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Photos : à gauche, un cliché de la manifestation ; à droite,  le portrait de Stepan Bandera (1909-1959), l’un des fondateurs de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et dirigeant de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN)

Les nationalistes de Kiev montrent que

l’Ukraine suit « la voie des nazis »

 

Le défilé de milliers d’ultranationalistes ukrainiens dans le centre de Kiev jeudi soir montre que l’Ukraine est sur le chemin du nazisme, a estimé vendredi un responsable du ministère russe des Affaires étrangères.

 

« Les défilés aux flambeaux en Ukraine démontrent que le pays continue à suivre la voie des nazis ! Et tout cela au cœur de l’Europe civilisée ! », a lancé sur Twitter Konstantin Dolgov, délégué aux droits de l’Homme au ministère russe des Affaires étrangères.

 

Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés jeudi soir dans le centre de Kiev à l’appel des partis d’extrême droite Svoboda et Pravy Sektor, à l’occasion du 106e anniversaire de la naissance du chef de file des nationalistes ukrainiens, Stepan Bandera.

 

Bandera, qui fut l’un des dirigeants du mouvement antisoviétique dans les années 1930-1950, reste un personnage controversé en Ukraine : célébré comme un héros national par beaucoup, il est honni par les rebelles prorusses de l’est du pays qui, à l’instar de Moscou, le considèrent comme un collaborateur nazi.

 

M. Dolgov a également condamné l’agression d’une journaliste russe à Kiev, qui couvrait le défilé pour la chaîne pro-Kremlin LifeNews et a été conspuée par certains Ukrainiens.

 

Des participants au défilé ont saisi par la force le téléphone de la journaliste, avant de détruire la caméra de son collègue.

 

« Il semble que les participants de la marche ont dû réaliser les failles de leur opinion », a écrit le responsable russe sur Twitter. « Sinon, pourquoi attaquer des journalistes russes qui ne faisaient que leur travail ? »

 

Le Comité d’enquête russe a annoncé vendredi avoir ouvert une enquête sur cette agression.

 

Par lalibre.be – le 2 janvier 2015

 

 

 

Qui est Stepan Bandera ?

 

 

Le 22 janvier  2010, le président Viktor Yushchenko a honoré Stepan Bandera et l’a nommé à titre posthume, « Héros de l’Ukraine ». Le KGB soviétique a assassiné Bandera, un nationaliste ukrainien en exil à Munch en 1959. Beaucoup d’Ukrainiens, y compris parmi eux certains groupes d’émigrants ukrainiens au Canada, avaient fait pression sur Yushchenko pour qu’il octroie ledit honneur à Bandera, puisque ce geste « restaurerait la justice et la vérité sur le Bandera et la lutte de libération qu’il avait dirigée ». Aujourd’hui, de nombreux Ukrainiens voient en Bandera un martyr ayant combattu pour la liberté.

 

Comme leader intransigeant de l’aile terroriste et militante de l’Organisation de Nationalistes Ukrainiens (OUN), Bandera s’est converti en collaborateur des nazis qui a vécu avec ses adjoints sous la protection de l’Allemagne quand a commencé la Deuxième Guerre mondiale. Pour préparer leur attaque en Union soviétique, les nazis ont recruté les adeptes de Bandera pour agir comme policiers exigeant que l’on parle ukrainien et pour servir dans deux bataillons des volontaires ukrainiens. Bandera espérait une Ukraine libérée du gouvernement soviétique et s’il travaillait avec les nazis et il établirait son propre gouvernement. Une Ukraine indépendante lui avait été promise s’il recherchait l’amitié de l’Allemagne.

 

Parmi beaucoup d’autres, l’historien Karel Berkhoff a montré comment Bandera et ses acolytes partageaient avec les nazis une obsession : l’idée que les juifs d’Ukraine étaient derrière le communisme et l’impérialisme stalinien et devaient être détruits.

 

« Les juifs de l’Union soviétique sont les plus mortels défenseurs du régime bolchevique et forment l’avant-garde de l’impérialisme moscovite en Ukraine », déclare un pamphlet bandériste de l’époque.

 

Quand l’Allemagne a envahi l’Union soviétique en juin 1941 et a pris la capitale de la Galice de l’Est, de Lvov, les lieutenants de Bandera ont publié une déclaration d’indépendance en son nom. Ils ont promis de travailler aux côtés d’Hitler ce qu’ils ont accompli en initiant un pogrome qui a coûté la vie à 4.000 juifs de Lvov en seulement quelques jours, pour lesquels ils ont utilisé les armes allant du pistolet au bâton en fer. « Vos têtes seront jetées aux pieds de Hitler », disait un pamphlet banderiste sur les juifs ukrainiens.

 

Mais l’Allemagne voulait garder l’Ukraine pour elle-même. Ils ont arrêté Bandera à cause de son intransigeance au sujet de l’indépendance, bien que l’ayant libéré en 1944, en espérant que sa popularité auprès des Ukrainiens serait une aide pour freiner la progression soviétique. Et quelle fut leur déception avec les Allemands au sujet de leur indépendance, les partisans de Bandera n’ont jamais été en désaccord avec la politique allemande envers les juifs ce qui s’est traduit par la mise à mort d’un million et demi de juifs ukrainiens.

 

C’est là une vérité que certains, principalement dans la partie occidentale de l’Ukraine, nient. Dans son œuvre Erased (2007), Omer Bartov parle du buste de bronze de Bandera dans un parc de la ville de Drohobych, où sont morts la plupart des 15.000 juifs de la ville. Le parc occupe l’espace de l’ancien ghetto juif, mais il n’y a pas même de plaque à la mémoire des juifs massacrés. Ceci comme bien d’autres exemples disent à quel point il est nécessaire de condamner les actes d’Yushchenko.

 

Mais le reste de l’histoire, selon les documents déclassés par la CIA en 2007, témoigne de l’ironie de la reconnaissance d’Yushchenko.

 

Après la guerre, Bandera a vécu à Munich. L’intelligence britannique l’a utilisé pour infiltrer des agents en Ukraine et construire un service de renseignements qui travaillerait dans la clandestinité ukrainienne contre les Soviets. La CIA a utilisé certains des collaborateurs anciens de Bandera pour le même travail. « Bandera est, par nature, un homme politique intransigeant avec une grande ambition personnelle. Il s’est opposé à toutes les organisations d’émigrés qui favorisaient la formation d’un gouvernement représentatif de l’Ukraine au lieu d’un gouvernement de parti unique, un régime OUN/Bandera

 

Des sources ukrainiennes confirmaient que « les militants qui luttaient dans leur patrie n’étaient pas disposés à accepter Bandera comme dictateur » et que le programme de Bandera était « inacceptable pour la résistance ». En 1952, Bandera a temporairement démissionné de son poste comme leader d’OUN en arguant de « l’augmentation de l’opposition à son leadership entre les leaders nationalistes, qui s’opposaient à ses tactiques totalitaires ».

 

L’arrogance de Bandera et son insistance à diriger tous les aspects de la lutte clandestine ukrainienne tant en Ukraine qu’à l’étranger a fait que les Britanniques l’ont abandonné en 1953. Dépourvu de contacts de haut niveau, Bandera est resté isolé. Avec son autopromotion dans la presse écrite et radiophonique allemande Bandera a continué d’être populaire parmi les milliers d’exilés ukrainiens en Allemagne.

 

Son apparente popularité a fait que l’intelligence de l’Allemagne fédérale, le BND, a établi un contact en 1956. En 1959, le BND aidait Bandera à infiltrer une nouvelle génération d’agents depuis l’Allemagne en Union soviétique. Le général Reinhard Gehlen, directeur du BND, avait dirigé l’intelligence allemande en Union soviétique durant la guerre. Lui comme ses subordonnés étaient familiarisés avec le dossier de guerre de Bandera. Ce qu’ils ignoraient était que les agents soviétiques avaient « infiltré les services secrets allemands. Le 14 octobre 1959, Bandera s’était réuni avec un haut gradé pour déjeuner et pour discuter de l’étendue des opérations en Ukraine. Le lendemain, le KGB a assassiné Bandera dans son appartement.

 

L’autopromotion de sa légende et le fait d’avoir été assassiné par l’Union soviétique ont fait que beaucoup d’exilés qui ne connaissaient pas l’histoire l’ont considéré comme un martyre. 1500 personnes étaient présentes à ses obsèques à Munich. Au contraire, les renseignements des États-Unis ont considéré que ses méthodes totalitaires, sa concurrence avec d’autres groupes d’exilés faisaient que beaucoup ne regrettaient pas sa mort. Sa mort ne gênait en rien les opérations de la CIA contre l’Ukraine soviétique qui dépendaient de ces mêmes leaders en exil, bien qu’ils aient été des disciples de Bandera durant la guerre, ils avaient abandonné l’ancien chef devenu une caricature de lui-même. Ils ont poursuivi leur action sous la tutelle de la CIA jusqu’à l’effondrement de l’Union soviétique. Mais ceci est une autre histoire.

 

Il est triste pour la mémoire ukrainienne que l’homme déclaré Héros de l’Ukraine ait été à la tête d’un mouvement profondément impliqué dans l’Holocauste. Il est plus gratifiant qu’au moment de la mort de Stepan Bandera, la plupart des leaders ukrainiens avaient déjà repoussé ce charlatan dangereux qui a abîmé sa propre cause. Au moment de sa mort, Bandera s’était trouvé limité à devoir agir avec les services de renseignement les plus compromis de la Guerre froide, là où les Soviétiques pouvaient observer chacun de ses mouvements. Qualifier Bandera, de nos jours, en tant que héros est aussi stupide qu’offensant.

 

Par Norman J.W. Goda, Braman  - soutien-rebellion-donbass.blogspot.fr