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C'est ainsi que l'être humain, en amont et en aval de lui-même, embryon glacé ou cadavre chaud, commence, partie par partie, cellules, gènes, gamètes et embryons, à devenir objet d'appropriation et de transformation technique sans précédent. Descellement de l'être et de son corps, selon les mots de la juriste Édith Deleury. Source inépuisable de matière première, incubateur, vecteur de vie et de vivant, nous glissons ainsi de nous-mêmes... sans bruit.
 

Comme si tout, désormais, des plantes à l'embryon en passant par les vaches ou l'intelligence, n'était plus que flux d'information à déchiffrer, permettant ainsi à certains, grâce aux langages combinés du numéraire, de la génétique et de l'informatique, de bricoler les espèces et de recoder le monde. Soumis à ces jeux de combinatoires, nous serions désormais, corps et âmes, gamètes et embryons, la monnaie vivante d'une ultime loterie, voyant se dissoudre progressivement les frontières entre les espèces, entre les personnes et les choses, entre le vivant et la matière...

 

Certes, prise isolément, chaque nouvelle prouesse technique séduit et fascine, y compris ces lapins transgéniques phosphorescents, ultime magie des temps fous. Et quand les clones et xénogreffes pleuvent quotidiennement sur nos écrans de télévision et d'ordinateur, comment s'étonner encore qu'on veuille cloner un mammouth, vieux de 20 000 ans!

Dans cet immense moulin à banaliser médiatique, on voit depuis des années les spectres d'hier se transformer aussitôt en faits divers, la sidération en banalisation et l'essentiel en accessoire. Il semble alors toujours trop tôt ou trop tard, science-fiction ou passéisme, pour oser penser, pour remonter la genèse de ces représentations et mutations, pour en comprendre le sens et les enjeux!

Certes, dans la cacophonie médiatique, chaque avancée technique s'ajoute à des centaines d'autres, comme dans un immense dessin à numéros pour enfants, aveugle à son propre dessin comme au destin qu'il nous trace. Pourtant, ce qui s'est passé depuis 30 ans s'élaborait déjà dans les textes et les laboratoires des années 40 et 50 ainsi que dans certains mouvements de pensée qui, comme la cybernétique traversant ce siècle, ont largement inspiré le génie génétique.

Dans une telle surenchère, quoi de plus banal alors que d'afficher clairement son projet de redessiner le profil génétique des générations futures: «We are talking about remaking human biology.» Quoi de plus cool que d'accueillir à Montréal la première rencontre internationale en faveur du clonage humain, où l'Américain Rudolf Winckle plaide en faveur du droit de se reproduire seul, sans gènes étrangers? Faut-il d'ailleurs s'en étonner dans cette Amérique où Nathan Myhrvold, l'un des principaux conseillers technologiques du milliardaire de Microsoft, Bill Gates, considère que le clonage étant la seule façon prévisible de se reproduire, s'y opposer tiendrait du racisme? Il est vrai que les Américains ont aussi inauguré Perpetuity, service visant à cloner votre animal de compagnie ou votre pet préféré... Dans un tel cirque, où tout se banalise et se commercialise à vue d'oeil, les raéliens peuvent donc présenter à la presse les premières volontaires porteuses de clones humains sans susciter de réaction...

 

 

 

Faire entrer les sciences en démocratie.

 

Or, si nous avons eu la sagesse, en matière d'environnement, malgré des applications souvent bien relatives, de comprendre que la fragilité et la méconnaissance des écosystèmes, essentiels à la vie sur cette planète et à la nôtre, exigeaient d'adopter un principe de précaution, imposait l'examen préalable des projets de développement et l'analyse des impacts, pourquoi le ferait-on pour les saumons mais pas pour les OGM alimentaires ni pour nos embryons? Pourquoi prétexter l'absence de catastrophe et l'infinie plasticité des humains et de leur conscience pour retarder la protection des équilibres psychiques et sociaux en respectant les principes démocratiques et éthiques élémentaires: accès du public à l'information, transparence, imputabilité et responsabilité des promoteurs et des pouvoirs publics, séparation du rôle de juge et partie, consultation publique digne de ce nom?

Nos responsabilités à l'égard des autres générations, du bien commun et de la biodiversité nous commandent de nous donner les moyens de penser collectivement la genèse, l'ampleur et la complexité de cette emprise inégalée sur le vivant.

Cela implique, comme le dit le sociologue des sciences Bruno Latour, de faire entrer les sciences en démocratie.

Comment entrevoir autrement l'univers qu'on nous dessine et la reconfiguration de l'humanité vers laquelle on nous destine? Bref, comment, sinon, avoir une prise quelconque sur le futur que certains nous réservent... ?

Sortir en douce de l'espèce humaine.

 

 

Louise Vandelac

 

Professeur titulaire au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal,

maintenant rattachée à l'Institut de l'environnement de l'UQAM.

 

 

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après ils feront muter les gênes des humains avec ceux du singe alors la boucle sera bouclée et ils annonceront vous voyez il n'ya pas de création vous avez des gènes de singes c'est de l'évolution simple et le plus grand nombre le  croira .............R.james