Nos cellules rayonnent de la lumière. Une lumière biologique appelée biophoton. Des étincelles lumineuses que l’on sait désormais cartographier et dénombrer. Témoin passionné et privilégié des premières expériences faites en Allemagne par Fritz-Albert Popp, considéré par tous comme « l’inventeur moderne des biophotons », le biophysiciens néerlandais Roeland Van Wijk poursuit aujourd’hui ses travaux. Rencontre.

 

Nexus : Vous êtes un pionnier des biophotons, des étincelles de lumière émises par les cellules du vivant. Vous les observez depuis bientôt quarante ans. Quelles sont les principales propriétés de cette lumière biologiques ?

Roeland Van Wijk : Il s’agit avant tout d’un rayonnement coloré. L’émission de biophotons se déroule principalement au sein du rayonnement visible, dans les longueurs d’ondes comprises entre 450 et 570 nanomètres, avec des couleurs qui varient en fonction des organismes observés. Les biophotons émis par des levures ou des champignons sont des ultraviolets. Ceux des cellules humaines ou des mammifères sont bleu-vert. Chez les cellules végétales, en revanche, les émissions lumineuses se situent dans le rouge.

La visibilité des biophotons dépend de surcroît des tissus composant les organes et organismes. Des biophotons peuvent être produits par certaines parties d’un tissu et utilisés ou réabsorbés par d’autres. Pourquoi certains types de tissus ont-ils une meilleure capacité de stockage de photons, tandis que d’autres en font qu’en produire, sans discontinuer, comme c’est le cas dans les zones de la respiration ? La pénétration des biophotons au sein des tissus n’est, de plus, pas la même selon que l’on étudie des os, des muscles ou la peau.

 

Nexus : Il est également question, au sujet des biophotons, d’émissions lumineuses ultra-faibles rayonnées à d’extrêmement basses fréquences. Qu’en est il ?

RVW : L’intensité lumineuse des biophotons est effectivement extrêmement faible. De l’ordre d’un millionième de milliardième de watt (10-16). C’est à dire zéro virgule zéro, zéro, zéro et ainsi de suite jusqu’à 16 chiffres après la virgule. L’intensité lumineuse ultra-faible s’explique par le faible nombre de photon émis. En surface, on ne peut voir les biophotons qu’un par un. Les biophotons sont émis les uns à la suite des autres. Leur succession semble en revanche répondre à un certain rythme, à un ordre donné. Existerait il un rythme sous jacent reglant la production de ces biophotons ? Les études engagées, très délicates à mener, ne nous ont pas encore donné de réponse définitives. Une fréquence, une fluctuation très lente a toute fois été observée. Cette oscillation semble avoir une fonction qui reste à déterminer…

 

Nexus : D’où viennent finalement les biophotons du corps humain ? Vous distinguez plusieurs sources, différents mécanismes biochimiques et biophysiques… Pouvez vous nous rappeler lesquels ?

RVW : Les biophotons peuvent avoir plusieurs origines, même s’il reste difficile d’en déterminer une source majeure. Différents types de cellules participent au champ lumineux endogène du corps. Une partie de ces photons provient d’abord des tissus que l’on étire, qui sont pressés ou comprimés. Ces déformations induisent toujours l’apparition de charges électriques. Il s’agit de phénomènes dits « piézoélectriques ». Ces charges accumulées en se déplaçant, peuvent émettre spontanément des biophotons.

Une autre possibilité est que toutes les cellules sont des sources d’énergie. Cette énergie est produite au sein d’organelles appelées mitochondries, qui sont de véritables centrales d’énergie cellulaire fabriquant des électrons. Ce processus de synthèse d’énergie, présent dans toutes les cellules, peut être perturbé. Des photons peuvent alors être relâchés.

Le fait est également que toutes les molécules présentes dans une cellule sont en contact les unes avec les autres, s’isolant ou se transmettant mutuellement de l’énergie. Cette énergie stockée, relayée ou capturée peut spontanément s’échapper sous la forme de biophotons. Ces différents mécanismes cellulaires, biochimiques ou biophysiques contribuent tous à la production de biophotons.

 

Nexus : Une dernière possibilités existe, celle-ci fait intervenir des globules blancs…

RVW : L’émission de biophotons à partir de globules blancs, les leucocytes, est en effet un mécanisme très particulier, mis en évidence depuis longtemps. Les leucocytes sont des cellules macrophages de l’immunité qui protègent notre corps de toutes sortes de microbes et d’intrus. Lorsque les leucocytes entrent en action, activés par une invasion de bactéries par exemple, ces globules blancs émettent aussi de la lumière. L’émission de lumière manifeste, disons un haut niveau d’activité, donc d’énergie. Haut niveau d’énergie employé ici pour combattre et endommager les micro-organismes.

Le rôle des cellules immunitaires dans la production lumineuse du corps peut être approximativement calculé. On estime le nombre de leucocytes dans le corps humain à 25 milliards. Chaque leucocyte rayonne au repos environ 4 photons par seconde. Pleinement actif un leucocyte rayonne jusqu’à 20 biophotons par seconde. Cinq fois plus qu’au repos. Leur contribution au champ lumineux corporel n’est pas à sous-estimer.

 

Nexus : Comment peut on mesurer les biophotons ?

RVW : Nous pouvons mesurer des émissions lumineuses ultra-faibles. Bien sûr, cela ne peut avoir lieu que sur un temps relativement restreint, juste après la réaction biophotoniques. On utilise alors un appareil appelé photomultiplicateur. Il s’agit d’un tube composé d’une substance photosensible, qui réagit en présence d’un photon. Cette réaction chimique produit un électron que l’on va alors multiplier, amplifier, afin de pouvoir mesurer un voltage. En combinant une très grande quantité de tubes photomultiplicateurs, on peut ainsi obtenir une image d’une grande précision, similaire aux capteurs CCD des caméras numériques. Nous avons pu réaliser ainsi des caméras capables de mesurer les émissions de biophotons chez les être humains. Seuls deux exemplaires de cette caméra CCD ultrasensible existent aujourd’hui dans le monde. L’une au Japon et l’autre au Pays Bas, dans mon laboratoire à Utrecht.

 

Nexus : Quelle que soit l’intensité lumineuse des biophotons, des constantes dans l’émission de photons ont été mises en évidence chez l’homme. Notamment un schéma de distribution des émissions lumineuses à l’échelle du corps…

RVW : Nous avons effectivement mis en évidence des structures types d’émission lumineuse chez l’homme. Comment cela ? En posant la caméra CCD sur différents endroits du corps, en l’appliquant comme un scanner corporel. Chez les personnes en bonne santé, nous avons pu voir des constantes. L’émission biophotonique n’est pas uniforme. La tête est toujours la zone la plus émettrice… excepté les yeux, qui n’irradient aucune lumière. Si vous descendez plus bas, de la gorge au thorax, puis l’abdomen, les émissions du corps diminuent progressivement. Le plus bas vous allez, le moins de lumière est rayonnée.

Plus bas, sur la jambe, aux niveaux des articulations du genou et de la cheville, il y a un regain de lumière. Cela est dû aux charges électriques que génère la piézoélectricité de ces zones continuellement sous tension, sous pression. Une autre découverte notable est que les parties « dures » du corps, telles que les ongles, brillent beaucoup plus fortement.

Si l’on regarde les bras, les émissions restent très réduites, mais augmentent brutalement au niveau des mains. Le dos de la main émet moins de biophotons que la paume. Ces émissions ne sont pas corrélées à la température extérieure ou aux rayonnements infrarouge du corps. Nous avons aussi découvert que l’intensité des émissions de la main gauche augmente à partir de 20h. Et que la nuit, entre minuit et 5h du matin, la main gauche émet plus de biophotons que la main droite. Puis, tandis que les émissions diminuent du côté gauche, celles de la main droite augmentent. Elles culminent dans la journée, entre 10h et 15h.

Enfin le schéma de répartition des émissions lumineuses est plus ou moins symétrique. Les moitiés droite et gauche du corps rayonnent de manière similaire. Voici ce que nous savons en ce qui concerne des individus en bonne santé.

 

Nexus : En regard des variations observées entre les mains droite et gauche, avez vous remarqué d’autres cycles diurnes ? D’autres différences entre l’activité du jour et le soir, au coucher ? Ou le matin lorsqu’on se lève ?

RVW : Au lever, l’émission de biophotons est assez faible, puis augmente au fur et à mesure de la journée. Un pic est atteint à un moment de la nuit, avant de redescendre à nouveau. L’ensemble forme un véritable rythme circadien, sur 24 heures. Si vous élargissez les mesures, sur un mois ou une année, on peut également mettre en évidence un cycle annuel, calqué sur le rythme des saisons. Avec des émissions plus importantes en été qu’en hiver.

Tout cela est très logique finalement. Nous avons des cycles reliés à d’autres cycles, reliés à plus ou moins grande échelle. Cela nous amène à la notion d’oscillation et de fluctuation à la base de ces émissions lumineuses, qui correspondent à une fuite de photons de notre énergie métabolique.

 

Nexus : Derrière la diversité de ces rythmes et des conditions cellulaires ou moléculaires d’apparition des biophotons, un principe moteur général a donc pu être mis en évidence…

RVW : Le plupart du temps, les biophotons sont relâchés dans une situation de stress : le stress oxydatif. C’est une condition clé. Lorsqu’il y a un déséquilibre, une perturbation, le système devient instable et ne peut conserver son énergie. C’est alors qu’il va produire des biophotons.

Reformulé en termes thermodynamique (qui décrivent les échanges d’énergie entre différents systèmes), un organisme échange avec son environnement de l’énergie, de l’information et de la matière. C’est ainsi que se forme une structure hautement organisée, une organisme vivant doté d’un réseau complexe de boucles de rétroaction suscitant de complexes séquences de réactions en chaîne. Depuis Prigogine, en 1961, on sait que l’état le plus économe, où tous les processus se déroulent en cohérence, est celui qui produit le moins d’entropie. C’est à dire le moins de désordre et de déperdition d’énergie. Or, confronté à n’importe quel stress, le flot continu d’énergie inhérent à tout organisme est perturbé et doit s’adapter à la nouvelle situation. Autrement dit, dès que l’entropie se développe et qu’il y a des déséquilibres, l’émission de biophotons augmente. L’énergie lumineuse se dissipe vers l’extérieur. A l’inverse, dans des conditions « normales », lorsque l’ensemble de la machinerie de notre biosystème travaille en harmonie, le flux des photons est stable et naturellement très bas.

Nous avons d’ailleurs montré dans une expérience que les personnes plongées dans un état méditatif émettent moins de biophotons que les autres. 35% de moins en moyenne que dans le groupe témoin. Nous avons également retrouvé le même ordre de grandeur suite à la mesure d’un point d’acupuncture, le JG4. L’électrostimulation de ce point d’acupuncture produit moins de biophotons (1805 photons par mm2) que la stimulation des zones inactives environnantes (2744 photons par mm2). Ces chiffres suggèrent que les points d’acupuncture émettent moins de lumière que le reste de la peau.

 

Nexus : Un état de calme intérieur va donc se répercuter à l’extérieur, sur le nuage de particules lumineuses qui nous environne ? En réduisant la déperdition en biophotons… ?

RVW : Il est essentiel de comprendre que l’énergie et les informations échangées par l’organisme le sont principalement à l’aide d’interactions électromagnétiques. Celles-ci sont d’une importance cruciale dans les processus biologiques. Le système électromagnétique d’un organisme est créé d’une part par le va-et-vient des particules (électrons, atomes, molécules) porteuses de charges électriques et génératrice de courant, et d’autre part par des photons.

Un stress conduit donc à un changement du flux électromagnétique global, ce qui entraîne des modifications de l’organisation et des réactions biochimiques du système. Pourquoi les échanges biochimiques des processus associés à la pensée et aux émotions n’auraient ils pas le même effet ?

 

Écrit par Maxence Layet et Miriam Gablier - Nexus