Tsa

Le Troisième Tantra du Gyù-zhi contient cinq chapitres spécialement consacrés aux maladies causées par les esprits, et trois de ces chapitres concernent les démons (gDon) qui causent la maladie mentale. Éparpillés dans les cent cinquante-six chapitres du Gyù-zhi se trouvent par ailleurs beaucoup d’éléments sur les maladies mentales. Les titres des chapitres ne reflètent pas toujours l’étendue des matériaux contenus, mais ceux dont nous traitons ici portent exclusivement sur la maladie mentale et les esprits malfaisants censés en être cause.

Ces cinq chapitres sur les maladies dues à des esprits sont rangés ensemble en un seul groupe étiologique et sont parfois désignés comme la section du Gyù-zhi sur la psychiatrie – le terme psychiatrie étant synonyme, dans le sens ayurvédique classique, de soins des maladies causées par des forces invisibles. Ces chapitres sont :

Chapitre 77 : Esprits élémentaux (‘Byung-po’i gDon). Ils envahissent la psyché, sont de dix-huit sortes et ont des caractéristiques spécifiques.
Chapitre 78 : Esprits de la folie (sMyo-byed-kyi gDon). Ils enva-hissent la psyché seuls ou conjointement à des aberrations dues aux poisons, aux humeurs et aux émotions.
Chapitre 79 : Démons de l’amnésie (brJed-byed-kyi gDon), littéralement les  » démons causant l’oubli « .
Chapitre 80 : Démons maîtres des planètes (gZaa-yi gDon). Ils causent l’épilepsie.
Chapitre 81 : Démons-serpents (gLu’i gDon). Ils causent la lèpre.

Tous les  » démons  » cités ci-dessus comme causes spécifiques de différents troubles psychiatriques sont désignés en tibétain par le terme gDon, prononcé  » don « , traduit communément par  » esprit « ,  » esprit malfaisant  » ou  » démon « . Mais pour la plupart des occidentaux modernes, les  » esprits  » sont la fabrication d’une mentalité puérile – des spectres imaginaires hantant les maisons et autres créatures similaires. Le mot  » démon « , également, évoque des images d’esprits diaboliques, de créatures mythologiques, rien de réel. Et de même pour esprits malfaisants, forces négatives extérieures, et ainsi de suite.
Nous n’arrivons pas à concevoir comment une religion, une philosophie ou une culture – et bien entendu une médecine – élevée pourrait accorder quelque croyance à ce que nous supposons n’être que les simples figments de l’imagination. Alors, comment se fait-il que dans sa psychiatrie la médecine tibétaine bouddhique place des  » démons  » au centre de son système ?

 

Vajrapani, en tibétain Chanadorjé, l’incarnation terrifiante et aspect de puissance de l’Illumination. Il a fait vœu de protéger quiconque invoque le nom du Bouddha de Médecine. La pratique rituelle de Vajrapani est employée contre les esprits élémentaux et toutes les influences démoniaques, particulièrement celles qui causent des perturbations du système nerveux central (comme décrit dans le Chapitre 80 du Troisième Tantra du Gyù-zhi). Sa prière écrite ici se termine par le mantra HUNG VAJRA PHAT, qui est utilisé aussi pour traiter les épilepsies, les attaques, etc.

Que sont ces  » démons  » ?

Pour les Tibétains, le terme  » démon  » est symbolique. Il représente un vaste éventail de forces et d’émotions qui normalement dépassent le contrôle conscient et empêchent toutes le bien-être et le développement spirituel.

Pour se faire une idée de l’étendue des forces comprises par ce terme, il suffit de considérer les fameux  » quatre démons  » que l’on retrouve dans toute la littérature bouddhique et qui représentent des obstacles sur la voie de l’Éveil. Ce sont :

1) le démon des agrégats : la fragilité du corps et de l’esprit ;
2) le démon des kleshas : le pouvoir dévastateur des émotions perturbatrices ;
3) le démon du plaisir : le piège séduisant des agréments de la vie ;
et 4) le démon de la mort : qui vient inéluctablement couper cette vie et en même temps l’occasion de développement spirituel.

Évidemment, aucun de ces quatre n’est un démon au sens étroit du mot. Ce sont, comme les autres  » démons « , des facteurs extérieurs et intérieurs qui exercent leur influence de façon subconsciente ou presque irrésistible, et empêchent la réalisation d’aspirations élevées.

Ces forces vont de tendances subtiles, innées et inconscientes à des impulsions irrésistibles comme celle de la sexualité et, pour le pratiquant, selon Patrul Rinpoche, elles peuvent inclure des  » démons  » tels que la paresse, la sensualité, les mauvais compagnons, la pensée dualiste, l’hypersensibilité, l’émotivité accrue, l’attachement aux richesses, le sectarisme, l’orgueil spirituel et l’attachement à la quiétude.

Les lamas comparent souvent la montée de ces forces négatives contre le pratiquant qui essaie de raffiner sa conscience ordinaire à la situation d’un pays où le peuple veut un change-ment positif, mais les puissances dirigeantes font tout leur pos-sible pour l’empêcher. Il est clair, alors, que dans un sens psychanalytique des démons ont le rôle du ça tentant de faire obstruction aux incitations plus élevées du surmoi.

Ainsi, les démons sont principalement un phénomène psychologique associé à la multitude des obscurcissements émotionnels et mentaux. Parmi toutes les sortes de démons, on dit qu’il y en a principalement deux : ceux nés de l’espoir et ceux nés du doute. Et ces deux sortes naissent elles-mêmes de l’ignorance fondamentale qui se fixe sur l’illusion d’un  » soi  » permanent. Cette saisie d’un ego, que Shantideva appelle  » ce grand démon « , cause tout le mal, toute la peur et toute la souffrance du monde ; ceci est un thème essentiel du bouddhisme.

Comme Ma-Chig-La, une remarquable yogini du xne siècle, l’explique à son disciple :

 » Ce que nous appelons un Démon est très, très grand, et tout noir. Quiconque en voit un est vraiment terrifié et tremble de la tête aux pieds – mais les Démons n’existent pas réellement !

Voici la vérité à ce sujet : tout ce qui fait obstruction à la réalisation de la libération est un Démon. Même des personnes de votre famille affectueuse et qui vous aiment peuvent devenir des Démons si elles entravent notre pratique. Mais le plus grand Démon de tous est la croyance en un soi qui serait un principe indépendant et permanent. Si vous ne détruisez pas cet attachement à un soi, les Démons ne cesseront pas de continuellement vous soulever et vous laisser retomber.  »

Cependant, même si les démons sont ainsi compris comme des facteurs psychologiques, on pense que certains types de démons ont une existence extérieure. Mais alors que le Tibétain ordinaire peut croire vivement que ces forces négatives extérieures sont de vrais  » démons « , les Tibétains cultivés, ainsi que l’exprime Théodore Burang, les considèrent  » comme des entités ou projections mentales (généralement d’ordre inférieur) ou comme des champs de force psychiques, naturels ou « artificielement produits « .

II semble important de se rappeler à cet égard qu’avant l’avènement du bouddhisme, le Tibet était une civilisation profondément chamanique, adonnée à la croyance en toutes sortes de forces de l’esprit et de la nature personnifiées en démons, divinités et appellations similaires. Cette tendance culturelle à voir les choses de cette manière fut incorporée au bouddhisme, et son sens transformé.

De plus, le bouddhisme lui-même pose l’existence de multiples sortes d’êtres dans la roue de la vie, dont certains n’ont pas de corps matériel. L’enfer, par exemple, est la projection d’un état d’esprit dont on fait l’expérience avec un corps subtil, ou corps de lumière, et auquel un être arrive par la force de ses propres actions perpétuellement vicieuses. Similairement, le ciel est divinement agréable et l’expérience en est faite avec le corps mental de lumière ou même sans corps, juste avec l’esprit – les états célestes les plus élevés sont des absorptions contemplatives.

De plus, dans le monde des esprits tourmentés par la faim, il y a deux classes d’esprits : ceux souffrant véritablement de la faim, qui ne nuisent à personne mais souffrent par eux-mêmes ; et les autres esprits tourmentés, courants mentaux errant dans l’univers, en proie à l’agitation et au malheur, infligeant le mal presque sans le vouloir, par habitude. Ce dernier groupe constitue ce que désigne généralement le terme  » démons extérieurs « .

Et même ces démons soi-disant extérieurs sont en relation avec la psyché ; ils font partie d’une interaction entre le microcosme et le macrocosme, et dans cette relation la conscience est le principal. Par exemple, certains types de démons sont associés aux éléments de la nature. Ils sont évoqués, pour ainsi dire, par une perturbation des éléments internes dans le corps – et ceci peut être vrai pour les  » esprits élémentaux qui causent la schizophrénie. Les émotions négatives perturbent les éléments internes, les éléments internes perturbent les éléments externes, ce qui entraîne des attaques par les esprits des élémentaux ; ceux-ci sont appelés les démons du vent, de la grêle, etc. Ainsi dit-on que des désastres naturels s’élèvent en réponse aux perturbations émotionnelles collectives des êtres humains.

Les Tibétains se sentent tout-à-fait à l’aise en rangeant ce vaste éventail de forces sous l’unique dénomination de  » démon « , toutefois, l’esprit occidental moderne le trouve indubitablement difficile à saisir. Pourtant, même dans notre propre langage, ce que nous appelons en anglais un  » démon  » signifie (d’après le Webster)  » une émotion, un trait de caractère ou un état personnifiés qui sont indésirables ou mauvais « , et  » devil  » [en français : démon, diable] peut être  » une humeur, passion ou caractéristique qui possède, incite ou perturbe « .

Ainsi, selon les termes tibétains pré-freudiens,  » démons  » et  » diables  » sont des noms appropriés pour les forces vitales et émotionnelles qui peuvent mener l’esprit à la folie.

Afin de mieux sentir ce que les Tibétains entendent exactement par  » démon « , gDon, il peut s’avérer profitable d’examiner ce mot de plus près.

Le mot tibétain gDon est également le futur du verbe ‘Don qui signifie  » faire sortir, faire venir devant, amener devant « . C’est le sens originel de ce verbe ; avec l’évolution du langage, son sens devint  » sortir (quelque chose d’un endroit)  » plutôt que  » sortir, produire « . Il est employé aussi avec le mot  » mantra  » et signifie alors  » prononcer une formule magique  » (sNags ‘Don-pa), ce qui, nous le savons, veut dire émettre une vibration primordiale afin d’effectuer un changement à un niveau subtil de conscience et d’existence.

Le sens le plus exact du nom gDon est donc un  » effet de radiation ». Dans le cas d' » esprits « ,  » démons  » et « esprits malfaisants « , ils sont compris dans le sens d’êtres ou forces irradiant des effects négatifs.

Pour comprendre ceci davantage, nous devons retourner à la philosophie bouddhique de base. Selon la pensée bouddhique, tout l’univers est impermanent, et une manifestation dynamique de vibrations. Nous sommes, en quelque sorte, un  » amas de perceptions « . Rien n’est solide, ni notre corps, ni notre ego, ni les montagnes, ni les étoiles. Tout est une configuration temporaire et changeante de minuscules particules d’existence que nous appelons atomes et que les bouddhistes appellent dharmas – sans D majuscule. Et ces particules aussi sont elles-mêmes des vibrations, non solides en essence, mais changeantes. Cet univers est semblable à un immense champ d’énergie électromagnétique.

Toute l’existence conditionnée consiste donc en des radiations de vibrations d’énergie émises comme rayons ou comme champs de force, à des degrés de fréquence, et donc de solidité, variés, qui s’entrecroisent et sont en interaction suivant les harmoniques de l’équilibre karmique.

Et puisque les obscurcissements mentaux sont à l’origine de ces manifestations et que tous les êtres dans ce monde ont une existence transitoire correspondant à leur karma, c’est-à-dire correspondant à leur fréquence de vibration qu’ils se sont eux-mêmes fixée par leurs actes du corps, de la parole et de l’esprit durant d’innombrables vies, les mondes d’existence conditionnée sont peuplés de nombreuses sortes d’êtres, entités et forces, dont toutes ne sont pas immédiatement visibles et dont certaines sont incorporelles.

Les gDon, suivant cette interprétation extérieure, sont des  » êtres  » ou forces dont l’existence est une coagulation résultant directement de vibrations karmiques mauvaises et particulièrement empoisonnées.

Comme presque tout dans le bouddhisme a au moins trois niveaux d’interprétation, nous pouvons comprendre des  » démons  » au niveau psychologique ou intérieur. De même que, par exemple, tous les mondes du samsara existent extérieurement, ils existent aussi intérieurement. Nous sommes constamment en train de mourir et renaître, d’instant en instant, en tant que dieux, animaux, esprits, êtres des enfers, et ainsi de suite là où nous mènent nos pensées, nos émotions et nos actions.

L’interprétation psychologique de ce qu’on appelle  » démons  » et  » esprits  » est qu’à certains niveaux ce sont les formes incarnées que nous donnons à nos projections négatives, ces forces obscures au fond de nous qui sont trop terribles pour être admises dans la conscience et alors projetées extérieurement et retournées contre nous-mêmes. Dans le contexte de la psychologie occidentale, elles pourraient être expliquées comme impulsions et matière inconscientes de l’antagonisme moi-autre, projetées comme forces destructrices perçues en tant que formes extérieures qui nous possèdent alors (hallucinations audio-visuelles, etc.). Ce sont, pour ainsi dire, nos propres fantômes. C’est-à-dire la projection en une forme vivante.

Les esprits sont aussi les empreintes d’habitudes mentales et de modes de pensée dont l’emprise inconsciente est si forte qu’ils sont constamment projetés, à notre insu, dans le monde. Ceci produit des distorsions dans la perception de la réalité, ainsi que toutes sortes de comportements inadéquats ou  » insensés « .

Du point de vue intérieur, ces  » démons  » peuvent également être expliqués comme les archétypes négatifs de l’inconscient collectif, des archétypes qui s’emparent de nous de l’intérieur. Jung maintenait que le mal vient de l’inconscient collectif et que c’est cet inconscient qui nous  » possède « .  » Le formidable pouvoir de la  » psyché objective  » – écrit Jung – a été nommé  » démon  » ou  » Dieu  » à toutes les époques à la seule exception des temps actuels récents. Nous sommes devenus si pudiques en matière de religion que nous disons correctement  » inconscient …  »

Du point de vue absolu ou  » secret « , la véritable nature de ces  » démons  » est la vacuité. Ils sont sans nature propre, et non existants en tant que tels. Ceci est illustré dans un épisode de la vie de Milarépa, le célèbre yogi, saint et poète tibétain.

Un jour, Milarépa quitta sa grotte de méditation pour aller chercher un peu de bois. A son retour, il trouva plusieurs démons assis dans sa grotte, qui se gaussaient de lui. Milarépa essaya tous les moyens auxquels il pouvait penser pour les vaincre et les subjuguer. Tout d’abord, il tenta de se les rendre propices en tant que déités locales de cet endroit, puis il employa la méditation et le mantra de l’aspect terrible d’un Bouddha, mais ils continuèrent leurs attaques. Alors soudain, dans un état de réalisation, il dit :  » Par la grâce de Marpa [son maître spirituel], j’ai déjà réalisé complètement que tous les êtres et tous les phénomènes sont notre propre esprit. L’esprit lui-même est une transparence de la vacuité.  » A cela, les dénions s’évanouirent.

Commentant cette histoire bien connue, Trungpa Rinpoché explique :  » Ce fut le commencement de la période où Milarépa apprit à subjuguer les démons, ce qui est identique à la transmutation des émotions. C’est avec nos émotions que nous créons démons et dieux. Ces choses dont nous ne voulons ni dans notre vie ni dans le monde sont les démons ; celles que nous voudrions attirer à nous sont les dieux et les déesses.  »

Puisque la source des démons est l’esprit, la psychologie tibétaine bouddhique pose en principe de base que si nous pouvons contrôler l’esprit et les émotions négatives indomptées, nous pouvons nous protéger de ces influences spectrales négatives et nous en débarrasser.

Quelle que soit l’interprétation sur les démons, leurs effets particuliers sont les diverses affections psychopathologiques, et celles-ci ne peuvent s’élever en nous que lorsque l’esprit est instable et emporté par les émotions à un degré tel que la personnalité n’est plus fonctionnellement intégrée. Burang a expliqué ceci en fonction des cinq skandhas, les énergies psycho-physiques qui composent la personnalité et l’existence mentale. Quand ces cinq agrégats sont en discordance, alors il s’ensuit, dit-il,  » un déplacement des couches de la personnalité dont le résultat est une espèce de scission dans la conscience que le psychiatre occidental rencontre dans la schizophrénie « .

De tels déplacements sont une forme de maladie mentale qui peut être traitée isolément (par une sorte de thérapie de l’émotion ou du choc mental), mais c’est cet état d’agrégats ou skandhas déplacés qui  » favorise l’occupation des éléments constitutifs de la personnalité par des agents venus de l’extérieur « .

Les forces démoniaques, tout en s’élevant en général d’états d’esprit négatifs, comprennent différentes sortes auxquelles sont attribuées des causes spécifiques.

La tradition tibétaine dit que certains  » esprits  » et  » esprits malfaisants  » sont créés au moment de la mort ; ce sont les  » esprits fantômes  » au sens occidental du terme, les esprits des morts. Le bouddhisme tibétain soutient que la conscience quittant un mourant est extrêmement affectée par l’état d’esprit au moment de la mort. Si une personne panique pour quelque raison ou est emplie de haine, de peur ou d’un fort attachement, la projection de l’énergie de la panique ou de la haine se solidifie, c’est-à-dire devient un  » fantôme « .

Si le mourant est, par exemple, singulièrement attaché à ses richesses et qu’à la mort toutes ses pensées se fixent sur ce sentiment, alors au lieu que toute sa conscience n’aille dans les régions intermédiaires qui précèdent la renaissance, une partie est attirée vers l’objet de l’attachement et rôde autour en s’amassant sous la forme d’un  » fantôme  » astral allant gêner peut-être les personnes qui reçoivent ensuite l’argent.

Suicides et meurtres sont également censés être des morts très défavorables, à cause de la force des attachements négatifs et des paniques qu’elles impliquent. Généralement, ce genre d’énergie négative ira former quelque espèce de fantôme après la mort. Dans les cas de meurtre, suicide et mort soudaine où la conscience mourante n’a reçu aucune préparation par la prière et autres moyens habituels, un lama est presque toujours appelé afin d’accomplir un exorcisme pour empêcher la formation d’un fantôme – ou pour s’en débarrasser. On dit que cette catégorie de fantôme a une durée limitée à neuf ans, après quoi il se dissout.

D’autres sortes de démons et entités négatives sont celles créées à dessein par les projections négatives d’un sorcier. Une personne douée de pouvoirs psychiques élevés – un magicien noir, pourrait-on dire – qui comprend les forces cosmiques en lui-même et dans l’univers et sait les manipuler, peut créer des forces spécialement destinées à nuire aux autres et à les rendre fous ; ce sont les  » esprits des mauvais sorts  » du chapitre 77 du Troisième Tantra. A la différence d’un être de haute réalisation spirituelle, celui qui projette ce genre de forces a un fort ego et des passions égoïstes. Il utilise ses pouvoirs pour atteindre ses propres buts malfaisants.

Dans le bouddhisme, évidemment, les pouvoirs psychiques ne sont jamais recherchés pour eux-mêmes. Ils se développent naturellement au cours du chemin qui mène à l’Illumination et doivent être utilisés comme instruments de la sagesse et de la compassion. Cette possibilité d’abus est l’une des raisons pour lesquelles, dans la médecine et dans la religion, les clefs psychophysiologiques des processus tantriques et des forces psychiques sont soigneusement gardées par les lamas et les détenteurs des lignées.

Source : La médecine tibétaine bouddhique et sa psychiatrie. Auteur : Terry Clifford.