis à vis d'assaillants assez téméraires pour lancer une attaque au sol. Une fois sonnée la trompe à infrasons, les armées ennemies seraient aplaties et la bataille n'aurait même pas lieu. Impossible aussi de localiser cet engin de guerre. En voyant sa taille, personne n'imaginerait le pouvoir destructeur dont il est capable ; la plupart des observateurs n'y prêteraient pas attention. Un déploiement de tels engins, produisant chacun une gamme particulière d'infrasons hautement modulés, formerait un barrage imparable. Des chars robotisés, équipés de générateurs infrasoniques, balayeraient une zone en détruisant tout adversaire dans un rayon de 8 km. Ces armes terribles pourraient aussi être montée sur des "drones" [avions téléguidés] à réaction et détruire rapidement et méthodiquement, par les airs, une armée en approche offensive.
Il serait aussi possible de parer une attaque aérienne [classique]. Des projecteurs infrasoniques pourrait balayer et fouiller le ciel avec grande précision. Les infrasons passent à travers toute matière avec une égale facilité, dénichant les agresseurs où qu'ils se trouvent. Les intensités émises dans l'environnement par les engins de Gavreau sont effrayantes.
Nous y voyons le perfectionnement de phénomènes qui, dans la nature, ne se produisent jamais avec des intensités aussi dangereuses. C'est pourquoi ces armes, si jamais on les utilisait, devraient être robotisées et téléguidées à grande distance des opérateurs. Selon les termes de Gavreau lui-même : "Il n'existe aucune protection intégrale contre les infrasons. Ils ne sont pas absorbés par les matières habituelles, les murs et les chambres ne suffisent pas à les arrêter".
Et nous voici, une fois de plus, à la croisée des chemins. Nous sommes contraints de choisir entre deux voies. Vers l'une, nous écoutons Messiaen et son message musical de paix ; vers l'autre, Gavreau et les trompettes de la guerre. Quelle sera la musique ?

Traduction André Dufour.