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Wesener, pendant un voyage, s'étant trouvé par hasard en rapport avec le docteur Neeff qui magnétisait cette personne, lui signala le danger. Celui-ci en prit occasion de venir lui-même à Dulmen, afin d'étudier la prétendue ressemblance avec Anne Catherine. Il raconta alors que cette femme avait le don de voir des remèdes pour tous les maux et toutes les maladies possibles, qu'elle frayait avec des esprits bienheureux, qu'elle était conduite par son ange et par celui du magnétiseur à travers des mondes de lumière et recevait une espèce de sacrement provenant" du saint Gral.". Tout cela fit frissonner Anne Catherine ; cependant elle s'efforça, avec toute la douceur que sa charité pouvait lui inspirer, d'appeler l'attention de cet homme infatué sur les grands dangers qu'il courait et sur les illusions dans lesquelles ils vivaient, lui et sa somnambule (tous deux étaient protestants) ; mais cela ne lui réussit pas. L'homme était comme ensorcelé : il invoquait la pureté d'intention avec laquelle la somnambule et lui, avant de commencer leurs opérations, priaient Dieu de les préserver de toutes les embûches et de tous les prestiges du diable.

Il assurait que sa somnambule suivait une voie qui devenait chaque jour plus lumineuse et plus sublime, et, avec toutes ces protestations, il éluda tout examen plus approfondi de la nature intime de ses pratiques. Ce fut en vain qu'Anne Catherine déclara que la prétendue nourriture céleste et les mondes de lumière de la somnambule étaient des tromperies et des prestiges au moyen desquels l'esprit malin la tenait enchaînée dans ses filets ; le docteur n'en crut rien et ne voulut pas prendre la main qui lui était tendue pour le sauver.
" Lorsque ces deux personnes me sont montrées, dit un jour Anne Catherine, je le vois tirer de sa somnambule un fil qu'il dévide et où il fait comme un noeud qu'il avale, en sorte qu'elle le tire partout et le tient lié par là. Je vois ce peloton de fil dans son intérieur comme un nuage ténébreux qui pèse sur tout et étouffe tout. Bien des fois il lui vient à l'esprit qu'il devrait rejeter quelque chose hors de lui, mais il n'y parvient jamais.

Quant à ces visions où Anne Catherine avait appris à connaître l'essence du magnétisme, la dégradation où il peut entraîner une âme et les dangers qu'il lui fait courir, elle en communiqua quelque chose peu de temps après." Lorsque j'entendis pour la première fois parler du magnétisme par le docteur étranger, dit-elle, mon attention n'avait jamais été appelée sur ce sujet. Mais chaque fois qu'il parlait de la personne clairvoyante et des amis qui étaient en rapport avec elle, cela excitait en moi, sans que je susse pourquoi, un sentiment de vive répulsion. Cette personne me fut ensuite montrée, et je fus instruite sur son état dans des visions qui me prouvèrent que cet état n'était rien moins que pur et venant de Dieu. Je vis que l'attrait sensible et le désir de plaire y avaient part, quoiqu'elle ne voulut pas se l'avouer, et que, sans s'en rendre compte, elle avait trop d'attachement pour son magnétiseur. Je vis encore çà et là, dans l'éloignement, quelques autres personnes de cette espèce ; on voit cela comme à travers un verre grossissant. Je les vis assises ou même couchées ; j'en vis quelques-unes ayant devant elles un verre d'où partait un tube qu'elles tenaient à la main. L'impression que je ressentais était toujours une impression d'horreur, ce qui venait moins de la nature même de la chose que de l'immense danger auquel je les voyais presque toujours succomber.


" Les gestes des magnétiseurs devant les yeux, leurs passes et leur manière de prendre la main avaient pour moi quelque chose de si repoussant que je ne puis l'exprimer, parce que je voyais à la fois l'intérieur du magnétiseur et celui de la somnambule, l'influence de l'un sur l'autre, la communication de la nature et des mauvais penchants du premier à la seconde. Je voyais toujours là Satan eu personne dirigeant tous les mouvements du magnétiseur et les faisant avec lui.
" Ces personnes sont dans leurs visions tout autrement que moi dans les miennes ; quand, avant d'entrer dans l'état d'intuition, elles ont en elles si peu que ce soit d'impur, elles ne voient que fausseté et mensonge, car le démon leur présente des tableaux et donne à tout une belle apparence. Quand une telle personne se dit seulement à l'avance qu'elle désirerait ce jour-là dire quelque chose d'intéressant, ou quand elle a en elle la moindre convoitise sensuelle, elle se trouve aussitôt exposée au plus grand danger de pécher. Plusieurs, à la vérité, reçoivent un soulagement corporel ; mais la plupart en ressentent des effets pernicieux pour l'âme, sans le savoir et sans reconnaître d'où cela leur est venu. Je ne puis comparer l'horreur que ces choses me font éprouver qu'à celle que m'inspirent une certaine association secrète et ses pratiques. Il y a aussi là une corruption que je vois sans pouvoir bien la décrire.


" La pratique du magnétisme confine à la magie ; seulement on n'y invoque pas le diable, mais il vient de lui-même. Quiconque s'y livre prend à la nature quelque chose qui ne peut être conquis légitimement que dans l'Église de Jésus-Christ et qui ne peut se conserver avec le pouvoir de guérir et de sanctifier que dans son sein ; or la nature, pour tous ceux qui ne sont pas en union vivante avec Jésus-Christ par la vraie foi et la grâce sanctifiante, est pleine des influences de Satan. Les personnes magnétiques ne voient aucune chose dans son essence et dans sa dépendance de Dieu ; elles voient tout isolé et séparé, comme à travers un trou ou une fente. Elles perçoivent un rayon des choses par le magnétisme, et Dieu veuille que cette lumière soit pure, c'est-à-dire sainte. C'est un bienfait de Dieu de nous avoir séparés et voilés les uns devant les autres et d'avoir élevé des murs entre nous, depuis que nous sommes remplis de péchés et dépendant les uns des autres ; il est bon que nous soyons forcés d'agir préalablement avant de nous séduire réciproquement et de nous communiquer l'influence contagieuse du mauvais esprit.

Mais en Jésus-Christ, Dieu lui-même fait homme nous est donné comme notre chef dans lequel, purifiés et sanctifiés, nous pouvons devenir une seule chose, un seul corps, sans apporter dans cette union nos péchés et nos mauvais penchants. Quiconque veut faire cesser d'une autre manière cette séparation établie par Dieu s'unit d'une façon très dangereuse à la nature déchue, dans laquelle règne avec ses séductions celui qui l'a entraînée à sa chute.
" Je vois l'essence propre du magnétisme comme vraie ; mais il y a un larron qui est déchaîné dans cette lumière voilée. Toute union entre des pécheurs est dangereuse ; la pénétration mutuelle l'est encore davantage. Mais quand cela arrive pour une âme tout à fait ouverte ; quand un état qui ne devient clairvoyant que parce qu'il implique la simplicité et l'absence de calcul devient la proie de l'artifice et de l'intrigue, alors une des facultés de l'homme avant la chute, faculté qui n'est pas entièrement morte, est ressuscitée d'une certaine manière, pour le laisser plus désarmé et dans un état plus mystérieux, exposé intérieurement aux attaques du démon. Cet état est réel, il existe ; mais il est couvert d'un voile, parce que c'est une source empoisonnée pour tous, excepté pour les saints.


" Je sens que l'état de ces personnes suit, à certains égards, une marche parallèle au mien, mais allant d'un autre côté, venant d'ailleurs et ayant d'autres conséquences. Le péché de l'homme doué de la faculté commune de voir est un acte accompli avec ses sens, devant ses sens ; la lumière du dedans n'est pas obscurcie pour cela, mais elle exhorte dans la conscience, elle pousse comme un juge intérieur à d'autres actes sensibles de repentir et de pénitence ; elle conduit aux remèdes surnaturels que l'Église administre sous une forme sensible, aux sacrements. C'est alors le sens qui est pécheur et la lumière intérieure qui est l'accusatrice.


" Mais dans l'état magnétique, quand les sens s'ont morts, quand la lumière intérieure reçoit et rend des impressions, alors ce qu'il y a de plus saint dans l'homme, le surveillant intime, est exposé à des influences pernicieuses, à des infections contagieuses de l'esprit mauvais, dont l'âme, à l'état de veille ordinaire, ne peut pas avoir la conscience au moyen des sens, assujettis comme ils le sont aux lois du temps et de l'espace ; de même aussi elle ne peut pas se défaire de ces péchés à l'aide des remèdes purificateurs de l'Église. Je vois à la vérité qu'une âme tout à fait pure et réconciliée avec Dieu, même dans cet état ou la vie intérieure est ouverte, peut n'être pas blessée par le diable. Mais je vois aussi que si auparavant, ce qui arrive bien facilement, surtout pour le sexe féminin, elle a consenti à la moindre tentation, Satan joue librement son jeu dans l'intérieur de cette âme, ce qu'il fait toujours de manière à éblouir et avec les apparences de la sainteté. Les visions deviennent des mensonges, et, si elle y voit par hasard quelque moyen de guérir le corps mortel, elle l'achète bien cher au prix d'une infection secrète de l'âme immortelle. Elle est fréquemment souillée par un rapport magique avec les penchants mauvais du magnétiseur.

Magnétisme condamné par l'Église
Catherine Emmerich et le curé d'Ars


L'Église a positivement condamné le magnétisme par un décret du Saint-Office ainsi formulé : Magnetismus, prout exponitur, non est admittendus. Or, le magnétisme n'est autre que l'hypnotisme ; en prenant ce nouveau nom, s'il a changé de veste, il n'a pas changé de nature. « La question de l'hypnotisme, dit Paul Richer (1), touche de près aux faits rangés dans le cadre du magnétisme animal. Convient-il d'établir entre l'hypnotisme d'une part, et le magnétisme de l'autre, une séparation nettement tranchée ? Nous ne le pensons pas, du moins quant à présent. »
Le Père Coconnier n'a pas hésité à les séparer pour les besoins de sa cause, mais il n'a fourni aucune preuve à l'appui.
Il est vrai que, par sa décision du 4 août 1856, le Saint-Office a toléré l'emploi médical du magnétisme ; mais les conditions posées à ce sujet prouvent combien, dans l'esprit de l'Église, le magnétisme est suspect et entaché de diabolisme.

L'Église vient encore de condamner indirectement le magnétisme dans le décret d'introduction de la cause de la vénérable servante de Dieu Marie-Françoise de Sales Chappuis, supérieure du monastère de la Visitation de Troyes, décret du 27 juillet 1897, dans lequel il est dit de la Vénérable : « Elle détourna plusieurs personnes des témérités du gallicanisme, des superstitions du magnétisme et des restes du jansénisme. »
Il faut espérer que l'Église condamnera un jour formellement l'hypnotisme, à raison même des thèses qui se sont élevées en sa faveur jusque dans le camp des catholiques.
Par décision du 30 mars 1898, approuvée par le Pape, le 1er avril, la Sacrée Congrégation de l'Inquisition a formellement condamné le spiritisme, quand bien même le médium ne s'adresserait qu'à des anges et n'obtiendrait que des réponses en conformité avec la Foi.
Est-ce que cette condamnation ne tombe pas sur l'hypnotisme ? Le spiritisme, n'est-ce pas l'hypnotisme pratiquant les évocations ?

Il faut aussi écouter les saintes âmes. – Je citerai à ce propos la soeur Catherine Emmerich, grande stigmatisée de notre siècle. Ses dires sur le magnétisme sont tout un enseignement. Son confesseur et son médecin avaient voulu la magnétiser pour calmer ses douleurs. Elle les en détourna. Ce qu’elle dit d’une somnambule célèbre de Francfort est applicable doctrinalement à toutes les somnambules. « La pratique du magnétisme, disait la voyante de Dulmen, confine à la magie ; seulement on n'y invoque pas le diable, mais il vient de lui-même. »
Catherine eut une foule de visions au sujet du magnétisme : « Je voyais toujours là Satan, disait-elle, dirigeant tous les mouvements du magnétiseur et les faisant avec lui. » Et ailleurs : « Je n'ai presque jamais vu personne sous l'influence du magnétisme sans qu'il s'y mêlât au moins une impureté charnelle très subtile... Je vis des gens tomber de la région lumineuse dans la région ténébreuse par suite de ces participations à ces procédés magiques qu'ils appliquaient au traitement des malades, prenant pour prétexte l'intérêt de la science. Je les vis alors magnétiser, et égarés par des succès trompeurs, attirer beaucoup de personnes hors de la région lumineuse. Je vis qu'ils voulaient confondre ces guérisons d'origine infernale et ces reflets du miroir des ténèbres, avec les guérisons opérées par la lumière et avec la clairvoyance des personnes favorisées du ciel. Je vis, à cet étage inférieur, des hommes très distingués travailler à leur insu dans la sphère de l'église infernale (2) ».
Et en disant tout cela, la voyante allemande n'avait-elle pas jugé de son regard prophétique tout notre hypnotisme contemporain, tous les médecins et tous les abbés qui s'en mêlent ?

Maintenant je laisse la parole au R. P. Lescœur. – Qu'il soit permis à celui qui écrit ces lignes, de raconter un fait, à lui personnellement connu, qui met en relief et en contraste, d'une manière saisissante, les deux surnaturels « le divin et le diabolique ». C'est à moi-même et par le héros de l'histoire que la chose a été rapportée. « Le Vénérable Curé d'Ars, que j'ai eu le bonheur d'approcher dans ma jeunesse, avait pour voisin et pour ami M. de M…, excellent chrétien ; M. de M. était, en même temps, un curieux de métaphysique et de philosophie, il a toute sa vie travaillé à un grand ouvrage qui ne verra jamais le jour. Souvent il venait à Paris pour ses études ; mais jamais il ne quittait son saint ami sans venir lui demander sa bénédiction. Il en faisait autant au retour. Or, un jour, M. de M... se décida à venir à Paris étudier le magnétisme en suivant les séances, alors célèbres, du baron Du Potet. Il n'avait en aucune façon mis le Curé d'Ars dans la confidence ; au retour il vint, selon son habitude, lui demander sa bénédiction. Il le trouva debout sur le seuil de son église. Mais du plus loin que le saint vieillard l'aperçut, il fit un geste comme pour le repousser, et lui cria d'un ton sévère : « Vade retro satanas, retirez-vous de moi, satan, vous venez d'avoir commerce avec le diable ! »Tout interloqué, M. de M... fut obligé d'avouer ce qu'il venait de faire, et n'obtint son pardon que sur sa promesse de ne pas recommencer ».

Les saints ont les illuminations divines : aussi, ai-je plus de confiance dans les dires de la pieuse Catherine Emmerich et du saint Curé d'Ars, que dans la thèse du Père Coconnier, donnant la chasse au diable pour la donner surtout au Père Franco.

Les débats sont terminés. – J'avais dit dans La stigmatisation : L'hypnotisme est diabolique, l'imagination ne peut pas faire de stigmates. – Arrive l'auteur de l'hypnotisme franc qui a soutenu tout le contraire de mes deux thèses. – J'ai répliqué.
Qui a raison du maître en théologie ou du docteur en médecine ? Au-dessus de nous, il y a heureusement des juges : tôt ou tard, ils se prononceront sur ces questions en litige, d'autant plus que toute la mystique divine y est mise en cause par l'hypnotisme et ses fausses stigmatisations.

tome 1 de la vie de St Catherinne Emmerich

 

(1). Etudes médicales sur la grande hystérie.

(2). Prière de lire complètement dans la Vie de Catherine Emmerick, par le Père Schmoeger, t. 1er, le chap. XXXII, à partir de la page 472.