L’évolution du Nouvel Âge 1 – Du New Age au Next Age
La science des religions : Max Müller
En 1846, un jeune éditeur allemand devenu professeur de philologie comparée à l’université d’Oxford, Friedrich Max Müller (1823-1900), fut chargé de l’édition critique des Rig-Veda. Conquis aux doctrines romantiques, notre auteur était convaincu que l’évolution avait entraîné plutôt une dégénération du potentiel humain, et qu’il fallait donc chercher à remonter jusqu’aux origines des diverses religions pour trouver la religion, dans sa forme originelle et pure. Il comptait bien se rapprocher de cette source par ses études sur les Rig-Veda.
Les thèses de M. Müller connurent un succès retentissant à travers les fameuses « Hibbert-Lectures » (1878) intitulées Lectures on the Origin and Growth of Religion, as illustrated by the Religions of India. À la fin de son dernier cours, notre auteur « avait manifesté son espoir de voir la zone enfouie de la religion humaine devenir un jour accessible et offrir asile à quiconque aspirerait à quelque chose de meilleur, de plus riche, de plus ancien et de plus vrai que ce qu’il pouvait trouver dans les temples, les mosquées, les synagogues ou les églises. M. Müller s’imaginait très concrètement que les croyants de toutes les religions devaient un jour vénérer, dans cette crypte paisible, ce qu’ils considéraient comme leur valeur suprême, et indiquait ensuite ce qu’était cette valeur pour un hindou, un bouddhiste, un musulman, un juif et L’évolution du Nouvel Âge
Massimo Introvigne [33] décrit l’évolution contemporaine du Nouvel Âge comme un passage du « nous » collectif au « moi » individuel. Dans les années 60, les prophètes de notre utopie annonçaient l’entrée prochaine de la planète Terre dans une ère de conscience supérieure, de bonheur, de bien-être. Face aux événements dramatiques de la fin du XXe s. et de ce début de millénaire, le New Age réajuste son discours : le « Next Age » abandonne la perspective d’une transformation joyeuse de la planète ou de la société dans son ensemble, pour se concentrer sur le sort des individus. Même une aggravation de la situation mondiale ne devrait pas empêcher chacun de nous d’accéder à son âge d’or individuel et privé, grâce à certaines techniques qui donneront accès à un état supérieur de santé, de bien-être, de prospérité. Ce virage individualiste est particulièrement sensible dans l’analyse de l’amour proposée par un des fondateurs de ce nouveau courant, le psychologue américain Morgan Scott Peck.
Je ne fais jamais quelque chose pour un autre, si je ne le fais avant tout pour moi-même. Un des malentendus majeurs sur l’amour, réside dans l’affirmation que l’amour signifierait sacrifice de soi. Lorsque nous pensons à nous-mêmes comme à des personnes faisant quelque chose pour les autres, nous nions en quelque sorte notre responsabilité. Tout ce que nous faisons, nous le faisons parce que nous choisissons de le faire. Tout ce que nous faisons pour quelqu’un d’autre, nous le faisons en réalité parce que cela satisfait un de nos besoins personnels [34].
Si le New Age était tributaire des philosophies romantiques, le Next Age se situe peut-être davantage dans la mouvance d’un auteur dont l’influence demeure particulièrement prégnante : Friedrich Nietzsche (1844-1900). À titre d’illustration, nous voudrions simplement mettre en parallèle le passage que nous venons de lire de Morgan Scott Peck avec un extrait du Gai Savoir (1882).
À faire du bien ou à vouloir du bien nous exerçons notre puissance sur ceux qui, de façon ou d’autre, sont déjà dans notre dépendance ; nous voulons accroître leur puissance parce qu’ainsi nous accroissons la nôtre, ou nous voulons leur montrer l’avantage qu’il y a à être en notre pouvoir ; ils en seront plus satisfaits de leur situation et plus hostiles aux ennemis de notre puissance, plus prêts à les combattre. Que nous fassions des sacrifices pour faire du bien ou du mal, cela ne change rien à la valeur définitive de nos actes ; même si nous jouons notre vie, comme le martyr pour son Église, c’est un sacrifice que nous faisons à notre besoin de puissance, ou afin de conserver notre sentiment de puissance [35].
Partout Nietzsche ne voit à l’œuvre qu’une recherche de plaisir et de pouvoir, même sous les comportements traditionnellement qualifiés de vertueux. D’où son appel à sortir de l’édifice mensonger des valeurs chrétiennes dont il invite l’humanité à se libérer définitivement.
Je vous enseigne le Surhomme. Le Surhomme est le sens de la terre. Je vous en conjure, mes frères, restez fidèles à la terre et ne croyez pas ceux qui vous parlent d’espoirs supraterrestres [36] !
On sait hélas où cette descente vertigineuse va conduire notre auteur, qui se rendait d’ailleurs compte qu’il sombrait progressivement dans la démence.
Après l’utopie d’une humanité nouvelle, celle d’un individu absolu reproduit à l’infini, pourrait bien conduire les hommes de ce début de troisième millénaire à une forme de folie dont il faudra discerner à temps les signes avant-coureurs. À moins qu’ils ne soient déjà là, dans le mépris de la vie sous ses formes les plus vulnérables ; la perte du sens de la valeur de la parole donnée, de la fidélité, de l’engagement, de la responsabilité ; la fuite dans le relativisme et la dérision morbides. C’est à un monde devenu fou en voulant être sage par lui-même, que nous avons à annoncer la folie d’un Dieu qui meurt pour que nous puissions vivre de sa Vie.





















































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