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Élisabeth appelait John Dee (1527-

1608/9) son philosophe. Mathématicien, géographe et astronome respecté, il avait aussi un profond intérêt pour l’astrologie et l’occultisme. Il a conseillé la reine sur le choix du jour le plus favorable pour son couronnement, et pratiquait ses arts à la cour. Reconnu pour avoir popularisé l’expression “ Empire britannique ”, il a encouragé Élisabeth à se considérer comme l’impératrice d’un futur empire qui se bâtirait par la maîtrise des océans et la colonisation de nouveaux territoires. À cette fin, il a formé des explorateurs à la navigation, particulièrement pour la recherche de passages vers l’Orient par le Nord-Est et le Nord-Ouest, et il a soutenu les projets de colonisation du continent nord-américain.

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Sur le conseil prudent de son ami Sir Wlliam Cecil, John
accepta l'honneur que lui {aisait la nouvelle reine aux cheveux roux, bien qu'il n'éprouvât pour elle que répulsion
 et mépris : n'avait-elle pas proclamé rageusement, dès son accession au trône, que, chaque année, quaffe-vingt-dix
personnes choisies au hasard seraient exécutées, simplement pour leurs convictions protestantes ?

John Dee pensa qu'il valait mieux endormir la méfiance de  cette Gorgone âux yeux verts et àla face mangée pat la petite vérole,
ce Scorpion marqué par de très néfastes configurations asuales ; il éprouva même un plaisir trouble à lui prédire un long et glorieux règne,
sous la houlette de Jupiter, alors qu'un terrible caré de Mars,avec une conjonction de la Lune et de Saturne) ne laissaient
guère présager que des événements sinisues ; âvec un hotoscope aussi mauvais, il était permis d'espérer que le jour où la
ête de Méduse tomberait n'était peut-être pas si loin. En attendant, John aurait intérêt à montrer qu'il n'était pas seulement catholique, c'est-à-dire universel, mais aussi bon chrétien.


ll ne suffisait pas de se rendre à la messe plusieurs fois par semaine, comme il l'avait touiours fait depuis son enfance ;
il lui faudrait aussi surueiller ses propos ; pour lui, les protestants n'étaient que des chrétiens égarés. Mais, pour la reine
et pour la cour, ils étaient des ., suppôts du Diable »> et des hérétiques bons pour le bricher.

Les astrologues, songea-t-il, avaient décidément une grande supériorité sur les illustres personnages dont ils étudiaient
l'horoscope : ils en savaient plus qu'eux sur eux-mêmes et sur leur propre destin. Encore fallait-il le leur cacher avec art et
ne leur dévoiler la vérité qu'à ravers un prisme de mensonges, de même qu'un peintre voit son tableau achevé, là où les
spectateurs ne voient encore qu'une suite de petites touches. Ce prodigieux sens de l'Invisible, qui permettâit au magicien
de sonder la vie et l'êre profond des plus grands personnages à partir d'un simple dessin où figurait une dizaine de planètes,
était un grand atout, mais aussi un grand poids. Que de secrets à garder, de vérités à déguiser ! Il était préférable
d'avoir l'air moins bon astrologue et moins bon devin qu'on ne l'était.

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 Mais cette faculté, que I'Eglise avait avec quelque raison stigmatisée comme diabolique, n'était pas sans grands
avantages à condition que le devin sût demeurer un maître du secret. Elle lui évitait de perdre du temps. Au vu du thème
astral de la reine Mary, John sut immédiatement qu'il n'aurait pas à en perdre beaucoup avec elle.
Il semblait qu'il en füt tout autrement de sa sæur, la princesse Elisabeth. L'horoscope de la jeune femme, que Sir \X/illiam
Cecil avait communiqué secrètement au maître de Mortlake, révélait un personnage promis à un grand destin ; John fut
persuadé qu'Elisabeth était la future reine qui arracherait l'Angleterre à la nuit où elle baignait à présent. Celle qu'on appelait « la Vierge de Woodstock >> était née sous le signe qui porte ce nom ; son âscendant dans le signe du Sagittaire,
de feu exalté par la conjonction avec Jupiter, était le signe d'une grande foi et d'une haute spiritualité mises au serviced'une cause terrestre. Ainsi, cette dame de sang royal avait les pieds sur terre) mais Ia tête dans le ciel : elle était de
taille, et de nature, à rendre à l'Angleterre son rang de première nation en Europe. Son Soleil, pour couronner cet
horoscope prédestiné, se mouvait sur l'image égyptienne du zodiaque traduite en ces termes : << Un beau vaisseâu, toutes
voiles déployées, fend les flots doucement agités. »> Jupiter, quant à lui, trônait sur le degré suivant :  fin mage, la
coifiure sacerdotale au front, dirige sa baguette vers deux triangles enlacés, surmontés d'un troisième, dans un geste de
conjuration.

John ne s'étonnait plus qu'on lui est rapporté
les dons précoces de la jeune princesse dans le domaine hermétique. Il ne lui était pas indifiérent que cette image fût, à
quelques degrés de son propre Ascendant, situé dans le même signe de Feu. Cette conjonction augurait d'une protection
puissante, et certainement d'une entente avec la future reine dans le domaine des sciences hermétigues. Vénus et Mercure
brillaient dans le signe aérien de la Balance, conjoints sur l'image :  Dans un pâysâge polaire, un iceberg se détache sur
la mer de glace, tandis qu'au couchant le Soleil disparaît engloire, créant une aurore boréale. Sur la glace, un équipage
de rennes tire un traîneau chargé de fourrures. >> Or, on avait rapporté à John que la « Vierge de \X/oodstock >> avait des
crises mystiques accompâgnées de visions pendant lesquelles elle proclamait, en latin, que le destin l'avait choisie pour être
reine un jour et mener les navires britanniques jusqu'au pôle, au-delà de Cathay, 1à où, disait-elle, se trouvait une <( Teme
Verte >> qu'aucun humain n'avait jamais vue, où fleurissaient des jardins éternels remplis d'animaux fabuleux. Elisabeth
tombait alors à genoux et suppliait qu'on l'appelât Basilearnaris,Impératrice de la Mer, comme sa chère Angleterre qui
n'était plus pour l'heure qu'un vaisseau à la dérive.

Pour ajouter à ce regroupement fatidique de planètes en signes
d'eâu, Neptune s'épanouissait à 29 degrés des Poissons  Une Cassandre échevelée, gesticulant, parcourant les rues de la ville,
tandis qu'au temple de la Sibylle une prêtresse prédit l'avenir à un adolescent. »> Cette princesse avisée et fière semblait êre
en même temps une grande voyante douée d'un don de prophétie. Enfin, Saturne était exilé en Cancer, à ttois degrés de
celui de John Dee, né seulement six ans âuparavant :les phénomènes dans le ciel : météores, étoiles filantes, et des
cascades tombant d'un rocher. >>

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En 1533,l'année de la naissance d'Elisabeth, une comète avait fendu le ciel de Londres,
attirant les prédictions apocalyptiques de nombreux mages ;
quelques-uns seulement y avaient vu un signe bénéfique, lié à la naissance d'une future grande reine.



John Dee fut submergé de joie par l'étude de cet horoscope exceptionnel, où il discernait véritablement l'incarnation d'un
instant du ciel dans un principe royal destiné à donner à l'Angleteme une grandeur sâns précédent dans son histoire. Dès
lors, il n'eut de cesse de rencontrer celle que déjà, en son for intérieur, il appelait avec ferveur << la reine Elisabeth ». Si un tel prodige était arrivé, c'était parce que lui, John Dee, premier savant et
magicien d'Angleterre, avait été choisi pour mener à bien
l'éducation de la jeune princesse, l'éloigner de la gangue rigidedes sciences scolastiques et favoriser l'épanouissement de ses
dons pour la magie et l'hermétisme. Son horoscope, d'ailleurs, confirmait ce qu'on lui avait dit d'Elisabeth, de ses visions, de
sa clairvoyance qui inquiétaient son entourage et faisaient murmurer à ses ennemis, déjà nombreux, le nom de sorcelleie. La
Vierge, c'était aussi, disaient les mauvaises langues, la triple Hécate, déesse de la magie noire et des cultes démoniaques. On
prétendait que, pendant ses crises mystiques, la jeune princesse parlait en une langue inconnue, que ses yeux se révulsaient d'une manière efirayante et qu'elle ne se souvenait plus de rien ensuite.

La jeune licorne avait aussi des crises de colère redoutables et elle adorait briser les miroirs. Enfin, on chuchotait que, seule, l'âme de la princesse était vierge : elle avait déjà des favoris, mais point de maître. Pour le reste, Sir Cecil la décrivit à John Dee comme fière mais dure, magnanimeavec d'étranges hypocrisies et bizameries ; de taille moyenne, le visage lisse et très fin, des yeux de biche ou plutôt de
licorne, verts comme ceux de sa sceur, énigmatiques et fixes, clouant sur place ceux qui osaient les regarder trop longtemps.
Et le vieux libertin, qui se moquait en privé de la religion, ajouta, pour calmer l'agitation croissante de son jeune ami :


.. Croyez-moi, magister Dee, Elisabeth est vierge comme je suis catholique. >>
Sir Cecil raconta à John ce que plus personne n'ignorait à la cour, mais que lui, jeune savant à l'écart des intrigues et des
passions, ne savait pas encore: à l'âge de quinze ans, alors qu'il était à Louvain, la princesse Elisabeth avait eu une liaison
avec un homme indigne, son oncle Thomas Seymour; son voyage à travers la vie avait commencé, comme bien des
voyages, par de violentes secousses à la sortie du port. Henri VIII, son père, mort quand elle avait treize ans, avait
toujours été dominé par quelque personnalité plus forte et plus équilibrée que la sienne. Tout d'abord, pendant les
premières années heureuses de sa vie, il avait été soutenu par son admirable femme,

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Catherine d'Aragon, belle Flamande et
vraie fille de la maison de Bourgogne. Puis i7 avait subi l'influence autoritaire de §üolsey, après le despotisme méprisant
d'Anne Boleyn. Si Henry avait toujours été en tutelle, Elisabeth, au contraire,
ne supportait pas d'être gouvernée. Elle avait à peine rois ans quand son père fit décapiter sa mère Anne. Dès qu'elle avait
été en âge de penser et de sentit, ce fut dans une atmosphère de meuttre et de ragédie. Femme à quinze ans pâr les grâces
de son oncle, elle fit montre, très ieune, d'une grande habileté politique ; elle poussait l'hypocrisie, déclarait Sir Cecil, jusqu'à
jouer le rôle de puritaine malgré son mépris pour ceux qu'elle nommait sarcâstiquement << nos frères en Jésus-Christ ». Sur
sa table de chevet figurait, à côté de la Bible, comme dans toutes les maisons d'Angleterrc,le Liure des martyrs, de John
Foxe, qui décrivait avec complaisance et raffinement les supplices des protestants. La plupart des amis d'Elisabeth étaient
du côté des réformateurs, même s'ils continuaient à pratiquer
les rites de l'ancienne Eglise catholique : c'était le cas du rusé Sir william Cecil.

L'éducation de la jeune princesse avait était rès soignée ; elle jouait du virginal, au son grêle exraordinairement clair et
vibrant. Elle parlait couramment plusieurs langues européennes, plus le grec, le latin, et même l'hébreu. Dans une
lette au savant allemand Sturm, connu sous le nom de Sturmius, son précepteur principal, Lord Roger Ascham, avait
appelé la princesse << un prodige d'érudition, de mémoire et
d'application : elle lit Tertullien le matin et Cicéron l'aprèsmidi ». Dans le domaine politique, Elisabeth avait conscience
que la réaction intoduite par sa sæur Mary n'aurait qu'un
temps ; son mânque certain d'esprit religieux, mêlé curieusement à une passion porrr l'hermétisme, était le ressort
essentiel d'une ambition cachée, servie admirablement par Sir Cecil.


Ce vieil ami de John Dee, homme avisé et dénué d'enthousiasrne, savait à merveille utiliser celui des âutres. Très tôt, il
avait décelé chez la ieune princesse un tempérament à la fois mystique et attaché aux choses temestres qui la prédestinait à
de grandes tâches. Pourtant, dans l'attente d'événements capitaux, qui, selon l'asrologue de Mortlake, ne tarderaient pas
à déferler comme une tempête sur << I'île aimée des dieux »>, Sit Cecil n'hésitait pas à se pavaner aux côtés de la reine Mary,
âvec un énorme rosaire bien en vue sur sa maigre personne. Il possédait toutes les qualités d'un ambassadeur, sauf une : la
prestance, qui lui faisait si bien défaut que les uns le comparaient à une belette, les auffes à un rat ou un renard ; mais,
disait-il, un bon ambassadeur doit être un mouton ou un âne,
ce qu'il n'était assurément pas. Sir william considérait la seoète passion qu'éprouvait John
Dee pour les sciences hermétiques âvec autant d'inquiétude que le culte d'Elisabeth pour la majesté royale. Mais il avait
en commun avec ces deux astres de première grandeur qui se levaient à l'horizon le goût de courir des risques heureux. II
s'était fourvoyé à l'âge de vingt ans dans une mésalliance avec une fille d'auberge, mais il avait eu la chance, disait-il, de
perdre sa femme au bout de trois ans et de se remarier, plus brillamment, avec une fille de f illuste famille des Cook. C'est
alors qu'il avait fait la connaissance du magister Dee à Cambridge ; depuis, il était devenu son conseiller et son principal appui à la cour.

John n'ignorait pas que Sir william Cecil
était toujours prêt à abandonner ceux qui tombent, aussi avait-il décidé de ne pas tomber. Là où la malice et le manque
de scrupules portaient leuts fruits, il espérait que la probité, le mépris pour les intrigues politiques et l'attachement à des
valeurs spirituelles supérieures aux affaires du monde lui assureraient une position inébranlable ; alors que les courtisans
habiles étaient en deçà de la mêlée, il se considérait au-dessus d'elle : un thaumaturge n'avait pas à se fourvoyer dans des
méandres et à choisir entre plusieurs emeurs qui, même additionnées, ne faisaient pas une vérité. Il avait toujours à
l'esprit la mise en garde du grand Oronce Finé conte les compromissions avec un monde déchu dans un décor de façade,
dans une architecture qui se vantait avec inconscience d'être en << trompe-l'oeil ».

Jeune étudiant à Louvain, il avait écrit dans
son journal : « Tout ce qui est honnête est utile. >> En ces temps troublés où les marchands chassaient les prêtres du
temple, John inscrivit, dans le même cahier, ces lignes implacables : << L'homme spirituel, qui connaît le macrocosme et la
petitesse de sa condition face au mystère divin et aux secrets
de la nature, ne saurait sans dommage mêler son humilité profonde à la bassesse d'âme des courtisans avides de figurer sur
la scène du monde. Tous les palais qui ne sont pas un reflet terrestre du Paradis s'écrouleront bientôt, car une demeure,
fût-elle une humble chaumière, n'est qu'une ruine en sursis si elle n'est pas traversée par l'axe du monde. Le magicien se doit
 'êue au-dessus de ce flux et de ce reflux qui n'affectent que les basses régions du cosmos et du microcosme humain. Au fond,
il n'est que le témoin terresue du Ciel, car il sait que le Cosmos n'est rien d'aure que le message de Dieu Lui-même à
Lui-même.

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»> Dieu, dans Sa bonté toute-puissante, m'a envoyé un rêve cette nuit : j'étais au château de Kenilwotth, où mon noble ami
walter alter Raleigh donnait une fête sur le thème du "Château dela Beauté parfaite". A mon arrivée, je fus salué par une sibylle
qui me prédit un grand destin de magicien. Soudain, la princesse Elisabeth pârut, portânt sur sa tête une couronne
resplendissante entourée d'un halo vert, Elle était accompagnee
de deux nymphes et s'appelait elle-même la Dame du Lac. Elle tavetsa un pont au-dessus de l'eau, orné de sept piliers
de chaque côté, montrant à leur sommet des oiseaux en cage, des fruits dans des vases d'argent, du vin dans des vases d'or,
des poissons dans des boules de crital creuses. et des instruments de musique variés. De l'autre côté se mouvait le château  fort de la Beauté, constuit en bois comme un théâtre de
marionnettes et assiégé par les quatre Enfants du Désir, des chevaliers armés de canons de bois.


» Auprès des chevaliers étaient deux artilleurs habillés de cramoisi et un enseigne déployant un drapeau porteur d'une inscription en une écriture mystérieuse.

Dans une tranchée roulante était camouflé un orchestre de merveilleux musiciens qui assiégeaient la Beauté de leurs accords.
» Venait ensuite le comte d'Arundel, dans une armure ornementée, avec des carapaçons richement brodés, suivi de quatre

pages à cheval et de vingt gentilshommes. Tous portaient des
manteaux courts et des culottes de velours pourpre, des pourpoints de satin blanc, des chapeaux de velours écarlate avec
des bandes d'or, des plumes d'or, et des bas de soie jaune. Puis un jeune page s'approcha du balcon où la reine était assise et
lui fit savoir qu'un assaut allait être donné par les Enfants du Désir au château fort de la Beauté.

 De la musique fut jouée, etdeux poèmes furent chantés par les pages, l'un priant Elisabeth
de se rendre, l'autre excitant les chevaliers à la bravoure.
>> Puis les deux canons retentirent. L'un était chargé de poudre
suave, l'autre d'eau parfumée, et les détonations eurent un écho dans la mélodie qui sortait de la ranchée. On mit alors
des échelles pour monter à l'assaut, et les valets de pied envoyèrent des fleurs contre les murs.

 Un feu d'artifice commença, illuminant la scène de couleurs semblables à ce que
nos maîtres hermétiques appellent la "Queue du Paon". Interdit, j'étais resté au milieu du pont. De l'aume côté du
lac, au-delà du château, j'aperçus un ruisseau qui serpentait, brillant sous la lune comme une coulée de mercure. Il se dirigeait
vers des lointains mystérieux, nimbés d'une lueur bleuâtre, surnaturelle. Je traversai le pont, et les fantômes
vinrent à ma rencontre. Mais je n'éprouvai aucune frayeur ; les ignorant, je montai dans une barque échouée au milieu des
roseaux et, contournant le château, je me dirigeai vers la lumière bleue, voguant parmi des cygnes. Les bruits de ia
fête s'estompèrent ; bientôt un silence absolu régna âutour de moi. Je n'entendais plus que la musique des sphères.

Au fil du ruisseau qui longeait un chemin, apparut une conuée désolée,
inhospitalière, sâns âge. A ma droite, une épaisse forêt ; à ma gauche, un haut talus sillonné de sentiers abrupts et couvert
des ruines fumantes de demeures aux formes les plus éuanges : rotondes, parvis efiondrés, temples éventrés d'où émergeaient
des colonnes surmontées de statues à l'aspect inquiétant : on eût dit des êmes humains soudain pétifiés par quelque
démiurge fou. Sur une des places, qui figurait un gigantesque échiquier de marbre dont chaque dalle était une case, des
personnages irréels, vêtus de loques qui avaient été autrefois de splendides habits, erraient, les yeux vides, s'ignorant les
uns les auffes, marchant sans but, dans un silence où vibraient sourdement d'invisibles influx.

 Je fus saisi d'une terreur sans nom. Je voulus faire demi-tour et me retournai, mais le feu d'artifice ainsi que le château avaient disparu.
» Soudain, je vis apparaître en haut de la coiline un personnâge qui semblait luiasant; il descendait lentement vers le chemin.
Son apparence contrastait avec celle des demi-spectres qui hantaient la ville morte : de haute stature, 11 était vêtu d'une
longue robe noire et portait un chapeau en forme de cône, également noir. Son visage était noble, gtave, avec des yeux
d'aigle sous des sourcils épais. Il avait une longue barbe blanche. Derrière lui apparut un aure homme, plus jeune,
d'apparence plus joviale, portant le même habit et le même chapeau de magicien, et en outre, sur sa poitrine, une grosse chaîne
dorée, à laquelle pendait un énorme médaillon. Suivaient deux femmes au visage harmonieux, habillées simplement, et trois
jeunes enfants. Tandis que l'étrange compagnie se rapprochait de moi, je vis que le bas de leurs habits était déchiré.
A présent, ils traversaient les ronces, sur Ie flanc de la colline. lLa lune fut masquée par un nuage, et une obscurité presque
totale s'ajouta as silence qui planait ; seule, la lumière bleuâue qui émanait de l'horizon éclairait la progression du
petit groupe. Enfin, le vieil homme fut près de moi, sa suite restant à quelque distance. Je fus surpris par la beauté et la
noblesse de son visage : il semblait, en vérité, comme le décor qui l'avait vu surgir, être au-delà du temps. Je lui demandai
qui il était, d'où il venait. D'une voix sans âge, un peu voilée, il me répondit : "Je viens du royaume d'Hécate, situé au-delà
des mers, là où les hommes jouent aux échecs avec l'Ange. Ma maîtesse est la lumière noire. Je suis un homme libre.
Mais quel est votre nom ?", lui dis-je alors.

Il me répondit: "Mon nom est John Dee." »

John ajouta en marge de son récit : << Ce rêve m'a été inspiré à Mortlake, ce 11 mars de l'année 1555 par des influx puissants du spiritus mundi,

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Le cottage de Mortlake
Cet endroit était une bibliothèque, un laboratoire et un musée. Ses milliers de livres constituaient l'une des plus belles collections privées de manuscrits occultes. On considérait Dee comme l'homme le plus instruit d'Europe. Il passait son temps à copier, traduire, étudier de nouveaux manuscrits qu'il faisait venir du Vatican, de Rome, de Florence et de nombreuses villes d'Europe. En 1570, il participa à la publication de l'une des premières, si ce n'est de la première, version anglaise de l'oeuvre fondamentale des mathématiques, « les éléments » d'Euclide. Il en écrivit la préface, laissant à Billingsley le soin de traduire les treize livres, mais certains biographes racontent que cette traduction fut en réalité l'oeuvre de Dee lui-même. Au mois de mars 1576, Dee se maria pour la seconde fois et sa femme mourut dans l'année. Il se remaria en 1578, avec une femme que lui avait présentée la reine, Jane Fromands, dont il eut huit enfants. Il semble qu'il ait aussi eu dans les années qui suivirent des contacts avec l'un des protégés de la reine, le dénommé Francis Bacon que l'on retrouva plus tard au sein de diverses sociétés secrètes.

 


la Lune étant pleine dans le signe desPoissons, à 14 degrés, en sextile âvec Mercure. Ce songe prophétique, par lequel John avait passé la barrière
du temps et communiqué avec son double, dissipa ses dernières hésitations ; malgré le risque que représentait une renconre
avec Elisabeth, il irait voir cet âstre naissant : s'il avait pu traverser les mailles du filet dans l'Invisible, tell'alchimiste qui
atteint l'essentiel à travers la matière, il pourrait sans nul doute
échapper au réseau d'espions qui entourait la princesse dans sa résidence de Woodstock. D'ailleurs, le Ciel lui accorda un
signe supplémentaire.

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Sa cousine, Blanche Parry, qui avait tenu Elisabeth dans ses bras, était présentement la dame d'honneur
et la confidente de la princesse ; John connaissait depuis longtemps son mari, le chasseur royal James Parry. Grâce à ces
braves gens, il put envoyer plusieurs messâges à la jeune licorne prisonnière : il lui dit qu'il craignait pour sa vie,
qu'elle devait êre très prudente et qu'elle régnerait un jour sur l'Angleterre. Il encouragea son intérêt pour l'astrologie et
Ia claivoyance, son horoscope révélant des dons exceptionnels dans ces domaines ; et, dès sa première lettre, John proposa à
la princesse de lui écrire en langage cryptographique, afin d'éviter toute intrusion dans leurs secrets.
John prescrivit aussi à sa jeune élève, que son signe astrologique prédisposait à une santé délicate
-
elle soufirait déjà degraves troubles du foie l'ulilisation d'herbes médicinales
plantées aurefois par les Romains et qui poussaient encore le long des murailles d'Hadrian. Mais, surtout, il éveilla chez
Elisabeth une passion pour I'asmonomie en lui faisant parvenir deux présents véritablement royaux : un astrolabe pour la
navigation consruit par le grand Germinius de Leyde, avec une carte mobile de vingt-neuf étoiles en or fin ; et un astrolabe
asmologique où les planètes étaient diverses pieres précieuses que le magicien avait rapporté de Louvain en même
temps que deux magnifiques globes terrestres, les plus beaux d'Europe, confectionnés par son ami Mercator. John y joignit
une longue lettre se terminant pâr ces mots : , Avec la certitude, très estimée princesse, ô perle du Royaume ! que le jour
est proche où l'Impératrice de la Mer figurera à la proue du Vaisseau.

Votre très dévoué John Dee, descendant de Roderick le Grand, premier prince du pays de Galles. ,
Grâce à l'entremise de Robert Dudley, maintenant duc denLeicester, à qui il avait enseignéla chimie, John Dee put enfin
rencontrer la princesse à Woodstock, quelques jours plus tard. Elle était telle qu'il I'avait imaginée d'après son horoscope
natal : d'une beauté un peu dure, d'une intelligence coupante, d'un orgueil démesuré mais caché. Sans nul doute, la princesse
avait une grande admiration pour le jeune savant, et elle 1e lui dit. Elle lui promit d'aller à Mortlake et d'y visiter son cabiner
de curiosités, et, surtout, sa collection unique de pierres pré- cieuses et de miroirs magiques, qui avait déjà eu les honneurs
de nombteux nobles. fls s'entretinrent longuement de sciences hermétiques, et John fut surpris par l'étendue des connaissances d'Elisabeth :
 n'avait-elle pas même lu et relu la Magia naturalis, de John Baptista della Porta, dont la simple possession suffisait
à envoyer au bricher n'importe quel savant ?

 La princesse exprima aussi le désir de consulter l'horoscope de sa sceur Mary, un acte que John Dee jugea, avec raison, aussi
dangereux que le précédent. Néanmoins, il ne put résister aux supplications d'Elisabeth et la quitta en lui promettant de lui
envoyer l'horoscope de sa rivale politique, avec ses propres commentaires et d'abondantes comparaisons entre les cartes du
ciel des deux sæurs ennemies. C'était la première fois que norre magicien, si prudent et
si secret d'ordinaire toutes ses études hermétiques n'étaient-elles pas rédigées en langage cryptogrâphique, et la
plupart non publiéeS prenait des risques ; il jugea que,
même si cet acte de foi pouvait lui nuire dans l'immédiat, il ne manquerait pas de lui valoir de la reconnaissance le jour où
la princesse deviendrait la reine Elisabeth ; contrairement à Sir william Cecil, vieux sceptique qui se contentait de jouer
sur tous les tableaux, John était persuadé de l'avènement proche de la princesse : non seulement les astres l'indiquaient
clairement, mais, pour John Dee le magicien, il ne pouvait en être autrement dans l'aute monde : il était impossible que le
royaume de l'Engelland de la Terre des Anges
-
restât aux mains d'une sorcière fanatique et dépravée, empoisonnée
lentement par sa propre bile, alors qu'à Woodstock, non loin de la rivière Dee, sa jeune sæur, incarnation d'un principe divin
et déjà royal, tremblait pour sa vie et pour l'avenir de l'Angleterre. Dans quelques jours, le Soleil allait entrer dans le signe du
Bélier, lequel, selon les alchimistes, coïncide avec le début de l'oeuvre, qui libère des forces de création vulcaniennes analogues au réveil
de la nature. Pour John, le moment était venu. de frapper : l'hermétiste aussi plante son épée en tere, mais
dans le domaine du subtil. Il était temps qu'enue les deux plateaux d'une balance déséquilibrée, qui avaient pour noms
Mary et Elisabeth Tudor, le plus grand asrologue de la Terre des Anges dressât le fléau qui rétablirait l'équilibre.

 Les règles de la science des astres enseignaient que la reine Mary mourrait
 au plus tard dans trois ans, quand le Næud Sud de la Lune, ou Queue du Dragon ,balaieruit son Soleil natal dans la Maison
VIII, ou Maison de la mort. Ainsi, les rouages implacables du destin, actionnés par des forces invisibles qui jouaient avec
les planètes comme Mercator avec ses globes temesffes, dessinaient dans l'ombre  la trame du futur. Plus que jamais .

John Dee remercia le Ciel qui lui avait donné la faculté de lire dans
les astres : Dieu veuille qu'il n'erit pas à s'en repentir ! Sur le jeu d'échecs en jaspe orné de pierres précieuses qu'il
avait récemment reçu en cadeau de Sir Philip Sidney, et qui trônait âu centre de la grande salle de l'Ours Noir dans sa
demeure de Mortlake, John avança la Reine d'une case. Puis il prit sa plume et se mit à écrire un long commentaire
des horoscopes, en omettant, bien srfr, de faire toute prédiction : les agents de l'actuelle reine étaient partout et la moindre
parole contre elle aurait signifié un arrêt de mort. Après tout, il ne faisait, pour le reste, que jouer le rôle attendu du premier
savânt et magicien du royaume, pensionné pat la reine et conseiller des plus grands d'Angleterre.

Pourtânt, la fougue juvénile de John Dee lui avait fait commettre 1à une grave erreur. La reine Mary haïssait sa sceur
et n'attendait que l'occasion de la mettre en prison. Ce fut paradoxalement son nouveâu protecteur qui lui donna les
meilleures armes contre elle. Le jour même de Ia visite de John Dee à la princesse Elisabeth, des rumeurs se propagèrent,
 selon lesquelles le magicien L'avait envoirtée. Deux informateurs redoutables, Ferry, un espion de Mary, et Prideaux,
auditeur d'Elisabeth, accusèrent aussi John d'avoir voulu attenter à la vie de la reine par le poison et la magie noire.

Quelques jours plus tard, le 28 mai de cette année 1555,
le Conseil ptivé ordonna à Sir Francis Englefelde, garde des Sceaux, de procéder à I'arrestation d'<< un John Dee, résidant à
Londres, et de rechercher, dans sa demeure de Mortlake, des papiers à l'appui des accusations des sieuts Fetry et Prideaux >>.
Les deux gredins affirmèrent en outre que le magister Dee avait un << esptit familiet ) comme le docteur Faust, car patmi les
enfants de riches familles dont il avait dressé le thème natal, l'un était devenu aveugle, l'autre était mott de consomption.
Coupable, enfin, d'avoir prophétisé en paroles l'avènement de la princesse Elisabeth sur le trône d'Angletere, John Dee était
accusé de haute trahison. Il fut arrêté à Mortlake, alors qu'il procédait dans son jardin à des observations asronomiques,
sans avoir eu le temps d'avertir ses amis, Sir §Talter Raleigh, le comte de Leicester, le duc et la duchesse de Northumberland,

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Sir Philip Sidney et, enfin, Sir Francis \X/alsingham, une nouvelle connaissance très influente dans les coulisses de l'Etat,
dont la demeure de Barn Elms se trouvait dans la lande, à une lieue de Mortlake.

John se félicita d'avoir pris l'habitude de rédiger toutes ses recherches secrètes en langage chiffré. Les sbires des jésuites,
qui fouillèrent ses âppartements de Londres et de Mortlake, ne purent rien trouver de compromettant, en tout cas rien qu'ils
ne pussent comprendre. La découverte de nombreux horoscopes de grands personnages les incitèrent, au contaire, à plus
de prudence. L'illusre magicien bénéficiant de hautes protections, les accusateurs retirèrent immédiatement la charge de
haute trahison retenue contre lui. D'autre part, John Dee ne nia pas avoir rendu visite à la sæur de la reine à Woodstock,
mais il n'y avait là aucun crime ; rien que matière à soupçons. L'enquête fut remise entre les mains des théologiens ; John fut
emprisonné à Hampton Court, en compâgnie d'un homme profondément religieux du nom de Batthlet Green, suspecté
d'hérésie, qui partagea sa paillasse. II se prit d'amitié pour cemalheureux féru d'hermétisme, et sa captivité lui parut moins
longue. Bientôt, il apprit que la princesse Elisabeth avait été emprisonnée dans le même bâtiment, sur l'ordre de la reine.
On craignait pour sa vie.

John traversa une période de désespoir. Il pensa aux sombres
prédictions de Jérôme Cardan, le corbeau qui disait vrai.

Pour comble de malheur, Barthlet Green fut brûlé sur le bucher

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quelques iours après, hurlant dans les flammes que la reine Mary était l'Antéchrist et qu'elle mourrait bientôt de la peste.
Le lendemain, l'évêque de Londres, Edmund Bonner, chrétien fanatique, appârut dans sa cellule, âccompagné d'un docteur en
théologie. Ils réclamèrent à John Dee ses secrets, le menaçant de bannissement à vie s'il ne les consignait pas par écrit.
John leur répondit qu'il refusait << de communiquer la moindre partie de son talent, par écrit ou oralement, le réservant à
quelques personnes dignes de lui, comme Sir wflilliam Pickering, comte de warwick, et Richard Chancellor, astronome et
navigateur ».

A des menâces plus graves, il se contenta derépondre : « Je suis hors d'atteinte. Vous n'êtes que les chiens
de garde du pape ; moi, je suis magicien et catholique. »Puis, les jours qui suivirent, l'orthodoxie religieuse de John
Dee fut débattue devant la Chambre de théologie présidée par
l'évêque Bonner. John avait repris confiance dans son horoscope de l'heure : Jupiter formait un aspect favorable avec un
transit de Mercure dans le signe de la Balance dévolu traditionnellement à la Justice. Après trois jours de délibérations à
huis clos, il fut acquitté et l'évêque conclut le jugement parces paroles : << Maître Dee, vous êtes trop jeune théologien
pour m'apprendre quelque chose en matière de religion, bienque vous soyez plus savant que moi dans d'autres domaines.
Mais prenez garde: Dieu lui-même abandonne les magiciens
lorsqu'ils se mêlent des affaires de l'Etat. >>


C'est le 29 août que John fut libéré,trois mois après son
arrestation. La reine Mary elle-même reconnut qu'aucune
charge précise ne pouvait être retenue contre lui et qu'elle était favorablement disposée à son égard.

Bien qu'il pût difficilement cacher son aversion pour les persécutions dont elle
accablait les protestants sous l' influence de son époux, Philippe II d'Espagne,

John Dee informa prudemment la reine
de son « profond attachement envers la foi catholique et la
religion révélée à l'humanité souffrante


C'est avec une joie assombrie par l'emprisonnement prolongé
de la princesse Elisabeth que John rerouva son domaine de
Mortlake, Sir \Walsingham le
râssura bientôt : la princesse était fort bien traitée à Hampton
Court, elle s'y trouvait même mieux qu'à Woodstock et avait
fait de grands progrès dans ses études d'hermétisme. Enfin, elle
avait hâte de revoir celui qu'elle appelait désormais ses
<< yeux >>.

Agée à présent de vingt-deux ans, elle était douée d'un talent
prodigieux de discernement des âmes, qu'elle illustrait volontiers en décernant
 des surnoms âux membres les plus intimes
de son entourage. Ainsi, Sir \Walsingham lui-même était sa
« lande »
-
Sir Moor
-,
Sir Burghley son esprit »
-
Sir Spirit. Espiègle et peu respectueuse des privilèges, elle n'hésitait pas
à appeler Jean de Simier, ambassadeur de France, son<< singe »
-
Sir Monkey
-,
ce qui ne manquait jamais de
déclencher l'hilarité du vieux beau.
A John, son astrologue et conseiller secret, la princesse avait
décerné le surnom flatteur, et plus sérieux, d' yeux secrets
-
my ubiquitous eyes. Le jeune magicien se promit d'aiguiser
son regard, afin qu'il puisse voir jusqu'à cette Terre Verte
dont lui avait parlé Elisabeth, un jour, en état second, et dont
il avait vu un reflet en songe, au-delà des ruines du royaume
terrestre. Il se rappela les paroles du vieux magicien qui avait
dépassé le temps : <, Ma seule maîtresse est la lumière noire. Je
suis libre. >> Au loin, les palais s'étaient effacés. Les prisons
aussi.
Désormais, il serait un maître du secret.

La huitième table du livre d'Enoch de John Dee (aussi connu sous le nom de Liber Mysteriorum, Sextus et Sanctus ou Liber Logaeth) écrit de la main d'Edward Kelley et conservé à la British Library (MS. 3189 Collection Sloane)

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Libri Mysterium
Le récit de leurs conversations avec des esprits fut aussi scrupuleusement enregistré par John Dee dans un journal secret qu'il appelait « libri mysterium ». Une partie de son contenu fut divulguée en 1659 par Meric Casaubon sous le titre « véritable et fidèle relation de ce qui de se passa pendant des années entre le docteur Dee et quelques esprits ».
L'intégralité des Libri Mysterium furent découverts en 1662 dans le tiroir secret d'un coffre de cèdre que l'état avait acquis à la mort de Dee avant de passer entre les mains de plusieurs propriétaires. Les parchemins avaient ensuite miraculeusement échappé au grand incendie de Londres de 1666 dans lequel la table sainte de John Dee avait brûlé. Ils devinrent en 1672 la possession de l'occultiste anglais Elias Ashmole. C'était un érudit du dix-septième siècle, qui s'intéressait à tout ce qui touchait à l'occultisme. Quatre ans après avoir été initié à la franc-maçonnerie dans la loge de Warrington, il avait publié sous l'anagramme « James Hasholle » une anthologie alchimique écrite par le fils de John Dee. Il avait ensuite été l'un des membres fondateurs de la Royal Society avec Newton et avait publié ses propres traités. Après sa mort, les manuscrits de Dee rejoignirent les collections de Sir Robert Cotton et Sir Hans Sloane, puis furent léguées au British Museum. Sont aujourd'hui conservés à la British Library les manuscrits: