ONDES - Le gouvernement veut rassurer, les associations comptent taper du poing sur la table...

Le très attendu «Grenelle des ondes» s'ouvre ce jeudi à Paris, dans un contexte brouillé. Face à la volonté du gouvernement de tranquilliser les Français sur la question des antennes-relais, les associations et quelques élus voient dans les tables rondes de la téléphonie mobile l'occasion de taper du poing.

On vous ment, on vous irradie: le message des anti-ondes est reçu 5 sur 5 par des riverains, inquiets pour leur santé, qui n'hésitent plus à attaquer les opérateurs. L'Etat se veut rassurant. Selon ses agences, le téléphone portable contribue peu au brouillard électromagnétique dans lequel nous baignons depuis cinquante ans (télévision, radio, etc.). - VOIR COMMENTAIRE EN BAS DE PAGE -

Habitudes vs. inquiétudes

Qui croire? D'un côté comme de l'autre, on met en doute la fiabilité des experts et des études. Les usagers ont déjà pris parti: selon un sondage BVA, 80 % des Français sont favorables à une meilleure réglementation des antennes. Dans le même temps, nombreux sont les mordus du portable (plus de 90 % de la population équipée) qui veulent pouvoir échanger des SMS en haut des pistes ou regarder les résultats de Ligue 1 dans le TGV. Ce qui nécessite l'implantation de nouvelles antennes, plus puissantes.

Obligation est même faite aux opérateurs de couvrir 99 % du territoire: 2 000 émetteurs sont donc installés chaque année (49.000 au total). D'où l'embarras des maires, qui doivent donner leur accord pour les implantations sur les bâtiments publics. A moins que la justice ne tranche une fois pour toutes, après trois décisions historiques. En février dernier, la cour d'appel de Versailles a, par exemple, contraint Bouygues Telecom à démonter une antenne dans le Rhône. Raison invoquée : l'«incertitude» concernant un éventuel impact sur la santé des riverains.

Abaissement des seuils d'exposition

Une incertitude instillée par le ministère de la Santé qui se contente de renvoyer aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé, en deçà de certaines normes européennes. Les utilisateurs français doivent-ils «griller» dans l'indifférence? se demandent les associations. Parmi elles, Priartem et Agir pour l'environnement demandent l'application du principe de précaution, avec davantage d'information à l'achat des cellulaires, ainsi que l'abaissement des seuils d'exposition autorisé de 41 à 0,6 V/m.

Une idée reprise dans une proposition de loi au Sénat, qui veut multiplier les antennes plus petites, émettrices d'ondes moins fortes et donc potentiellement moins nocives. Ce qui signifierait de lourds investissements pour les opérateurs. Un débat compliqué en perspective pour ce Grenelle, qui se prolongera le 6 mai, avec un focus sur les antennes-relais, le 14 mai, avec une demi-journée sur les portables et se terminera le 15 mai.

Maud Noyon

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Le parcours du combattant d'un électrosensible à Paris

A l'entrée du métro, vous sortez votre ticket. Lui enfile sa casquette de protection. André Bonnin, musicien de 41 ans, se dit électrosensible. Avec sa chemise métallisée comme armure, il prend l'escalier du métro comme d'autres descendraient en enfer, un enfer pavé de mauvaises vibrations. Mais il tient à mesurer la dangerosité des ondes là où on ne les soupçonne pas. Du bout de sa sonde, il capte sur le quai de la station un champ électromagnétique qui va jusqu'à 4,2 V/m. De la pure hérésie pour lui qui milite, avec l'association Robin des toits, pour que le niveau soit abaissé à 0,6V/m. « Une directive européenne sur la compatibilité électronique prévoit un seuil de 3 V/m pour ne pas perturber les pacemakers, les prothèses, etc. Ça peut être dangereux de s'aventurer dans le métro pour les personnes qui en portent », soupire le militant.

De retour à l'air libre, dans une atmosphère « polluée » mais supportable, il raconte son épopée. C'est à l'installation d'une énième antenne sur son toit, en 2007, qu'il commence à se sentir mal. Perte complète du sommeil, troubles de la concentration, sentiment d'oppression, André passe un hiver « dégueulasse ». « Les mêmes symptômes » recommencent quand le wi-fi est installé, ce qui lui met la puce à l'oreille. Il blinde alors ses fenêtres avec du tissu métallique et réduit ses déplacements. « Je préfère rester à Paris et résister plutôt que partir à la campagne. » La seule solution, selon lui consiste plus à abaisser les seuils d'exposition qu'à protéger individuellement les électrosensibles. André doute cependant que le Grenelle change quelque chose. « J'ai été auditionné pour préparer ces tables rondes, raconte-t-il. Je suis parti avant la fin : ils sont convaincus que les ondes ne sont pas nocives et ils ne veulent rien changer. »

M. N.
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