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Issu des entrailles de la terre

Le shilajit occupe une place prépondérante parmi les toniques et les adaptogènes de la médecine ayurvédique et aussi tibétaine. Ses effets agissent sur un spectre si large qu’il bénéficie à la plupart des individus et aide à soigner la majorité des problèmes de santé. Il agit particulièrement bien sur la qualité de l’absorption intestinale ainsi que sur les systèmes génito-urinaire, respiratoire et immunitaire. Les recherches modernes ont confirmé bien des allégations traditionnelles au sujet de cette panacée un peu singulière. (1)

Nom latin : Asphaltum bitumens
Autres langues : shilajitu (sanskrit), black asphaltum (anglais), mumiyo ou momia (russe), brag zhung (tibétain), wu ling zhi (chinois)
Famille botanique : Non-applicable, le shilajit étant une substance minérale

Description : Le shilajit est une matière bitumineuse et minérale semblable à du goudron. Sa couleur varie communément du brun foncé au noir mais l’on retrouve parfois du shilajit de couleur plus pâle, voire blanche-jaunâtre. Le shilajit est principalement composé d’humus (acides humique et fulvique) et il contient 85 minéraux et oligo-éléments différents sous des formes ioniques et organiques. Il renferme aussi de la vitamine A, B et C, des triterpènes, des benzopyrones et des lipides phénoliques.

Son origine véritable demeure inconnue, que le shilajit soit créé par l’activité et la croissance de mousses sur les pierres ou bien qu’il soit un ancien résidu organique de bactéries, de fongus ou encore de plantes riches en résine et en latex.

Distribution : En Eurasie, on retrouve le shilajit parmi les roches sédimentaires des chaînes de montagnes de l’Himalaya, de l’Altaï, de l’Oural et du Caucase, entre 1500 et 5000m d’altitude.

Parties utilisées : résine ou goudron naturels

Récolte : Le shilajit tend à suinter pendant les chauds mois de l’été, souvent révélé par des glissements de terrain, de petites secousses sismiques ou par gravité. Le shilajit de l’Himalaya est très prisé car sa composition chimique est préservée grâce aux glaces et aux basses températures.

Profil ayurvédique

Saveurs principales (rasa) : piquant et amer

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Saveurs secondaires (anu rasa) : salé et astringent

Saveur post-digestive (vipaka) : sucré/doux
Caractéristiques (gunas) : sec et lourd
Effet sur les doshas : apaise les trois doshas, surtout vata et kapha
Potentiel (virya) : réchauffant

Propriétés médicinales générales

Adaptogène, tonique des tissus et de l’énergie vitale : Le shilajit est particulièrement recommandé aux personnes âgées et pour celles qui souffrent d’une fatigue chronique et généralisée. Il régénère les tissus du corps, les dhatus en ayurvéda, ainsi qu’ojas, l’énergie vitale, qui soutient aussi l’immunité et la libido. Cet effet tonique général supporte les mécanismes de gestion du stress ainsi que la résistance physique et psychologique de l’organisme.

Ses actions affectent la majorité des systèmes de l’organisme, y compris le système respiratoire qui se trouve bonifié par une énergie vitale forte. Le shilajit est donc considéré comme un rasayana de premier plan en ayurvéda, soit un régénérateur puissant.

Augmente l’absorption intestinale : L’humus contenu dans le shilajit forme une structure de treillis dont les espaces vides sont remplis d’une panoplie de molécules organiques, de minéraux et d’oligoéléments qui servent de cofacteurs d’absorption intestinale. L’acide fulvique joue aussi un rôle de transporteur de molécules pour les éléments nutritifs de taille plus petite. Cette même substance est idéale pour désintoxiquer du même coup l’organisme de ses métaux lourds.

Anti-inflammatoire : Les effets anti-inflammatoire du shilajit sont comparés à 0,50 mg de Bétaméthasone, un glucocorticoïde de synthèse utilisé pour soigner l’inflammation. Le shilajit est aussi très utile en cas d’ulcères, autant parce qu’il diminue le stress et l’inflammation que parce qu’il favorise la sécrétion du mucus protégeant l’estomac de l’acidité gastrique.

Antioxydant : Cette substance est une source remarquable d’antioxydants, notamment grâce à l’acide fulvique qu’il contient. Les sujets d’une étude ont vu leur taux de CoQ10, un antioxydant très puissant qui supporte le cœur, les reins et le foie, augmenter de 29% lors de la prise du shilajit. (2)

Tonique du pancréas et hypoglycémiant : Le shilajit est utilisé en ayurvéda depuis des siècles pour soigner le diabète. Employé à long terme, il augmente la prolifération des cellules bêta qui fabriquent l’insuline dans le pancréas. Le pancréas améliore sa sensibilité et sa capacité à sécréter rapidement de grandes quantités d’insuline en cas de besoin. De plus, les acides fulviques du shilajit aident à réparer les lésions cellulaires du pancréas et le protègent de leur activité antioxydante. Par conséquent, son effet sur l’hyperglycémie et la santé du pancréas est remarquable.

Propriétés : système nerveux

Tonique du système nerveux : Les recherches récentes s’intéressent à l’action nootropique du shilajit, c’est-à-dire son potentiel d’améliorer la mémoire, les capacités cognitives et de moduler les fonctions cérébrales, sans effets secondaires nocifs. Les résultats des recherches démontrent que le shilajit augmente la capacité des récepteurs à acétylcholine de type muscarinique, ce qui explique ses effets sur la mémoire.

La médecine traditionnelle ayurvédique emploie le shilajit pour les problèmes cérébraux, notamment l’amnésie des personnes âgées. De plus, l’acide fulvique que le shilajit contient bloque l’agrégation tau, ce qui ouvre des possibilités de recherche relativement à la maladie d’Alzheimer. (3)

Anxiolytique : Le shilajit affecte significativement les taux de monoamines et de leurs métabolites dans le cerveau, aussi ses effets anxiolytiques sont-ils semblables à ceux du Diazépam, bien que moins prononcés.

Propriétés : système immunitaire

Immuno-modulateur et tonique immunitaire : Le shilajit est employé dans le traitement des problèmes immunitaires comme les allergies, l’asthme, la faiblesse immunitaire générale ainsi que pour certaines maladies auto-immunes. Il semble donc qu’il ait un effet immuno-modulateur, c’est-à-dire une capacité à renforcir les défenses immunitaires tout en apaisant ses réactions excessives.

Ces effets reflètent ses propriétés toniques générales qui renforcissent l’énergie vitale et font du shilajit un excellent rasayana. Un usage prolongé sur plusieurs semaines ou quelques mois est nécessaire pour bénéficier pleinement des effets du shilajit sur le système immunitaire.

Folklore et usages traditionnels

Des écritures en sanskrit, âgées de plus de 3000ans, font l’éloge des bénéfices du shilajit sur la santé du corps et de l’esprit. L’ouvrage très respecté qu’est le Charaka Samhita affirme « qu’il n’y a aucune maladie curable dans l’univers qui ne puisse être soignée avec le shilajit », rien de moins ! Les principaux usages traditionnels utilisent le shilajit comme tonique sexuel, pour le diabète, l’anémie, les ulcères, les pierres aux reins ou à la vésicule biliaire, la jaunisse, l’asthme, l’arthrite, l’anxiété, l’épilepsie et les maladies du cœur. (5)

On raconte que des villageois de l’Himalaya ont redécouvert les usages du shilajit alors qu’ils observaient les grands singes blancs, les langurs, mâcher une substance à moitié molle qui suintait des parois rocheuses. Les villageois, admiratifs de la force et du calme de ces animaux, ont commencé à les imiter et ont constaté que leur digestion, leur niveau d’énergie, leur libido, leur mémoire et leur durée de vie s’en trouvaient bonifiés. Un explorateur anglais a aussi dénoté un jour la santé exceptionnelle de singes qui vieillissaient beaucoup mieux que leurs compatriotes lorsqu’ils avaient accès à cette substance.

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Dosages et modes d’utilisation

Le shilajit se présente sous forme de goudron ou de résine. Cette substance organique se solidifie en bas de 20°C et se ramollit en réchauffant, se dissolvant complètement dans l’eau chaude. Il est recommandé de le consommer pur et non dans des formulations transformées, afin d’éviter les altérations dues aux divers procédés de filtration et/ou de transformation.

La résine est davantage prisée car elle est généralement moins chauffée que le goudron dans le processus de purification du shilajit. Celle-ci peut être mise en poudre mais la plupart des fabricants réputés la vendent sous forme solide ou bien sous forme de capsule, puisque son odeur rappelle un peu l’urine de vache périmée…

Fabrication du shilajit

Une des méthodes de préparation du shilajit consiste à le réduire en poudre puis à le diluer dans une quantité appropriée d’eau de source. La solution est chauffée au maximum à 38°C, la température du corps, puis elle est filtrée pour enlever les impuretés et refroidie doucement afin de préserver la structure chimique cristalline du shilajit. Enfin, la solution est exposée au soleil et l’épaisse couche crémeuse qui se forme est filtrée plusieurs fois. D’autres méthodes emploient des lavements doux à l’eau pour éliminer les impuretés ainsi que des sels neutres et des sels d’acide citriques qui demeureront dans le produit final. De nouveaux procédés modernes incluent la lyophilisation, la filtration sous vide et l’osmose inversée.

Les effets du shilajit sur l’énergie se font ressentir en quelques jours alors que d’autres effets s’installent progressivement. Son usage peut se prolonger plusieurs mois ou années durant, si nécessaire. Il se conserve indéfiniment lorsque conservé à l’abri de l’humidité et de la chaleur.

Adjuvants recommandés en ayurvéda pour accompagner le shilajit 
Pour vata : l’huile de sésame
Pour pitta : le ghee
Pour kapha : le miel

Le dosage recommandé varie entre un demi et un gramme (environ ¼ à ½ à thé) 1 à 3 fois par jour, à jeun. On le prend avec la nourriture et les plantes médicinales pour maximiser leur assimilation.

Goudron et résine : Le pur shilajit peut être dissout directement en bouche ou dilué dans un peu d’eau. Cette dilution peut aussi être mélangée et bue dans un autre breuvage. La dose recommandée correspond à la taille d’un demi à un petit pois entier.

Capsules : Les capsules de shilajit contiennent généralement de la résine réduite en poudre et devraient comporter aussi peu d’excipients (agents de remplissage) que possible. Le dosage reste le même, le nombre de capsules ingérées variant en fonction de la quantité contenue dans l’une d’entre elles.

Précautions et contre-indications

Éviter de consommer le shilajit en cas de taux d’acide urique très élevés, dans un cas d’arthrite goutteuse ou de pierres d’acide urique par exemple. Le shilajit tend à augmenter le taux d’acide urique dans l’organisme.

Attention aux excès de substances lourdes et caloriques ainsi qu’aux substances trop réchauffantes en combinaison avec le shilajit qui augmente l’absorption intestinale et réchauffe l’organisme.

Le shilajit a été administré à des doses allant jusqu’à 1g par kilogramme de poids corporel sans qu’aucun problème apparent ne soit démontré. Des animaux ayant reçu des doses massives de shilajit lors d’une recherche n’ont présenté aucun taux de fer excessif ni aucun signe de toxicité hépatique. (5)

Des minéraux ionisés, donc plus facilement assimilables

Le shilajit qui contient des acides aminés, des vitamines et des dizaines de minéraux sous forme ionique peut donc être considéré comme un super-aliment. D'autant que les minéraux qu'il contient sont ionisés et donc plus facilement transportés et absorbés dans le système digestif parce qu’ils sont « chargés » ioniquement et demandent moins d’énergie pour être utilisés et éliminés par l’organisme.

Deux constituants presque introuvables aujourd'hui

Mais les deux constituants les plus intéressants du shilajit sont l’acide fulvique et l’acide humique (regroupés en général sous le terme "acides humiques"). En soi, ces deux composants n'ont rien d'exceptionnel car ils sont simplement issus de la lente décomposition de la biomasse pendant des milliers d'années. Malheureusement, la production agricole a usé et abusé de ces trésors et nos terres agricoles (notamment celles qui ont fait l'objet d'une exploitation intensive) n'en contiennent presque plus.

Les acides humiques sont ainsi le lien absent dans notre chaîne alimentaire moderne. Pourtant, ils  ont des effets bénéfiques multiples et reconnus scientifiquement :

  • Nettoyants profonds, ils neutralisent les toxines environnementales (plastiques, produits chimiques, métaux lourds, résidus de médicaments) que nous respirons, que nous mangeons et que nous buvons.
  • Ils augmentent la longévité, améliorent la mémoire et les capacités cognitives.
  • Ils diminuent les allergies et les problèmes respiratoires, réduit le stress et soulage les troubles digestifs.
  • Ils ont une activité anti-inflammatoire et analgésique.
  • Ils stimulent l'immunité et augmentent la force, la fertilité masculine et l'endurance.
  • Ils aident à dissoudre les cristaux de calcium qui se déposent sur nos tissus, notre structure osseuse et même notre cerveau, lorsque nous subissons des stress ou des agressions de notre environnement.
  • Plusieurs études montrent que l’acide fulvique possède des effets bénéfiques sur le contrôle de la glycémie et la réduction de l’oxydation.

Mémoire et  shilajit font bon ménage

Le shilajit facilite la mémorisation de l'apprentissage acquis. Il a davantage d'effet sur l'apprentissage et la mémoire après l'induction de déficits de mémorisation par une sous-alimentation ou un appauvrissement de l'environnement. Le shilajit est utilisé par la médecine ayurvédique pour atténuer des déficits du fonctionnement cérébral, incluant l'amnésie chez des patients en gériatrie.
Dans un article publié en 2012 par l’  « International Journal of Alzheimer disease », des recherches prometteuses ont indiqué que l’acide fulvique pourrait aider à bloquer certaines accumulations de protéines, comme les agrégats de beta-amyloid, qui sont des facteurs clés des maladies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer.

Il potentialise l'effet d'autres traitements

En agissant comme transporteur, le shilajit optimise l’assimilation et l’acheminement de la plupart des nutriments aux cellules-cibles au sein de l’organisme. Il est en fait un potentialisateur de tous les autre traitements.

En médecine chinoise le shilajit est souvent utilisé en complément d'un autre remède le Ho Shou Wu (lui aussi remède de longévité sur lequel nous avons déjà écrit cet article).

Plus près de nous, on sait que lorsque l’on associe le shilajit à la coenzyme Q10, on observe une augmentation de la production d’énergie dans le cerveau de 56 % et dans les muscles de 144 %.

Quel goût a le shilajit ?

Il y a différentes qualités de shilajit, mais les poudres les plus foncées sont plus fortes en goût. Le goût un peu terreux et amer peut sembler, à première vue, peu engageant. Il ne s’agit pas d’un super aliment sur lequel on se jette pour s’en gaver parce qu’il est bon. Néanmoins, il ne faut pas hésiter à le mélanger à des boissons chaudes ou  à certains cocktails de fruits ou shakes (fruits rouge, chocolat) auxquels il va donner un goût fumé.

Choisissez votre shilajit avec beaucoup de précautions

Attention à bien choisir votre shilajit car il y a de nombreuses contrefaçons ou de produits impures qui sont sur le marché et on en trouve beaucoup sur Internet. Les imitations sont faites avec des composants qui ne sont pas du shilajit. Il faut toujours bien s’assurer que le produit a été filtré, traité et que tous les composés contaminants qui peuvent parfois y être mélangés, aient été ôtés.

Comment savoir si vous avez acheté du shilajit de qualité ?

Pour vérifier la pureté du shilajit, la première méthode consiste à le mélanger à du  mercure et un peu d’eau. En quelques minutes, si le shilajit est de bonne qualité, le mercure est dissout et il n’en reste plus trace. Mais comme il n’est pas facile de se procurer du mercure en France pour jouer au petit chimiste, je vous propose un autre  test, plus simple à réaliser.

Mélangez 2 ou 3 capsules de shilajit à un verre d’eau. Le produit doit se dissoudre sans être remué. Mélangez alors 2 ou 3 autres capsules de shilajit à un peu d’alcool (la vodka fait très bien l’affaire) et remuez bien. Le shilajit ne doit pas se mélanger à l’alcool. Si ce test marche, considérez que vous avez en main un shilajit de bonne qualité.

 

Références :
1. Jaiswal A.K. et al., Effects of shilajit on memory, anxiety and brain monoamines in rats, Indian Journal of Pharmacology, 1992, 24: 12-17.
2. Schliebs R. et al., Systemic administration of defined extracts from Withania somnifera and shilajit differentially affects cholinergic but not glutamatergic and GABAergic markers in rats brain, Neurochem. Int., 1997 Feb, 30(2): 181-90.
3. Gupta S.S., Effect of shilajit, Ficus bengalensis & ant pituitary extract on glucose tolerance in rats, Indian J. Med. Res., 1966, 54: 354-66.
4. Bhattacharya S.K. et al., Shilajit attenuates streptozotocin induced DM & decrease in pancreatic islet superoxide dismutase activity in rats, Phytoter. Res., 1999, 9: 41-4.
5. Trivedi N.A. et al., Effect of shilajit on blood glucose and lipid profile in alloxan-induced diabetic rats, Indian J. Pharmacol., December 2004, vol. 36, issue 6, 373-376.
6. Nidhi S. et al., Modulation of oxidative and antioxidative status in diabetes by asphaltum panjabinum, Diabetes Care, 2003, 26: 2469-2470.
7. Park J.S. et al., The spermatogenic ans ovogenic effects of chronically administered shilajit to rats, J. Ethnopharmacol., 2006 Apr 18, e-pub ahead of print.

Notes et références
(1) Pubmed.gov : Safety and efficacy of shilajit, Phytother Res. Avril 2014.
(2) Bhattacharya S., Pal D., Banerjee D., et al. Shilajit dibenzopyrones: Mitochondria targeted antioxidants, Pharmacologyonline, 2009, 2:690-8.
(3) Pubmed.gov : Shilajit: a natural phytocomplex with potential procognitive activity, Int J Alzeimers Dis. Février 2012.
(4) Winston, David et Maimes Steven. Adaptogens, Healing Art Press, Rochester, Vermont, 2007, p. 201 à 204
(5) Pubmed.gov : Evaluation of safety profile of black shilajit after 91 days repeated administration in rats, Asian Pac J Trop Biomed. Mars 2012.