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Nous ressentons par ailleurs un besoin de clarification en ce qui concerne les effets des champs électromagnétiques sur l’homme. Nous touchons certainement ici un thème qu’il n’est pas possible de traiter de façon superficielle. Il a été démontré sans ambiguïté que la matière, donc les tissus humains aussi, se réchauffe au sein de champs ondulatoires électromagnétiques. Il n’est donc pas possible d’affirmer que ces derniers n’ont aucun effet sur l’homme. Si l’on se penche cependant sur la nature des effets que ces champs produisent sur les sentiments et les pensées ou sur la santé et la mentalité, nous tombons vite dans un domaine où il est très difficile de distinguer l’objectif du subjectif, voire de l’autosuggestion. Paul Emberson traite cette question dans les pages 9, 19 [18], 20 [19] et 23 [22]. Il se réfère en particulier aux propos de Rudolf Steiner sur ce qu’il appelle le « double ahrimanien » de l’homme. L’extrait suivant, tiré de la conférence du 16 novembre 1917, permet de s’en faire une idée : « Cela se passe ainsi : peu de temps avant que nous ne naissions, un autre être spirituel, nous dirions aujourd’hui selon notre terminologie, un être ahrimanien, s’introduit en nous. Il est tout autant en nous que notre propre âme. Ces entités qui vivent leur vie du fait qu’elles utilisent les hommes eux-mêmes pour pouvoir exister dans la sphère où elles veulent se trouver, ont une intelligence exceptionnellement élevée et une volonté très fortement développée, mais aucune sensibilité, aucune humanité ; elles n’ont pas les forces du cœur humain. – Et nous traversons ainsi la vie en ayant notre âme et un tel double, qui est plus intelligent, beaucoup plus intelligent que nous, mais qui a une intelligence méphistophélique, une intelligence ahrimanienne, et en plus, une volonté ahrimanienne, une volonté très forte, une volonté qui est beaucoup plus proche des forces de la nature que notre volonté humaine, laquelle est régulée par notre cœur. Au xixe siècle, la science a découvert que notre système nerveux était parcouru par des forces électriques. Elle avait raison. Mais lorsqu’elle a cru, lorsque les chercheurs croient que la force nerveuse qui fait partie de nous, qui est la base de notre vie mentale, a quoi que ce soit à voir avec des courants électriques, ils ont tort.

Car les courants électriques sont les forces qui ont été déposées en nous par cet être que je viens de décrire, ils ne font pas du tout partie de notre être : nous portons effectivement aussi des courants électriques en nous, mais ils sont purement de nature ahrimanienne. » (16 novembre 1917)60 Après avoir lui-même cité ce passage à la page 35 [33], Paul Emberson poursuit plus loin : « Ces « doubles » ahrimaniens surintelligents et doués d’une volonté extrêmement puissante, Rudolf Steiner les évoqua à nouveau 10 jours plus tard, en précisant que les forces cosmiques venant de la direction des Gémeaux et du Sagittaire peuvent être entièrement mises à leur service dans la technique. Le détournement de la technique (mentionné dans mon article principal) qui a conduit au développement de l’électronique moderne n’a pas été fait dans l’intérêt de l’humanité. Nous entrevoyons ici une des réalités occulte les plus bouleversantes de notre époque. L’ordinateur, autrement dit le cerveau électronique, n’a pas été inventé pour l’homme mais pour le double ahrimanien en nous. Ahriman a donc trompé l’humanité par ruse diabolique.» Que les ordinateurs, comme toute technologie, relèvent d’inspirations venant d’Ahriman, cela est généralement admis et incontesté, en particulier si l’on se réfère aux déclarations de Rudolf Steiner que nous produirons plus loin. Il s’agit maintenant de savoir quelles conséquences en tirer. Paul Emberson considère manifestement que l’électronique moderne exerce un effet particulier sur ce double ahrimanien décrit par Rudolf Steiner, étant donné que celui-ci est à l’origine des flux électriques dans le corps humain. C’est une éventualité qui mérite d’être prise en considération. Mais lorsqu’il s’agit de retrouver où Rudolf Steiner aurait pu dire que les forces des Gémeaux et du Sagittaire peuvent être mises au service de ce double, nous sommes à nouveau renvoyés à nous-mêmes. Dans la conférence du 25 novembre 1917, Rudolf Steiner dit seulement ceci : « Déjà dans l’Antiquité, on savait qu’il s’agissait là de quelque chose de cosmique, et les scientifiques savent bien, aujourd’hui, sur le plan exotérique, qu’il existe d’une manière ou d’une autre, dans le zodiaque, derrière les Gémeaux, un magnétisme positif et un magnétisme négatif. Il s’agira alors de paralyser ce qui devait venir du cosmos par la manifestation de la dualité, de le paralyser de manière égoïste, matérialiste, au moyen des forces qui affluent vers l’humanité depuis les Gémeaux, et qui peuvent être entièrement mises au service du double. » (25 novembre 1917)61 Il est donc dit que les forces émanant des Gémeaux peuvent être mises au service du double ahrimanien. Il faudrait encore éclaircir en quoi ces forces sont à placer sur le même plan que celles émanant du Sagittaire. Paul Emberson continue en déclarant que les processus électromagnétiques présents dans le système nerveux n’appartiendraient pas à ce dernier et ne devraient pas s’y trouver. À la page 35 [33], nous lisons que seules « de fines vibrations générées par le corps astral et stimulées dans les nerfs par l’activité du corps éthérique » devraient apparaître dans la substance nerveuse. Et à la page suivante nous lisons que, selon Rudolf Steiner, il s’agirait, dans le cas du penser spirituel, de vibrations extrêmement subtiles. Jusque-là, nous n’avons retrouvé nulle part une telle affirmation de Rudolf Steiner. En tout état de cause, d’après Paul Emberson, des vibrations exogènes dues aux ondulations des champs électromagnétiques dans l’environnement (c’est-à-dire la pollution électromagnétique) sont produites par induction dans les cellules électriquement chargées du double ahrimanien, à tel point que tout penser méditatif devient impossible. Par là, il justifie une affirmation préalablement énoncée en page 9 selon laquelle l’électrosmog62 effacerait la perception du Christ dans l’éthérique.

Dans le même contexte, Paul Emberson déclare aussi, à la page 9, que les radio-transmissions actuelles utilisent des « ondes carrées » dotées d’un motif « ondulatoire dentelé ». Ces déclarations nécessiteraient dans tous les cas de plus amples développements car nous ne pouvons envisager que les propos de Paul Emberson se rapportent aux aspects physiques des ondes de transmission radio. Au cours d’une visite chez Anthro-Tech, sur laquelle nous reviendrons plus loin, Paul Emberson a démontré l’effet que le crépitement d’un radiotéléphone induit sur la membrane d’un haut-parleur situé à proximité. Mais cela se produit du fait que les ondes radio sont « pulsées », et l’on pourrait assurément se pencher sur la manière dont les ondes pulsées agissent sur l’être humain. Or, même transmises par pulsation, les ondes physiques sont toujours sinusoïdales63. Sur ce point, l’exposé de Paul Emberson pourrait semer la confusion chez un lecteur peu versé dans le domaine, et c’est ce que nous voulons éviter ici. Il existe bel et bien des ondulations « carrées », comme Paul Emberson l’évoque à la page 33 lorsqu’il parle du courant à ondes rectangulaires de l’électronique digitale. Ces ondulations « carrées » se rapprochent d’une forme rectangulaire par la superposition harmonieuse de vibrations de différentes fréquences. On les utilise entre autres dans les puces informatiques où il importe de pouvoir distinguer avec certitude différentes mesures de voltage. Elles ne trouvent cependant aucune application dans la radio-transmission. Pourquoi Emberson les qualifie de « type de courant alternatif beaucoup plus terrible », cela n’est pas clair pour nous. D’autant que ces ondulations carrées ne sont pas utilisées pour le transfert d’énergie mais uniquement pour la gestion de signaux ou la production de tonalités. Nous voulons par la suite examiner quelques citations de Rudolf Steiner que Paul Emberson utilise aussi en partie pour son argumentation. Nous espérons qu’une reproduction plus complète de ces citations permettra de donner aux lecteurs un aperçu suffisant. À la page 35, Paul Emberson se réfère à la conférence de Rudolf Steiner du 28 janvier 1923, lorsqu’il écrit64 : « Dans les déclarations de Rudolf Steiner il n’est pas toujours question de dommages durables causés à l’organisme, mais souvent de la perturbation des vibrations humaines par les oscillation induites. Dès que cette impulsion étrangère est suffisamment forte pour vaincre les vibrations naturelles, c’en est fini de la pensée intuitive ou méditative. Rudolf Steiner faisait précisément cette observation et il disait : Et quand on regarde les représentations que l’on avait avant l’ère de l’électricité, on peut dire d’elles : elles laissaient encore au penseur qui abordait la Nature la liberté de penser le spirituel, au moins abstraitement, au sein de la Nature... Mais l’électricité a atteint les nerfs de l’homme moderne et elle a chassé des nerfs toute orientation vers le spirituel. » On peut se demander ici si Rudolf Steiner a effectivement parlé d’un effet direct de l’électricité sur les nerfs, rendant un penser intuitif ou méditatif impossible. Avant de revenir à cette question, nous aimerions reproduire de façon plus complète l’extrait de conférence donné par Paul Emberson.

Ainsi donc, le 28 janvier 1923, Rudolf Steiner déclare : « En fait, ce n’est qu’au tournant du xviiie au xixe siècle qu’a commencé à poindre cet ingrédient de la civilisation qui inonde aujourd’hui toute notre civilisation extérieure. Imaginez-vous donc un peu cet immense contraste ! Pensez à ce physicien qui préparait les cuisses d’une grenouille dont les cuisses, tressaillant en entrant en contact avec le métal du revêtement de sa fenêtre, lui firent découvrir l’électricité à ce niveau. Cela fait combien de temps ? Il n’y a pas un siècle et demi. Et aujourd’hui l’électricité est un ingrédient de la civilisation. Et pas seulement un ingrédient de la civilisation. Voyez-vous, lorsque des gens de mon âge étaient encore de jeunes jouvenceaux, personne n’aurait eu l’idée de décrire en physique des atomes autrement qu’en termes de petites sphères dépourvues d’élasticité, ou éventuellement douées d’élasticité, entrant réciproquement en collision, etc., et on calculait les résultats de ces collisions. Personne n’aurait encore eu l’idée autrefois de représenter purement et simplement l’atome comme on le représente aujourd’hui : comme un électron, comme une entité se composant en fait strictement d’électricité. La pensée des hommes est devenue complètement obnubilée par l’électricité, et ceci depuis peu de temps. Nous présentons aujourd’hui les atomes comme quelque chose où l’électricité s’agglutine autour d’une sorte de petit soleil, autour d’un point central. Nous parlons d’électrons. Lorsque nous considérons ainsi ce qui met l’univers en mouvement, alors nous présumons partout de l’électricité. Là, on voit bien que la culture extérieure dépend de notre penser. Des gens qui n’emprunteraient pas de moyens de transport électrifiés ne se représenteraient pas non plus les atomes sous une forme électrique.

Et si l’on considère maintenant les représentations que l’on avait avant l’époque de l’électricité, on peut dire de celles-ci qu’elles donnaient encore à l’investigateur de la nature65 la liberté de concevoir le spirituel dans la nature, au moins abstraitement. Un minuscule petit vestige du réalisme scolastique subsistait encore. Mais en s’appliquant aux nerfs de l’homme moderne, l’électricité a chassé des nerfs toute inclination vers la spiritualité. Et les choses sont allées encore plus loin. La toute honnête lumière, qui flue à travers l’espace cosmique a été, petit à petit, calomniée, comme étant une chose analogue à l’électricité. Quand on parle aujourd’hui de ces choses quelqu’un, dont la tête est complètement submergée par la vague culturelle de l’électricité, il a bien entendu l’impression qu’on ne raconte que des sornettes. Mais c’est parce que cet homme considère cela comme des sornettes qu’il tire la langue – comme le chien qui suffoque de chaleur – en portant le poids de l’histoire sur son dos, en se traînant accablé de concepts historiques et ne sachant plus s’exprimer à partir de l’immédiateté du présent. Car voyez-vous, avec l’électricité, on entre dans un domaine qui se présente à la vision imaginative autrement que d’autres domaines de la nature. Aussi longtemps qu’on était resté dans la lumière, dans le monde des sons, donc dans l’optique et l’acoustique, point n’était besoin d’apprécier moralement ce que la pierre, la plante, l’animal vous révélaient dans la lumière sous forme de couleurs, dans le monde auditif sous forme de sons, parce qu’on avait un souvenir, aussi faible fut-il, de la réalité des concepts et des idées. Mais l’électricité a chassé cet écho. Et si d’un côté on n’est pas en mesure aujourd’hui de trouver la réalité en ce qui concerne le monde des impulsions morales, on n’est d’autre part vraiment pas en mesure de trouver la moralité dans le champ de ce qu’on considère comme le plus important ingrédient de la nature. Quand on attribue aujourd’hui aux impulsions morales une efficacité réelle, au point qu’elles aient en elles la force de devenir plus tard réalité sensible tout comme le germe d’une plante, on passe pour à moitié fou. Mais, si aujourd’hui quelqu’un venait attribuer des impulsions morales à des effets naturels, il passerait pour complètement fou. Et pourtant, quiconque a jamais senti, consciemment avec une véritable intuition spirituelle, le courant électrique passer à travers son système nerveux sait que l’électricité n’est pas seulement un courant d’origine naturelle, mais qu’il est en même temps un élément moral dans la nature; et qu’au moment où nous entrons dans le domaine de l’électricité, nous pénétrons aussi dans le domaine moral. Car, si vous mettez les doigts dans un circuit électrique fermé vous sentez aussitôt qu’ils élargissent votre

vie intérieure à un domaine d’où, au même moment, l’élément moral se retire. Vous ne pouvez chercher l’électricité personnelle qui réside en l’homme dans aucun autre domaine que là où, au même moment, les impulsions morales se retirent. Celui qui ressent la totalité du fait électrique, ressent bien en même temps la moralité propre au fait naturel. Et sans s’en douter les physiciens modernes ont en fait accompli un étrange tour de passe-passe. Ils ont représenté l’atome sous une forme électrique et, selon la conscience générale de l’époque, ils ont oublié qu’en le représentant sous une forme électrique ils lui attribuent une impulsion morale, ils en font un être moral. Or, ce que je dis maintenant est inexact. Car en faisant de l’atome un électron, on n’en fait pas un être moral, on en fait un être immoral. Assurément, les impulsions morales, les impulsions naturelles, nagent dans l’électricité mais ce sont des impulsions immorales, ce sont les instincts du Mal qui doivent être dominés par le monde d’en haut. Et le contraire le plus absolu de l’électricité, c’est la lumière. C’est mélanger le Bien et le Mal que de considérer la lumière comme de l’électricité. On a précisément perdu la véritable perception du Mal dans l’ordonnance de la nature si l’on n’est pas conscient qu’en électrifiant les atomes on en fait, en réalité, les porteurs du Mal, non seulement les porteurs de la chose morte comme je l’ai exposé dans le dernier cours, mais du Mal. En laissant les atomes comme tels, en se représentant la matière atomiquement, on en fait les porteurs du mal.

À l’instant même où l’on électrifie cette partie de la matière on se représente la nature comme le mal. Car des atomes électriques sont mauvais, de petits démons. » (28 janvier 1923)66 Lorsqu’il s’exprime sur la nature de l’électricité en la qualifiant d’immorale et même de mauvaise dans sa tendance fondamentale, les paroles de Rudolf Steiner nous paraissent jusque-là compréhensibles et exemptes d’ambiguïtés. L’opinion, que l’on rencontre aussi ici et là parmi les anthroposophes, selon laquelle l’électricité ne serait ni immorale ni morale, qu’elle serait donc amorale mais que tout dépendrait de l’utilisation que les hommes en font, ne correspond pas à ces déclarations de Rudolf Steiner. Mais il ne nous semble pas que de la phrase : « l’électricité a affecté les nerfs de l’homme moderne et en a extirpé tout ce qui pouvait le conduire vers le spirituel », il découle nécessairement que l’effet de l’électricité sur les nerfs puisse être directement comparé aux effets de l’électrosmog. Dans cette conférence, Rudolf Steiner parlait plutôt de l’effet découlant d’une conception du monde selon laquelle l’électricité serait le fondement de toute chose. Il est en effet intéressant qu’il ait également dit que voyager dans un train électrique avait une incidence sur notre façon de voir le monde. Sans citer de source, Paul Emberson déclare à la page 30 [28] que pour Rudolf Steiner les impulsions immorales et les instincts du mal résident dans l’électricité. Cela dit, il se réfère très probablement à cette conférence du 28 janvier 1923. Du reste, nous sommes convaincus que nous ne pouvons en aucun cas passer sous silence ce que Rudolf Steiner dit directement à la suite de ces explications, car cela nous amène, en ce qui concerne la manière de se positionner de l’homme moderne face aux influences de l’électricité et de la technique, à adopter un point de vue complètement différent de celui auquel conduisent les conclusions de Paul Emberson. Rudolf Steiner dit dans cette même conférence : « Si l’anthroposophie était un fanatisme, si l’anthroposophie était un ascétisme, l’anathème tomberait aussitôt sur la civilisation de l’électricité. Mais ce serait évidemment un non-sens, car seuls peuvent parler ainsi des visions du monde ceux qui ne tiennent pas compte de la réalité. Ceux-là peuvent dire : Oh, c’est ahrimanien ! Chassons-le ! On ne peut en effet faire cela que dans l’abstraction. Car, une fois que l’on a organisé une réunion sectaire et vociféré à propos des protections à prendre contre Ahriman, on n’en descend pas moins l’escalier pour monter dans le tramway électrique. Si bien que toutes ces vociférations à propos d’Ahriman peuvent bien prendre des accents sacrés, pardonnez cette expression triviale : c’est une mascarade. On ne peut pas fermer les yeux sur le fait qu’on est obligé de vivre avec Ahriman. Il faut vivre avec lui d’une manière juste, il faut seulement ne pas se laisser subjuguer par lui. » (28 janvier 1923)67

Et vers la fin de cette conférence il ajoute : « Nous devons avoir le courage de nous servir de concepts moraux, donc dans le cas présent de concepts antimoraux, quand nous parlons de l’électricité. L’homme moderne en effet a horreur des faits. Il trouve désagréable de devoir s’avouer qu’en prenant les transports électriques il s’assoit dans le fauteuil d’Ahriman. Il préfère donc se mystifier et organiser des rassemblements sectaires où il dit : Il faut se protéger d’Ahriman. Mais ce n’est pas cela qui importe ; ce qui importe c’est que nous sachions que l’évolution terrestre est dorénavant une évolution où les forces naturelles elles-mêmes, qui interviennent dans la civilisation, doivent forcément être ahrimanisées. Et il faut même qu’on en soit conscient parce que ce n’est que de cette façon que l’on trouvera le juste chemin. » (28 janvier 1923)68 Si l’on prend au sérieux ces paroles de Rudolf Steiner, alors les propositions de Paul Emberson de se retirer de l’ensemble de la civilisation, qui utilise l’ordinateur et où naît l’électrosmog, n’apparaissent pas comme un chemin à rechercher. Paul Emberson objecterait certainement que la technique actuelle s’est justement développée de manière si extrême qu’il n’est plus possible d’éviter qu’elle nous submerge, ainsi que Rudolf Steiner le préconisait face à la présence de la technique à son époque. Paul Emberson raconte aux pages 19 [18] et 20 [19] que Rudolf Steiner aurait mis en garde contre les effets de la transmission sans fil. Il se réfère ici à la réponse à une question, le 16 juin 1924, dans le cadre des conférences sur l’agriculture de Koberwitz.

La même source sera citée à la page 33 [32] dans un contexte similaire. Dans ce qui suit, Rudolf Steiner répondait à la question de savoir s’il était permis de conserver de grandes quantités de fourrage par le courant électrique : « Quel est ici le but recherché ? Votre question nous oblige évidemment à une réflexion sur l’étendue du rôle que joue l’électricité dans la nature en général. J’aimerais dire qu’il est tout de même consolant d’entendre d’ores et déjà des voix venues d’Amérique, ce pays où le sens de l’observation se manifeste en général mieux que chez nous en Europe, qui s’expriment dans ce sens que les hommes ne peuvent pas évoluer de la même façon dans une atmosphère sillonnée de toutes parts par des courants et des radiations électriques et qu’au contraire cet état de choses a un retentissement sur toute l’évolution humaine. La vie de l’âme ne sera plus la même si l’on donne à ces choses l’extension qu’on projette de leur donner. Il y a déjà une différence selon que vous équipez les chemins de fer d’une région de locomotives à vapeur, ou que vous électrifiez le réseau. Les effets de la vapeur nous sont assez conscients, ceux de l’électricité, eux, nous sont redoutablement inconscients, et les êtres humains ignorent d’où viennent certaines choses. À bien y réfléchir, il ne fait pas de doute qu’il y a là une évolution dans le sens d’une utilisation de l’électricité en surface sous forme rayonnante, mais aussi sous forme conductrice afin de transmettre des nouvelles le plus vite possible d’un point à un autre ; à vivre ainsi, notamment dans l’électricité rayonnante, les hommes finiront par ne plus comprendre ces nouvelles qui leur parviennent avec tant de rapidité. Cette vie agit comme un éteignoir sur la faculté de comprendre. Déjà maintenant, on en remarque certains effets. Vous pouvez remarquer dès aujourd’hui que les hommes ont beaucoup plus de mal à saisir ce qui leur arrive qu’il y a encore quelques décennies. Il est néanmoins consolant de voir se répandre au moins de l’Amérique une conscience de ces choses. D’autre part, nous savons que quand apparaît quelque chose de nouveau, on commence d’ordinaire par en faire également un remède. Mais par la suite les prophètes se servent également de la chose. Il est curieux de voir qu’à l’apparition d’une nouveauté les clairvoyances se réduisent aussi à des choses humaines. Vous aurez par exemple quelqu’un qui prophétise aux hommes les vertus curatives de l’électricité alors que cela ne lui serait jamais passé à l’idée auparavant. C’est ainsi que naissent les modes.

Tant que l’électricité n’existait pas, qui donc aurait pensé qu’elle pût soigner ? Personne. Et tout à coup, pas seulement parce qu’elle est là mais parce que la mode en est venue, la voilà brusquement promue au rang de médicament. L’électricité n’a souvent guère plus de valeur thérapeutique, lorsqu’on l’emploie pour ses radiations, que de petites aiguilles fines qu’on prend pour faire des piqûres. Ce n’est pas l’électricité qui guérit en l’occurrence, mais c’est le choc qu’elle provoque qui a un effet salutaire. Il ne faut pas oublier non plus que l’électricité agit toujours particulièrement sur l’organisation supérieure, l’organisation tête chez l’homme et chez l’animal et que par conséquent, chez la plante, c’est sur le système racine qu’elle agit avec une force extraordinaire. Donc lorsqu’on se sert de l’électricité pour irradier les aliments, on obtient une nourriture qui petit à petit a nécessairement sur l’animal qui la consomme un effet sclérosant. C’est un processus lent – on ne s’en aperçoit pas tout de suite – on s’apercevra tout d’abord que pour une raison ou pour une autre les animaux meurent avant l’heure. On n’en attribuera pas la cause à l’électricité, on trouvera toutes les raisons possibles et imaginables. Mais l’électricité, après tout, n’est pas une force qui devrait agir sur de la matière vivante, elle ne devrait pas servir à stimuler le vivant ; elle en est incapable. Quand on sait que l’électricité se situe un niveau en dessous du niveau du vivant et que plus le vivant est à un stade évolué, plus il s’évertue à repousser l’électricité – il s’agit effectivement de répulsion – et quand d’autre part on oblige le vivant à utiliser des moyens de défense alors qu’il n’y a pas nécessité de se défendre, alors petit à petit la nervosité, l’agitation et la sclérose s’emparent de ce vivant. » (16 juin 1924)69 Rudolf Steiner indique ici de façon tout à fait claire que le fait de vivre dans une atmosphère sillonnée de toutes parts par des courants et des rayonnements électriques, exerce une influence sur l’évolution de l’homme.

Il y est même question de l’utilisation de l’électricité rayonnante pour la transmission d’informations. On ne peut donc pas reprocher à Paul Emberson une interprétation abusive. Les déclarations de Rudolf Steiner sur le fait que l’électricité ne devrait pas agir à l’intérieur du vivant jettent, en effet, une lumière sérieusement inquiétante sur l’ensemble des champs électromagnétiques alternatifs qui sont devenus entre temps un phénomène de civilisation omniprésent. Par ailleurs, Paul Emberson écrit à la page 32 [31] que Rudolf Steiner se serait opposé à l’utilisation du courant alternatif à la place du courant continu. Mais malheureusement, encore une fois, aucune source n’est mentionnée. Dans une citation de Rudolf Steiner du 11 juillet 1923 que Paul Emberson cite à la page 23 [22], on trouve d’autres éléments qui peuvent être rapportés au phénomène de l’électrosmog : « Comparez le monde d’aujourd’hui à celui d’il y a 100 ans. Si vous comparez le monde d’aujourd’hui à celui d’il y a 100 ans, vous vous direz qu’il existe une différence en général entre aujourd’hui et l’époque remontant un siècle en arrière. Mais une différence des plus énormes, qui n’est pas prise en compte, est qu’aujourd’hui notre atmosphère de toutes parts est sillonnée par plein de câbles de télégraphes, de téléphones, etc. Cela dit, en Europe, l’entrelacement de câbles semble n’être encore qu’un jeu d’enfants à côté des États-Unis. C’est la raison pour laquelle nous trouvons là-bas une once de discernement vis-à-vis de ce que cela signifie pour l’homme. Là-bas, on pressent que l’homme est influencé par la vie qui bourdonne dans l’air à travers les câbles télégraphiques, que l’homme devient un véritable appareil d’induction. Réfléchissez au fait qu’un courant opposé agit dans vos nerfs et qu’également un courant redressé agit dans votre système sanguin. L’humanité porte aujourd’hui tout cela en elle, mais on en parle à peine. Ce sont, au sens le plus fort, des forces ahrimaniennes que l’homme d’aujourd’hui intègre par la culture extérieure, et il ne peut pas non plus les repousser. On se fait bien des idées sur ce qu’il est possible et sur ce qui est le plus improbable, mais des réalités les plus fortes, l’humanité s’en préoccupe justement le moins. On devrait, par exemple aussi, se demander un jour dans quelle mesure la différence entre Goethe et l’homme d’aujourd’hui consiste dans le fait que Goethe n’était pas encore entouré de câbles télégraphiques. Voyez-vous, ce qui est aujourd’hui dévastation de l’âme humaine est essentiellement en lien avec tout ceci. » (11 juillet 1923)70

Conclusions Nous voilà arrivés au terme de notre exposé critique sur les déclarations de Paul Emberson et sur

ses références à Rudolf Steiner que nous n’avons malheureusement pas toujours réussi à retrouver. Le lecteur se sera peut-être demandé si nous n’avions pas essayé d’entrer personnellement en contact avec Paul Emberson afin d’obtenir des clarifications. Une tentative a bien eu lieu en ce sens, quoique de façon plutôt non conventionnelle. Du fait de la façon dont Paul Emberson a rendu public ce débat sur la technique et sur le rôle de la Société anthroposophique par la publication du n°10 d’Anthro-Tech News à l’hiver 200971, la Section mathématique - astronomique a pris la décision de travailler pour trouver des solutions aux problèmes soulevés dans ce n°10 de manière également plus officielle. Les expériences faites au cours des années précédentes avec Paul Emberson et son manque d’ouverture furent une raison supplémentaire pour amorcer ce travail. Une brochure de dix pages résumant les déclarations non clarifiées de Paul Emberson a été élaborée et fut envoyée à des personnes connues de la Section mathématique - astronomique, avec la demande de contribuer au travail d’éclaircissement. Ce même résumé fut également envoyé à Paul Emberson avec une lettre personnelle. Grâce aux réponses à cet appel, nous avons pu retrouver trace de l’assertion de Rudolf Steiner selon laquelle la technologie de Strader aurait dû être inventée dès les années 1930. Au moment de lancer notre appel, ce passage ne nous était pas encore connu. À part ce cas précis nous n’avons pu clarifier aucun des points en question, et aucune réponse de Paul Emberson ne nous est parvenue. En juin 2010, une rencontre eut lieu à Anthro-Tech, aux Sciernes-d’Albeuves, entre Bodo von Plato, membre du comité directeur de la Société anthroposophique, et Paul Emberson, afin de parler avec lui de sa position vis-à-vis de la Société et de l’École de science de l’esprit. Il s’agissait de comprendre pourquoi, au vu des critiques adressées aux deux institutions, il ne manifestait pas d’intérêt pour un dialogue et ne s’était pas non plus retiré de la Société ou de l’École de science de l’esprit.

Le rédacteur de cet article a pu assister à cette rencontre dans l’espoir, au cours d’un entretien personnel avec Paul Emberson, d’obtenir davantage de clarté sur ses déclarations. Bodo von Plato avait l’intention de convier à cette rencontre un autre jeune anthroposophe, Louis Defèche, qui s’était par le passé confronté de manière critique avec les écrits de Paul Emberson. À la veille de la visite, Paul Emberson nous fit comprendre qu’il préférait ne pas le recevoir. La rencontre chez Anthro-Tech se déroula dans une atmosphère amicale. Cependant, Paul Emberson nous signala vite qu’il souhaitait principalement parler avec Bodo von Plato des questions relatives à son positionnement face à la Société anthroposophique et à l’École de science de l’esprit. Il ne sembla pas s’intéresser à une clarification des questions posées par la Section mathématique - astronomique. Il nous confia plus tard qu’il n’accordait aucune valeur à la méthode et au style de l’appel qui avait été élaboré. Selon lui, la forme rédactionnelle reflétait une « pensée informatique » binaire qui ne cherche que des réponses de type « oui » ou « non ». À la question de savoir pourquoi il citait Rudolf Steiner sans en donner les sources, il répondit en substance que, s’il le faisait, le lecteur ne ferait plus que consulter l’œuvre complète et ne réfléchirait plus par lui-même. Lorsqu’il lui fut ensuite demandé pourquoi il y associait Rudolf Steiner au lieu de faire valoir ses opinions pour elles-mêmes, il expliqua qu’il se sentait obligé de le faire au cas où ses opinions et des déclarations de Rudolf Steiner se recoupaient, et qu’il travaillait de toute façon avec l’œuvre de Rudolf Steiner. Quand on lui demanda derechef en quoi une indication des sources était trop exiger, l’argumentation était retournée au point de départ et il consentit finalement à mettre à disposition les références manquantes. Cependant, il ne fixa pas le délai dans lequel il trouverait le temps d’y travailler et la Section mathématique - astronomique n’a rien reçu jusqu’à ce jour. Une visite guidée circonstanciée à travers les ateliers, équipés de machines complexes, en partie anciennes, issues de l’industrie de l’horlogerie, avait pris trop de temps pour que nous puissions voir ce que ces machines permettaient de développer ou d’accomplir. Comme l’entretien prévu était prioritaire, il ne fut plus question, pour des raisons de temps, d’assister à une démonstration des techniques de recherche d’ Anthro-Tech comme l’Harmogyra.

Comme nous l’avons évoqué, toute la rencontre se déroula dans une atmosphère amicale et humainement empreinte de courtoisie. À la fin restait l’impression d’avoir réalisé un pas l’un vers l’autre, aussi bien concernant la clarification de questions techniques que la relation de Paul Emberson à la Société anthroposophique et à l’École de science de l’esprit. Cependant, Paul Emberson n’a pas répondu à une lettre amicale de Bodo von Plato, envoyée dans les semaines suivant notre visite et résumant les résultats de la rencontre, si bien que seul le temps pourra montrer quels seront les prochains points de contact entre AnthroTech et le Goetheanum ou la Section mathématique - astronomique. Au cours de nos recherches, nous avons rencontré d’autres passages de l’œuvre orale de Rudolf Steiner en lien avec la thématique traitée ici. Nous voulons conclure en les présentant puis en essayant de donner un aperçu de la direction vers laquelle les réflexions pourraient se diriger à l’avenir. Le passage suivant, datant du 11 juillet 1923, est à ranger sans équivoque parmi les propos de Rudolf Steiner que l’on peut considérer comme indicatives sur le thème de l’électrosmog : « Ce que j’avais déjà été amené à dire en d’autres lieux, je désire le répéter ici. Dans certaines régions de la terre, on arrive enfin à saisir qu’il existe une différence entre notre époque et celle d’il y a un siècle. On parle de Goethe comme il a vécu, disons, en 1823, en oubliant de préciser un aspect qui, en Amérique où cela est d’une actualité plus grande qu’en Europe, commence à poindre sous forme d’un pressentiment. Rappelezvous Weimar, et tous ces lieux où Goethe s’est promené ; il n’y avait nulle part de fils télégraphiques, de lignes de téléphone etc. L’air n’était pas parcouru par des lignes télégraphiques ou des lignes électriques. Songez un instant à la subtilité des instruments qui servent à envoyer partout les effets de l’électricité. Or, l’être humain est constamment entouré par ce genre d’appareils. Les Américains commencent à se demander si ce qui circule partout dans les installations électriques n’aurait pas quelque effet sur l’être humain physique. Goethe a pu se promener par le monde sans que son corps soit incommodé par des flux d’induction. Aujourd’hui, on peut s’éloigner très loin, mais il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour être doublé par des installations électriques. Nous sommes toujours soumis à des courants inductifs. Cela, Goethe ne l’a pas connu.

Tout cela prive l’humanité de son corps physique, agit sur le corps physique de telle sorte que l’âme ne peut pas y entrer. Nous devons savoir qu’à l’époque où les courants électriques n’existaient pas, et où l’air n’était pas parcouru dans tous les sens par des lignes électriques, il était plus facile d’être homme. Il n’y avait alors pas encore cette présence permanente de forces ahrimaniennes qui nous subtilisent notre corps, même à l’état de veille. À cette époque, les gens n’avaient pas à faire tant d’efforts pour accéder à l’esprit. Voilà pourquoi, si nous voulons véritablement être homme, nous avons besoin de développer, aujourd’hui, des capacités spirituelles bien plus fortes qu’il y a cent ans. Loin de moi l’idée de défendre une position réactionnaire et de dire, par exemple : donc, éliminons tout cela, libérons-nous des acquis de la civilisation moderne ! Telle n’est pas mon intention. Mais l’être humain a besoin, aujourd’hui, de cette orientation spirituelle que lui oppose la science de l’esprit. Par l’expérience puissante de l’esprit, il devient plus fort pour faire front aux puissances qui se font jour dans le sillage de la civilisation moderne et tendent à solidifier notre corps pour mieux nous le subtiliser. Si cela ne se réalise pas, nous en arriverons au point où – je dirais volontiers – les hommes rateront la jonction avec le devenir de l’humanité. » (11 juillet 1923)72 Les déclarations faites ici par Rudolf Steiner indiquent sans ambiguïté que, de son point de vue,

les lignes électriques dans notre environnement engendrent sur les êtres humains des effets qui peuvent être critiqués. Si l’on réfléchit à quel point ces influences se sont renforcées de nos jours, en comparaison de celles que Rudolf Steiner connaissait en 1923, produites par les câbles télégraphiques et autres installations, on peut effectivement se demander s’il est encore possible, en présence de telles influences, de mettre en œuvre les capacités spirituelles nécessaires pour être un homme, comme Steiner l’exprime. Paul Emberson dirait que cela n’est possible qu’à travers la nouvelle forme de chemin initiatique qu’il propose et en évitant l’électronique moderne. Nous laissons cette question ouverte, mais souhaitons encore ajouter quelques déclarations de Rudolf Steiner qui entrent selon nous dans ce contexte. Il s’agit de passages qui soulignent clairement que toute technologie engendre des influences problématiques sur l’être humain.

Cependant, il faut toujours comprendre qu’il ne saurait être question de se tenir à l’écart de ces technologies. Au lieu de paraphraser ou d’interpréter, laissons parler cet extrait de la conférence du 5 décembre 1907, « La fièvre à la lumière de la science de l’esprit » : « Durant le processus de civilisation, l’homme est constamment placé dans des contextes différents. S’il en était autrement il n’y aurait pas d’évolution, pas d’histoire de l’humanité. Ce que l’expérimentation nous a permis d’observer73, chez les animaux, comme effet produit sur le corps physique se manifeste de façon inverse chez l’homme. Parce qu’il dispose d’un moi, l’homme est capable d’assimiler intérieurement les impressions culturelles qui l’assaillent du dehors. Il est intérieurement actif, il adapte d’abord son corps astral à ces conditions modifiées et le restructure. Au cours de l’évolution l’homme atteint des stades plus élevés et reçoit sans cesse de nouvelles impressions. Celles-ci s’expriment d’abord par des sentiments et des sensations. Si l’homme restait passif et inerte, si aucune activité productive ne pouvait plus se manifester, il s’étiolerait et tomberait malade comme c’est le cas pour l’animal. Mais l’être humain se distingue par sa capacité à s’adapter et à modifier progressivement ses corps éthérique et physique à partir du corps astral L’homme doit toutefois être intérieurement à la hauteur de cette transformation, faute de quoi aucun équilibre ne pourrait s’établir entre ce qui vient à lui de l’extérieur et ce qui réagit de l’intérieur. Nous serions alors oppressés par les impressions venant de l’extérieur, comme l’animal en cage est oppressé car il ne développe aucune productivité intérieure.

L’homme possède cette activité intérieure. Il doit toujours pouvoir opposer quelque chose aux lumières spirituelles qui l’entourent, leur permettre en quelque sorte d’être vues. Tout ce qui engendre une dysharmonie entre les impressions extérieures et la vie intérieure est source de maladie. Dans les grandes villes en particulier, nous pouvons voir ce qui se produit lorsque les impressions extérieures augmentent à l’extrême. Quand nous devons nous presser au milieu du vacarme et des gens pressés qui nous passent à côté sans pouvoir nous positionner intérieurement, sans possibilité d’intervenir, cela a des effets malsains. Quand je dis « se positionner » vis-à-vis de ces choses, il ne s’agit nullement de quelque chose de rationnel mais de la possibilité de réagir au niveau du ressenti, dans notre âme et même dans notre corps. Pour mieux comprendre cela, considérons un type de maladie spécifique de notre époque et qui jadis n’existait pas : une personne qui n’est pas habituée à intégrer beaucoup de choses, qui s’est appauvrie dans son âme, sera submergée d’impressions au point de se trouver face à un monde extérieur devenu incompréhensible. C’est le cas chez certaines natures féminines : la vie intérieure est trop faible, trop peu structurée pour tout assimiler. Ce phénomène, qui se trouve aussi chez des hommes, aboutit aux maladies hystériques. Les maladies hystériques en sont la conséquence.

Toutes ces maladies de ce type ont leur origine dans ce qui vient d’être décrit. Une autre forme de maladie apparaît quand notre vie nous conduit, face à ce qui nous vient du monde extérieur, à trop vouloir comprendre. Cela se manifeste plutôt chez les hommes souffrant de la maladie de causalité. Ils ont la manie de toujours se demander : pourquoi ? pourquoi ? On commence même à entendre parler de l’homme comme d’un « animal de causalité perpétuelle ». Aujourd’hui, les règles de la politesse ne nous permettent plus de répondre aux questions futiles à la manière d’un certain fondateur de religion. Lorsqu’on lui demandait ce que Dieu faisait avant d’avoir créé le monde il disait : « Il taillait des verges pour ceux qui posent des questions inutiles. ». C’est exactement l’état opposé de l’hystérique. Nous avons ici une aspiration trop forte et sans trêve pour la résolution d’énigmes. Ce n’est ici qu’une expression pour un état intérieur. Celui qui ne se fatigue jamais de toujours demander « Pourquoi ? » a une autre constitution que les autres hommes. Ses fonctions organiques et spirituelles se déroulent autrement que chez quelqu’un qui ne demande « Pourquoi ? » que pour un motif extérieur. Cela conduit à tous les états hypocondriaques, des troubles les plus légers jusqu’aux délires pathologiques les plus lourds.

C’est ainsi que le processus de civilisation agit sur l’homme. L’être humain doit avant tout garder l’esprit ouvert, pour être capable d’assimiler intérieurement ce qui vient à lui du dehors. Nous comprendrons mieux maintenant pourquoi tant d’êtres humains aspirent à se retirer de cette civilisation, à fuir ce genre de vie. Ils ne peuvent plus tenir tête à ce qui les pénètre, ils cherchent à en réchapper. Ce sont toujours des natures faibles qui ne savent pas opposer une vie intérieure puissante aux impressions extérieures. » (5 décembre 1907)74 Opposer une vie intérieure puissante aux impressions extérieures serait donc un remède permettant de faire face à l’évolution culturelle. Les ordinateurs, les téléphones portables et les champs électromagnétiques font-ils partie de ces phénomènes desquels on pourrait soustraire les effets oppressants et nocifs par une vie intérieure une vie intérieure forte ? En va-t-il de même en ce qui concerne ces impressions culturelles : ceux qui cherchent à les éviter seraient des natures faibles ? Sept ans après la conférence qui vient d’être citée, nous trouvons encore un passage dans une conférence du 28 décembre 1914 où Rudolf Steiner s’exprime au sujet de la tendance à vouloir simplement éviter les influences ahrimaniennes extérieures, et où il ne passe pas non plus sous silence les effets dommageables d’un environnement qui se technicise toujours plus. « Or, l’être humain n’accède à ce lien qu’il doit avoir, s’il veut être un homme au vrai sens du mot, qu’en le recherchant à travers la vie dans son être intérieur, s’il peut, dans ce qu’il vit intérieurement, plonger assez loin dans les profondeurs de son âme pour y trouver les forces qui l’unissent à la réalité spirituelle dont il est né et dans le sein de laquelle il repose ; dont il peut être séparé, dont il a déjà été séparé par les perceptions sensorielles et la pensée qui comprend, et maintenant aussi, comme nous l’avons vu, par la vie moderne qui l’emplit d’esprits ahrimaniens. C’est seulement en plongeant dans les profondeurs de son propre être que l’homme trouve le lien avec les êtres spirituels divins favorables et salutaires, avec les Hiérarchies spirituelles qui suivent en ligne droite le fil de l’évolution.

Cette liaison avec les Hiérarchies spirituelles, pour lesquelles nous sommes en réalité nés spirituellement, cette vie en commun avec elles est rendue pour l’homme extrêmement difficile par un monde de plus en plus imprégné par le milieu que crée la technique moderne. L’être humain est en quelque sorte arraché à ses liens spirituels et cosmiques et, en son être intérieur, les forces qu’il doit développer pour rester uni à l’esprit et à l’âme du cosmos sont affaiblies et amoindries. Celui qui a déjà accompli les premiers pas de l’initiation s’aperçoit donc que toutes les machineries qui imprègnent la vie moderne pénètrent dans la nature spirituelle et psychique de l’homme en y détruisant, en y tuant beaucoup de choses. Et cet homme s’aperçoit que cette destruction lui rend particulièrement difficile de réellement développer les forces intérieures qui créent le lien entre l’être humain et les entités spirituelles légitimes – comprenez bien ce mot – des Hiérarchies. Lorsque celui qui, ayant accompli les premiers pas dans l’initiation, et se trouvant dans un wagon de chemin de fer ou sur un vapeur, veut par la méditation pénétrer dans le monde spirituel, il se donne naturellement de la peine pour développer la force de vision et de contemplation qui l’élève vers ce monde spirituel, mais il constate que le monde ahrimanien emplit son être de tout ce qui s’oppose à cet élan vers le monde spirituel, et le combat est alors gigantesque. On peut le dire, c’est un combat intérieur à vivre dans le corps éthérique, un combat où l’on est pulvérisé, broyé. Ce combat, ceux qui n’ont pas fait les premiers pas de l’initiation le livrent aussi, naturellement, et la seule différence, c’est que celui qui a accompli ces premiers pas en est conscient. Chacun doit le livrer, chacun en vit les effets. Ce serait commettre la plus grave erreur que de dire : il faut se défendre contre tout ce que la technique a apporté dans la vie moderne, il faut se protéger contre Ahriman, il faut s’écarter de cette vie moderne. Le véritable remède consiste non pas à laisser s’affaiblir les forces de l’âme moderne et à se distancer de la vie moderne, mais au contraire à fortifier l’âme pour qu’elle puisse supporter cette vie. Garder son courage devant la vie moderne, voilà ce que demande le karma du monde, et c’est pourquoi la véritable science de l’esprit a ce caractère singulier : elle exige d’emblée de l’âme humaine des efforts, et même des efforts plus ou moins intenses.

On entend dire si souvent : oui, les livres traitant de la science de l’esprit dont nous disposons sont d’une écriture difficile, ils exigent qu’on fasse de vrais efforts, qu’on poursuive activement le développement des forces de son âme pour s’adapter vraiment à cette science de l’esprit. Des gens « pleins de bonne volonté » – je le dis entre guillemets – viennent constamment exprimer, devant les passages difficiles, le désir de faciliter un peu les choses à leur prochain, et veulent autant que possible – cette fois, je ne dis pas entre guillemets – vulgariser ce qui est écrit dans un style un peu malaisé. Mais la nature même de la science de l’esprit veut qu’elle pose des exigences à l’activité de l’âme, qu’en un certain sens on ne parvienne pas facilement à admettre son enseignement ; car dans son champ il ne s’agit pas seulement de recevoir ce qu’elle a à dire sur telle ou telle chose ; il s’agit de la façon dont on le reçoit : d’une âme active, en faisant des efforts, comme si – pardonnez-moi l’expression familière – comme s’il fallait assimiler la substance de la science spirituelle à la sueur de son âme. Ceci fait partie – excusez l’expression empruntée à la mécanique – de l’appareil de la science de l’esprit. Lorsqu’on fuit en quelque sorte les idées et les concepts difficiles que celle-ci propose, on révèle encore qu’on a mal compris ce qu’est son nerf véritable. Et combien d’humains les fuient, nous le savons bien, combien préfèrent de beaucoup rêver – que le Seigneur le donne aux siens dans leur sommeil ! – et préfèrent infiniment se faire dépeindre dès le début, en toutes sortes d’images de rêve, le monde spirituel, plutôt que de conquérir des connaissances par l’activité, par les efforts de la vie intérieure de l’âme.

Nous savons combien nombreux sont ceux qui préfèrent faire l’expérience de telle ou telle vision plutôt que de s’asseoir et d’étudier un livre traitant de thèmes difficiles de la science de l’esprit ; livre qui certes est fait pour parler aux forces de l’âme humaine endormies durant la vie diurne courante, qui donc stimule ce qui sinon reste inconscient en l’homme et par là le fait pénétrer de façon vivante dans le monde spirituel. La bonne démarche ne consiste pas à laisser se dérouler passivement la vie consciente en planant dans la pénombre, mais à faire effort pour traverser, dans l’activité de l’âme, le développement des pensées et des idées. Car, lorsqu’on s’adapte à ces développements de pensées et d’idées, lorsqu’on fait effort, qu’on les assimile vaillamment, on parvient grâce à cette adaptation active, courageuse, au degré où ne faire que théoriser, que penser, qu’admettre ce qui est ainsi donné, se transforme en une contemplation, en une véritable présence dans le monde spirituel. Mais ce qui pour nous découle de ces considérations et devient précisément une conception de la vie moderne, c’est qu’en raison du milieu que crée la technique, nous descendons dans une sorte de sphère ahrimanienne et nous nous laissons imprégner de spiritualité ahrimanienne.

Le plus terrible malheur se serait produit dans l’évolution de la terre si dans le passé des mesures n’avaient pas été prises en vue de ce que, conformément au karma du monde, l’humanité moderne doit vivre sous l’influence de cette spiritualité ahrimanienne. La vie se déroule et ne peut se dérouler autrement, diraisje volontiers, que selon un rythme pendulaire. Elle est vécue comme oscillant d’un côté à l’autre en un battement de pendule. On ne peut pas dire, par exemple : gardons-nous d’Ahriman ! – Car il n’existe pas de moyen qui permette de se garder de lui. Et quand quelqu’un aspire, par exemple, à se retirer dans une petite chambre où les couleurs lui conviennent aussi bien que possible, là où il n’y a pas d’usines et où il ne passe pas de trains, afin de se trouver tout à fait à l’abri de la vie moderne, il existe encore beaucoup, beaucoup d’autres voies pour faire pénétrer la spiritualité ahrimanienne dans son âme. Il se dérobe à la vie moderne, mais la spiritualité moderne trouve bien le moyen de l’atteindre. » (28 décembre 1914)75

Par ces exigences posées à l’homme moderne, on peut réellement avoir l’impression que Rudolf Steiner nous met au défi. D’une part il indiqua clairement que la technique fait obstacle sur le chemin d’évolution prévu pour l’homme, et d’autre part il ne s’est pas lassé de souligner que l’on ne pouvait, ni ne devait se soustraire à ces évolutions culturelles. Cette contradiction paradoxale pour la conscience habituelle est exprimée dans toute sa radicalité, dans la conférence du 6 octobre 1917 : « Depuis un temps qui n’est pas si éloigné, des impulsions culturelles qui n’existaient pas autrefois sont intervenues dans l’évolution, et qui sont très caractéristique de notre civilisation. Essayez seulement de vous transporter en pensée dans un passé relativement peu éloigné du nôtre. Vous constaterez par exemple que la machine à vapeur n’existait pas, qu’on n’utilisait pas l’électricité, ce sont des temps où tout au plus Léonard de Vinci, au moyen de réflexions et d’expériences, essayait de se représenter comment l’homme pourrait voler. Or, tout cela s’est trouvé réalisé en un temps relativement court. Songez combien de choses dépendent aujourd’hui de l’utilisation de la vapeur, de l’électricité, de l’aérodynamique, de la statique qui a permis la navigation aérienne. Pensez à tout ce qui, dans un passé récent, est intervenu dans l’évolution, au pouvoir de destruction de la dynamite, etc. et vous pourrez facilement vous représenter, d’après la rapidité du processus, que des choses de cette nature, plus extraordinaires encore, seront à l’avenir souhaitées par l’humanité.

Vous vous imaginerez facilement que l’idéal de l’humanité pour un proche avenir, ce n’est pas que les Goethe se multiplient, mais les Edison. Voilà en fait l’idéal de l’humanité actuelle. L’homme d’aujourd’hui croit que tout cela – télégraphe, téléphone, utilisation de la vapeur, etc. – se fait sans la collaboration d’entités spirituelles. Mais il n’en est pas ainsi. L’évolution de la civilisation se fait aussi avec la participation d’esprits des éléments, même si l’homme n’en sait rien. Ce ne sont pas seulement les pensées sécrétées par son cerveau – comme l’humanité matérialiste le croit – qui ont mené à construire le téléphone et le télégraphe, à faire circuler les machines à vapeur dans les champs et de par la terre ; tout ce que l’homme accomplit dans ce domaine se fait sous l’influence d’esprits élémentaires, qui agissent et collaborent en tous lieux. Dans ce domaine, ce n’est pas l’homme seul qui mène, il est mené. Dans les laboratoires, notamment partout où se manifeste l’esprit d’invention, les inspirateurs sont certains esprits élémentaires. Or, ceux de ces esprits qui donnent leurs impulsions à notre civilisation depuis le xviiie siècle sont de même nature que ceux dont se servent les dieux pour que s’accomplissent la naissance et la mort. C’est là un des secrets dont l’homme doit avoir connaissance.

La loi régissant la marche du monde – je l’ai nommée ainsi – veut que dans le déroulement de l’évolution, les dieux tout d’abord règnent sur un certain domaine des entités élémentaires ; ensuite, les hommes eux-mêmes pénètrent dans ce domaine et se servent de ces entités. Ainsi, tandis que dans le passé les esprits élémentaires de la naissance et de la mort servaient essentiellement les esprits divins qui guident le monde, ces esprits élémentaires sont – depuis un certain temps déjà – au service de la technique, de l’industrie, de l’activité commerciale. Il importe beaucoup que nous laissions agir sur notre âme, dans toute sa force et son intensité, cette vérité bouleversante. Il se passe là, à partir de la cinquième période de civilisation post-atlantéenne dans laquelle nous nous trouvons, quelque chose d’analogue à un fait sur lequel j’ai souvent attiré l’attention, et qui a eu lieu pendant la quatrième période atlantéenne. Durant la période atlantéenne en effet, les entités spirituelles divines qui dirigeaient l’évolution se servaient de certains êtres élémentaires, et cela jusqu’à la quatrième époque atlantéenne. Elles devaient s’en servir parce que dans un domaine plus proche de la terre, quelque chose d’autre devait être dirigé qui n’était pas la naissance et la mort. Rappelez-vous certaines descriptions que j’ai faites de l’époque atlantéenne. L’homme était, dans son être matériel, encore mobile, il pouvait, sous l’influence de sa psyché, devenir très grand ou rester un nain, son aspect extérieur se modelait sur son psychisme. Rappelez-vous tout cela. Aujourd’hui, le service qu’assurent auprès des dieux certaines entités élémentaires dans le déroulement de la naissance et de la mort est nettement visible ; autrefois, c’est durant toute la vie, alors que l’aspect extérieur était conforme à l’être intérieur, que certaines entités élémentaires servaient les dieux. Lorsque l’époque atlantéenne entra dans sa quatrième période, ce furent en quelque sorte les hommes qui devinrent maîtres de ces mêmes entités élémentaires que les dieux avaient auparavant employées pour la croissance et la configuration physionomique de l’homme dans ses grandes lignes. Les humains se rendirent maîtres de certaines forces divines et les utilisèrent. La conséquence en fut qu’à partir d’un certain moment de l’époque atlantéenne – vers le milieu environ – un homme pouvait à son gré nuire à son prochain en le maintenant par exemple à l’état de nain, ou en en faisant un géant ; ou encore, en agissant sur son développement physique, il faisait de l’intéressé un être intelligent – ou un idiot.

Ainsi, au milieu de l’époque atlantéenne environ, un terrible pouvoir était entre les mains de l’homme. Et vous savez, j’y ai rendu attentif, que ce secret ne fut pas gardé. Non pas qu’il ait été divulgué sous une impulsion mauvaise : une certaine loi régissant le cours de l’histoire universelle voulait que ce qui, auparavant, avait été la tâche des dieux, devienne celle des humains. Mais il en résulta un grand désordre et la nécessité de conduire la civilisation atlantéenne vers son déclin au cours des quatre ou plutôt des trois dernières périodes. Notre civilisation fut alors transportée en d’autres lieux, comme nous l’avons souvent exposé. Non sans toutes sortes de violences ; il vous suffit de vous rappeler les descriptions fréquemment données ici de ce qui s’est passé à l’époque atlantéenne. De façon analogue, ce qui était assuré par les entités au service des dieux sera remis entre les mains de l’humanité à partir de notre cinquième époque post-atlantéenne, donc pour les trois ou pour les deux périodes de civilisation de cette cinquième phase de l’évolution. Nous ne sommes encore qu’au début de cette mise en œuvre de la technique, de l’industrie, du commerce, à laquelle les esprits élémentaires de la naissance et de la mort mêlent leur influence et qui prendra de plus en plus d’importance et de force.

On ne peut en préserver l’humanité, car il faut que la civilisation progresse. Et celle de notre époque et de l’avenir doit être telle que les esprits élémentaires de la naissance et de la mort qui jusqu’à présent n’avaient agi que sur le développement et sur le déclin physique de l’homme, et sous la direction des dieux – que ces esprits élémentaires, avec les mêmes forces, agissent dans les champs de la technique, de l’industrie, du commerce, etc. À cette situation est lié quelque chose de bien déterminé. Je vous ai indiqué que ces esprits élémentaires sont en fait hostiles au bien-être des humains, que leurs intentions sont destructrices. Comprenons seulement la chose comme il convient, et ne nous abandonnons pas à l’illusion sur l’importance décisive de ce fait. Il faut que la civilisation progresse dans le domaine de la technique, de l’industrie, du commerce. Mais si elle progresse dans ce sens, elle ne peut pas servir le bienêtre des humains sur le plan physique, elle ne peut avoir sur ce bien-être qu’une action destructrice. C’est là une vérité désagréable pour ceux qui ne se lassent pas de se livrer constamment à de grands discours sur les progrès considérables, énormes, de la civilisation, parce qu’ils ont l’esprit abstrait et ignorent que l’évolution suit une courbe tantôt ascendante, tantôt descendante.

Et de même que ce que je vous ai décrit de l’époque atlantéenne a conduit à sa décadence pour qu’une nouvelle humanité puisse apparaître, la civilisation qui s’instaure actuellement avec son commerce, son industrie, sa technique, porte en elle des éléments qui amèneront la décadence de la cinquième époque terrestre. Et seul celui-là voit clair, voit les choses comme elles sont, qui s’avoue qu’avec tout cela nous commençons à travailler à ce qui doit amener la catastrophe. C’est cela, se plonger dans les nécessités d’airain. En adoptant une solution de facilité, on pourrait dire : Bien, alors je ne voyagerai pas sur les lignes électrifiées – on pourrait aller jusque-là, bien que les membres de la Société anthroposophique n’en viennent sans doute jamais à éviter d’utiliser le chemin de fer. Ce serait d’ailleurs une stupidité, une véritable stupidité. Car il ne s’agit pas de se préserver de quoi que ce soit, mais de se faire une idée claire des nécessités d’airain qui président à la marche de l’humanité. La civilisation ne peut suivre une ligne régulièrement ascendante, elle ne peut cheminer que par ondes tantôt montantes, tantôt descendantes. » (6 octobre 1917)76 Si l’on prend ces déclarations de Rudolf Steiner au sérieux, on ne peut que se sentir face à des tâches en apparence inconciliables : il nous faut d’un côté être conscient que tous les progrès techniques de l’humanité, par la nature des entités qui les inspirent et qui agissent à travers eux, ne peuvent pas s’avérer salutaires pour le bien des hommes, mais conduiront à une grande catastrophe mondiale, même si celle-ci ne survient que dans plusieurs millénaires. Et c’est pourtant ce qui doit justement se passer, car il s’agit d’une loi d’airain dans le cours de l’évolution du monde. Il serait donc complètement absurde de vouloir éviter ce progrès technique. Mais quelle conséquence aurait une telle conscience sur l’auto-appréciation de ceux dont le métier est fait de cette activité d’invention dont devons savoir, d’après Rudolf Steiner, qu’elle est inspirée par des entités mal intentionnées concernant le salut de l’humanité ? Aucun technicien, aucun ingénieur – et cela vaut probablement aussi pour ceux qui travaillent à la fabrication des armes, où ce serait le plus justifié – ne pense, au cours de ses activités, qu’il travaille à quelque chose qui ne peut servir le bien-être de l’humanité et ne pourra, au reste, que conduire à une grande catastrophe. Et s’il pensait ainsi, comment poursuivre ses activités ? Que celles-ci dussent être poursuivies, c’est une nécessité incontournable, selon Rudolf Steiner. Dans ce contexte, une autre question s’impose : en tant qu’êtres humains, aurions-nous une influence sur le rythme d’avancement de cette évolution technique et donc sur l’avènement de la catastrophe prévue pour la fin de l’époque post-atlantéenne de l’évolution terrestre ? Quel serait le rythme d’évolution adéquat et qui pourrait en décider ? Face à une telle question, notre incapacité à apporter une réponse qui ne soit pas empreinte d’une subjectivité émotive empreinte semble être en rapport avec une évolution qui s’est faite par la technique. Il s’agirait du développement d’un pragmatisme : nous ne pouvons plus reconnaître comme vrai que ce qui a fait ses preuves à l’extérieur, dans le monde autour de nous.

La complexité de la technique nous a conduits à ne plus ressentir intérieurement si une idée est juste, c’est-à-dire si elle correspond à la vérité. Par exemple, avant d’affirmer qu’il y une probabilité proche de 100% pour qu’un avion ne présente pas de défaut technique, il faut évidemment le vérifier par des tests d’ordre matériel. Personne n’embarquerait dans un avion qui n’a jamais volé, sur la simple foi du constructeur qui affirme avoir la certitude intérieure de sa fiabilité. Le 17 juin 1920, devant des étudiants de l’École polytechnique de Stuttgart, Rudolf Steiner s’exprima en ce sens et déboucha sur la constatation suivante : « Le sens de la vérité se suffisant à lui-même au sein de l’âme humaine, est détrôné » (17 juin 1920)77. Mais ce n’est pas tout. Selon Rudolf Steiner, c’est précisément cette expérience de ce qui se transmet à travers la technique qui pourrait indiquer, justement parce qu’elle en est dépourvue, l’élément spirituel complètement absent en son sein. C’est dans ce sens qu’il s’exprima de nouveau le 30 juin 1921 au discours de clôture d’un congrès de l’université de Darmstadt organisé par des jeunes gens : « Et si je parle ici spécialement aux futurs techniciens qui sont impliqués dans ce mouvement, il m’est permis de dire que cette implication au sein d’une activité technique me semble particulièrement significative pour un mouvement spirituel. Dans le monde, les choses se développent de façon polaire.

Ce qu’il y a de plus élevé dans la manière de penser scientifique, le technicien le vit dans la conception, il le vit dans la construction, il le vit au laboratoire. En faisant couler les lois de la nature dans le monde extérieur, en élaborant la technique, nous approchons notre âme de ce qui est dépourvu d’esprit ; mais le cœur humain s’approche de tout. L’âme humaine et l’esprit humain pénètrent dans cette sphère. C’est justement avec la sensibilité technique que le ressenti et la pensée doivent être orientés vers le pôle opposé, vers la spiritualité qui parcourt et tisse le monde.

La technique est particulièrement appropriée, du fait qu’elle pénètre le plus profondément dans le monde sensoriel extérieur, à nous renvoyer au pôle opposé, celui de la spiritualité. Je crois donc que des futurs techniciens, justement, peuvent dégager beaucoup de cette force qui peut apporter une contribution essentielle à la mise en place d’une mentalité spirituelle, d’une vision du monde spirituelle pour le développement de l’humanité. » (30 juin 1921)78 Rudolf Steiner a encore traité du thème de la technique et de l’électricité dans la dernière de ses Lignes directrices79 : « De la nature et de la sous-nature ». Il écrit : « L’homme doit trouver la solidité, la force intérieure de connaissance pour ne pas être dominé par Ahriman dans la civilisation technique. La sous-nature doit être comprise en tant que telle. Elle ne peut l’être que si l’être humain s’élève dans la connaissance spirituelle au moins aussi loin dans la sur-nature supra-terrestre qu’il est descendu dans la sous-nature au sein de la technique. » Et : « L’électricité doit être reconnue dans sa force, qui consiste à conduire de la nature à la sous-nature. L’être humain ne doit pas être entraîné dans cette descente. » Et encore : « Et c’est justement en accueillant par la connaissance cette spiritualité à laquelle les puissances ahrimaniennes n’ont aucun accès, que l’être humain sera renforcé pour faire face à Ahriman dans le monde. »

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